Honos et Virtus

Honos et Virtus · Iconographie numismatique · LesDioscures Honos & Virtus Honneur & Vertu · Divinités allégoriques romaines · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinités allégoriques · Numina Honos Couronne de laurier · Rameau Virtus Casque · Lance · Bouclier Temple Porta Capena · Capitole Monnaie RRC 403/1 La formule latine honos et virtus — « honneur et vertu » — résume l’un des idéaux fondateurs de l’éthique romaine. Ces deux notions, loin d’être de simples abstractions, étaient personnifiées comme des divinités à part entière (numina), honorées dans des temples et invoquées lors des campagnes militaires et des cérémonies d’État. Leur relation est indissociable : la virtus — le courage, l’excellence morale, la vaillance — est la condition qui mène à l’honos — l’honneur, la réputation, la gloire acquise par des actions exemplaires. Honos, représenté comme un jeune homme couronné de laurier tenant un rameau d’olivier et parfois une corne d’abondance, incarne le prestige mérité. Virtus, figure guerrière casquée portant lance et bouclier, personnifie la force morale et physique qui rend possible cet honneur. Ensemble, ils forment le diptyque de l’idéal aristocratique et militaire romain : seul mérite l’honneur celui qui a prouvé sa vertu. « Virtus, toutes les capacités et vertus qu’un homme peut posséder, mène à Honos — l’honneur et la réputation qu’un tel homme mérite. » — CoinsWeekly, A Temple for Honos ✦ Représentations remarquables R1 Virtus — Relief de la Bibliothèque de Celsus, Éphèse Vers 150 ap. J.-C. · Kunsthistorisches Museum, Vienne Virtus · Relief de la Bibliothèque de Celsus, Éphèse · Vers 150 ap. J.-C. · Kunsthistorisches Museum, Vienne · Domaine public Ce relief de marbre ornait la façade de la célèbre Bibliothèque de Celsus à Éphèse, l’une des plus grandes bibliothèques de l’Antiquité, construite vers 117–120 ap. J.-C. La façade était décorée de quatre niches abritant des allégories : Sophia (la Sagesse), Arete (l’Excellence/Vertu), Ennoia (la Pensée) et Episteme (le Savoir). Cette figure — identifiée à Virtus dans sa version latine — représente une femme drapée de façon à laisser une épaule nue, posture habituelle des personnifications de la vaillance. Ce relief illustre la permanence iconographique de Virtus dans tout l’Empire romain : de Rome à l’Asie Mineure, les mêmes attributs et la même posture identifient la divinité. La bibliothèque, monument du savoir et de l’arete intellectuelle, associait ainsi la vertu militaire romaine à l’excellence de l’esprit — fidèle à l’idée que l’honos peut couronner autant les armes que les lettres. R2 Honos & Virtus — Illustration numismatique, 1889 XIXe siècle · Dictionary of Roman Coins Honos & Virtus sur aureus romain · Dictionary of Roman Coins, S.W. Stevenson, 1889 · Domaine public Cette gravure tirée du Dictionary of Roman Coins de Seth William Stevenson (1889), ouvrage de référence de la numismatique victorienne, montre les deux divinités telles qu’elles apparaissent sur un aureus romain. On reconnaît Honos à sa couronne de laurier et à son maintien juvénile et élégant, Virtus à son casque militaire et à sa posture guerrière — l’un tourné vers la dignité civique, l’autre vers la vaillance armée. Cette illustration, produite dix-neuf siècles après les premières frappes républicaines montrant le couple, témoigne de la continuité exceptionnelle de cette iconographie. Le type « têtes conjuguées d’Honos et Virtus » — inauguré sur le denier serratus RRC 403/1 en 70 av. J.-C. — fut repris à l’époque impériale sur des émissions jusqu’à Trajan et au-delà, faisant de ce couple l’une des personnifications les plus durables du monnayage romain. ✦ Les deux divinités & leurs attributs 01 Honos & Virtus — Portraits et symbolique République · IIIe – Ier s. av. J.-C. Honos et Virtus formaient un couple inséparable dans la religion et l’idéologie romaines. Leur interdépendance conceptuelle — la vertu produit l’honneur, l’honneur récompense la vertu — se reflète dans leur représentation systématiquement conjointe, tant dans l’architecture sacrée que sur les monnaies. 