Aemilia
Gens patricienne · VIe s. av. J.-C. – Ier s. ap. J.-C. · Iconographie numismatique · République romaine
La gens Aemilia — écrite à l'origine Aimilia — était l'une des plus anciennes et illustres maisons patriciennes de Rome. La famille revendiquait une origine remontant au règne de Numa Pompilius, deuxième roi de Rome, dont l'ancêtre Mamercus aurait été le fils. Elle comptait parmi les gentes maiores — les grandes familles patriciennes — et ses membres occupèrent les plus hautes fonctions de l'État depuis les premières décennies de la République jusqu'à l'époque impériale.
Le nom de la gens fut associé à deux grandes voies romaines (Via Aemilia et Via Aemilia Scauri), à une région administrative de l'Italie du nord, et à la célèbre Basilica Aemilia au Forum de Rome. L'étymologie du gentilice reste débattue : certains le rapprochent du grec αἰμύλιος (« persuasif, doux de langage »), d'autres le font dériver de aemulus (« rival »). Tacite lui-même témoigne de sa grandeur en écrivant : « Aemilium genus fecundum bonorum civium ».
Les monétaires que la gens Aemilia fournit à la République sont nombreux, et peu de familles offrent une numismatique historiquement aussi riche. Sept magistrats se succèdent de 114 à 42 av. J.-C., produisant deniers, quinaires, sesterces et aurei, dont les types iconographiques constituent autant de pages d'histoire familiale et politique de Rome.
« Aemilium genus fecundum bonorum civium. »
— Tacite, Annales, VI, 27
La légende la plus répandue voulait que l'ancêtre des Aemilii, Mamercus, fût le fils de Numa Pompilius, lui-même revendiqué comme ancêtre par les gentes Pompilia, Pomponia, Calpurnia et Pinaria. Une variante faisait de Mamercus le fils de Pythagore — ce qu'infirme Tite-Live, rappelant que Pythagore naquit plus d'un siècle après la mort de Numa. Une tradition plus ancienne encore faisait descendre la gens d'Aemylos, fils d'Ascane, quatre cents ans avant Numa.
Les Aemilii étaient probablement d'origine sabine : le praenomen Mamercus dérive de Mamers, dieu adoré par les Sabelli du centre et du sud de l'Italie, identifié à Mars. Seuls les Aemilii et les Pinarii utilisaient régulièrement ce praenomen parmi les familles patriciennes.
Ce magistrat fit émettre un denier (1097AE). La légende MN AE-M-ILIO présente une disposition particulière sur le flan : les lettres sont réparties de part et d'autre de la scène du revers. Ce type se distingue par son revers à l'équestre — figure à cheval portant une torche — type rare qui évoque probablement un épisode fameux de l'histoire familiale. Cliquez sur la monnaie pour afficher le détail.
Ce magistrat fit émettre deux deniers (1375AE) et (1377AE). La légende PAVLLVS LEPIDVS combine les deux cognomina de la branche : Paullus (hommage à L. Aemilius Paullus, vainqueur de Persée à Pydna en 168 av. J.-C.) et Lepidus. Le denier 1375AE est l'un des plus remarquables de la République tardive : il représente la Basilica Aemilia au revers — monument bâti par les ancêtres du monétaire au Forum de Rome. Cliquez sur une monnaie pour afficher le détail.
Ce magistrat fit émettre un denier avec deux variantes (1390AE) et (1391AE). Ces deniers sont d'une exceptionnelle richesse iconographique : le revers montre le roi nabatéen Arétas III agenouillé près d'un chameau, tenant un rameau d'olivier — allusion à la soumission de la Nabatène lors de l'expédition de Marcus Aemilius Scaurus, questeur de Pompée en 65–62 av. J.-C. La variante 1391AE porte le même type mais avec une légère différence de légende. Cliquez sur une variante pour afficher le détail.