🌿 Couronne de laurier Attribut d’Honos. Symbole de la victoire et de la gloire méritée, la couronne de laurier désigne celui que Rome reconnaît digne d’honneur. ⚔️ Casque de Virtus Attribut distinctif de Virtus. Il signale la dimension militaire et guerrière de la vertu romaine — le courage au combat comme condition de l’excellence. 🫒 Rameau d’olivier Parfois tenu par Honos. Symbole de paix et de réconciliation — l’honneur véritable n’est pas seulement militaire, il inclut la sagesse de la paix. 🏺 Corne d’abondance Attribut d’Honos dans certaines représentations. La prospérité est la récompense naturelle d’une société fondée sur l’honneur et la vertu. 02 Les Temples d’Honos et Virtus — Histoire et politique IIIe – Ier s. av. J.-C. · Rome Le premier temple dédié à Honos fut érigé vers 234 av. J.-C. par Q. Fabius Maximus Verrucosus après sa victoire sur les Ligures. En 222 av. J.-C., Marcus Claudius Marcellus fit vœu d’un temple double après avoir accompli les spolia opima — le plus grand honneur militaire romain, consistant à tuer de sa propre main le chef ennemi. Marcellus voulut dédier l’ancien temple aux deux divinités pour économiser, mais le Collège des pontifes refusa : une même cella ne pouvait héberger deux divinités différentes car il eût été impossible de savoir à laquelle s’adresser. Il fit donc construire une cella attenante pour Virtus, créant ainsi un temple double à la Porta Capena, consacré par son fils en 205 av. J.-C. Un second temple fut élevé par Caius Marius lors de son cinquième consulat (101 av. J.-C.), financé par le butin pris aux Cimbres et aux Teutons. Son architecte était Caius Mucius — ce qui explique, selon Babelon, pourquoi le monétaire M. Cordus (peut-être un descendant de cette famille) choisit Honos et Virtus pour illustrer sa part du denier RRC 403/1. ✦ Représentation numismatique ⭐ Un denier pour célébrer la réconciliation — Guerre Sociale, 70 av. J.-C. Ce denier serratus est l’un des documents numismatiques les plus éloquents sur la réconciliation entre Rome et l’Italie après la Guerre Sociale (91–87 av. J.-C.). À l’avers, les têtes conjuguées d’Honos et Virtus symbolisent les valeurs qui ont permis cette paix ;
Europe

Europe · Iconographie numismatique · LesDioscures Europe Princesse phénicienne · L’enlèvement par Zeus · Iconographie numismatique · République romaine Nature Mortelle héroïsée · Princesse Origine Phénicie · Tyr Filiation Fille d’Agénor · Mère de Minos Attributs Taureau blanc · Voile · Crète Monnaie RRC 377/1 Europe, fille d’Agénor roi de Tyr et de Téléphassa, est l’une des figures les plus célèbres de la mythologie grecque. Son mythe — l’enlèvement par Zeus métamorphosé en taureau blanc — traverse toute l’Antiquité, des fragments d’Hésiode aux Métamorphoses d’Ovide, et donne son nom au continent occidental. Princesse phénicienne d’une grande beauté, elle incarne le pont entre l’Orient et l’Occident, entre la civilisation sémitique et le monde grec. Son passage de la côte de Tyr aux rivages crétois n’est pas seulement un enlèvement divin : c’est un acte fondateur. Des fils qu’elle donne à Zeus — Minos, Rhadamanthe et Sarpédon — naissent des dynasties et des lignées qui structurent la géographie mythologique du bassin méditerranéen. Europe et le taureau · Fresque de Pompéi (IX 5, 18-21) · Musée archéologique national de Naples · Domaine public « Elle s’avance, curieuse, vers le taureau qui ne fuit pas ; elle cueille des fleurs pour les offrir à sa bouche blanche comme neige. » — Ovide, Métamorphoses, II, 858–875 ✦ Le mythe de l’enlèvement 01 L’enlèvement — De Tyr à la Crète Mythe fondateur · Hésiode · Ovide Selon le récit le plus répandu, Zeus, épris de la beauté d’Europe, se métamorphose en un magnifique taureau blanc au pelage immaculé et aux cornes en croissant de lune, pour l’approcher sans l’effrayer. Europe et ses compagnes cueillent des fleurs au bord de la mer près de Sidon. Attirée par la douceur et la beauté de l’animal, elle s’approche, le caresse, lui offre des fleurs, puis — prise par une audace irraisonnée — monte sur son dos. Zeus saisit l’occasion : d’un bond, il s’élance vers la mer et traverse les flots en direction de la Crète. Europe, agrippée aux cornes du taureau, laisse flotter son voile dans le vent — geste que les artistes et les graveurs de monnaies reproduiront fidèlement pendant des siècles. Sur l’île, Zeus révèle sa