L'un des quatre quatuorviri monetales de 44 av. J.-C., Lucius Aemilius Buca fit émettre cinq deniers (1524AE, 1527AE, 1529AE, 1530AE, 1531AE), un quinaire (1545AE) et un sesterce (1547AE). Ces monnaies, frappées l'année même de l'assassinat de César, portent toutes l'effigie de Jules César à l'avers — première série officielle de Rome à représenter un personnage vivant sur le monnayage républicain. Cliquez sur une monnaie pour afficher le détail.
Lépide fit émettre cette année-là six deniers (1381AE, 1382AE, 1383AE, 1384AE, 1385AE, 1386AE). Cette série est la plus fournie de la gens Aemilia : six types distincts, dont plusieurs représentent des ancêtres illustres de la famille — allusion à L. Aemilius Paullus vainqueur à Pydna, à M. Aemilius Lepidus, grand pontife, ou encore à des scènes de triomphe. Cette série constitue un véritable programme de propagande familiale à la veille de la guerre civile. Cliquez sur une monnaie pour afficher le détail.
Dans le cadre du Second Triumvirat, Lépide fit émettre deux deniers (1564AN, 1565AN) et un quinaire (1566AN) en association avec Marc Antoine. Ces monnaies présentent les portraits confrontés des deux triumvirs — Lépide à l'avers, Antoine au revers, ou inversement — innovation iconographique majeure dans la numismatique de fin de République. Cliquez sur une monnaie pour afficher le détail.
Entre 43 et 42 av. J.-C., Lépide — désormais triumvir rei publicae constituendae — fit frapper sept aurei (1577AN, 1579AN, 1582AN, 1585AE, 1588AE, 1591AE, et un denier (1624AE) à son effigie. Ces aurei — en or massif — portent le portrait de Lépide avec la légende complète de sa fonction triumvirale, en association avec d'autres monétaires. Ils constituent l'une des séries aurifères les plus rares de la fin de la République. Cliquez sur une monnaie pour afficher le détail.
La gens Aemilia est l'une des familles patriciennes dont la numismatique est historiquement la plus riche. Chaque magistrat monétaire exploite l'iconographie de sa monnaie pour rappeler des épisodes glorieux de l'histoire familiale : la victoire de L. Aemilius Paullus à Pydna (168 av. J.-C.) sur Persée de Macédoine ; la soumission de la Nabatène par Scaurus ; la Basilica Aemilia au Forum comme symbole de munificence aristocratique.
L'apogée de la série est atteint avec Lucius Aemilius Buca (44 av. J.-C.) et les deniers à l'effigie de César — monnaies historiques qui marquent la fin de l'anonymat du monnayage républicain — et avec Marcus Aemilius Lepidus, triumvir, dont les aurei et deniers triumviraux constituent la dernière grande série républicaine avant l'avènement du Principat.
Manius Æmilius Lepidus — 114–113 av. J.-C.
Lucius Æmilius Lepidus Paullus — 62 av. J.-C.
Marcus Æmilius Scaurus — 58 av. J.-C.
Lucius Æmilius Buca — 44 av. J.-C.
Marcus Æmilius Lepidus — 61 av. J.-C.
Marcus Æmilius Lepidus & Marc Antoine — 43–42 av. J.-C.
Marcus Æmilius Lepidus — Aurei triumviraux 43–42 av. J.-C.
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, I, 18 — sur l'origine de Numa Pompilius et la filiation avec Mamercus, ancêtre des Aemilii.
- Tacite, Annales, VI, 27 — « Aemilium genus fecundum bonorum civium » — éloge de la gens Aemilia.
- Plutarque, Vie d'Émile Paul — récit de la victoire de L. Aemilius Paullus à Pydna (168 av. J.-C.) sur Persée de Macédoine.
- Appien, Guerres civiles — sur le Second Triumvirat et le rôle de M. Aemilius Lepidus.
- Smith, W., Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology — notice Aemilia.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 291 (Lepidus 114), RRC 415 (Paullus), RRC 422 (Scaurus), RRC 480 (Buca), RRC 419 (Lepidus 61), RRC 489 (Lépide & Antoine).
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — notices Aemilia.
- CRRO — Coinage of the Roman Republic Online
- Gallica — Bibliothèque nationale de France — source des photographies
- LesDioscures.com — Iconographie numismatique romaine
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