véritable nature. De leur union naissent trois fils : Minos, futur roi de Crète et juge des Enfers ; Rhadamanthe, également juge des morts, réputé pour sa justice inflexible ; et Sarpédon, qui selon certaines versions fonde une dynastie en Lycie. Zeus offre à Europe des présents divins : Laelaps, le chien infaillible qui rattrape toujours sa proie ; un javelot qui ne manque jamais sa cible ; et Talos, l’automate de bronze chargé de surveiller les côtes de la Crète. Europe épouse ensuite Astérion, roi de l’île, qui adopte ses fils et lui assure un statut royal. ✦ Représentations remarquables R1 Cratère à figures rouges d’Assteas — Europe sur le taureau Vers 350–340 av. J.-C. Assteas (peintre pestano) · Europe sur le taureau et monstres marins · Vers 350–340 av. J.-C. · Céramique à figures rouges · Musée archéologique national de Paestum · CC BY-SA 3.0 Ce cratère à figures rouges, attribué au peintre Assteas, l’un des maîtres de la céramique pestane de Grande Grèce, constitue l’une des représentations antiques les plus spectaculaires du mythe. Europe y est figurée assise de face sur le taureau bondissant, les bras largement ouverts, son voile déployé formant un arc au-dessus de sa tête — une composition dynamique qui capte l’instant de l’enlèvement en pleine mer, entouré de monstres marins aux corps serpentins. La vivacité du trait rouge sur fond noir, caractéristique de l’école pestane, et la richesse narrative de la scène — avec ses créatures marines qui escortent le taureau divin — font de ce vase un témoignage de premier ordre sur la réception du mythe d’Europe dans le monde grec d’Italie du Sud au IVe siècle avant notre ère. Ce cratère a eu une histoire mouvementée : saisi illicitement, il fut restitué à l’Italie par le J. Paul Getty Museum en 2005 après une procédure judiciaire. ✦ Symbolisme & attributs iconographiques 02 Les emblèmes d’Europe dans l’art et la numismatique Antiquité · Monnaies · Fresques L’iconographie d’Europe est remarquablement stable à travers les siècles : la scène de l’enlèvement — la jeune femme sur le taureau bondissant, voile déployé — constitue l’image canonique qui se décline des monnaies de Gortyne en Crète jusqu’aux fresques de Pompéi. 🐂 Le Taureau blanc Zeus métamorphosé. Symbole de puissance divine et de fertilité ; son pelage immaculé évoque la pureté céleste. 🌬️ Le Voile flottant Déployé au-dessus de la tête d’Europe dans le vent marin. Attribut distinctif reproduit fidèlement sur le denier RRC 377/1. ⚡ Le Foudre Présent derrière Europe sur le revers du denier Volumnia — rappel discret de l’identité divine du taureau. 🌊 La Mer traversée Le voyage de Phénicie en Crète symbolise le passage entre Orient et Occident, lien fondateur des civilisations méditerranéennes. Sur le denier de L. Volumnius Strabo (RRC 377/1), tous ces éléments convergent en une composition d’une grande efficacité narrative : le taureau bondissant à gauche, Europe assise tenant son voile déployé au-dessus de sa tête, le foudre derrière elle et une feuille de vigne sous le taureau — un programme iconographique qui condense le mythe entier sur un flan d’argent de moins de quatre grammes. ✦ Représentation numismatique ⭐ Un revers exceptionnel — Iconographie rare dans le monnayage républicain Le choix du revers « Europe sur le taureau » est inhabituel dans le monnayage romain républicain de cette époque. Ce type iconographique se retrouve principalement sur les monnaies de Gortyne en Crète, ce qui suggère que L. Volumnius Strabo entretenait une connexion — familiale, politique ou commerciale — avec la Crète ou l’Orient hellénistique. L’indice de rareté de cette pièce est de 8, témoignant de sa relative rareté sur le marché numismatique. Frappé en 81 av. J.-C. sous la dictature de Sylla, ce denier serratus (à bord dentelé) illustre la richesse iconographique que les magistrats monétaires républicains pouvaient mobiliser pour signer leur émission. 03 Denier Serratus Volumnia
Sibylle

Sibylle · Iconographie numismatique · LesDioscures Sibylle Prophétesse d’Apollon · Oracles sibyllins · Iconographie numismatique · République romaine Nature Figure mythique Origine Grecque · Romaine Attributs Livres · Rameau · Trépied Période VIIIe s. – Ier s. av. J.-C. Culte lié Apollon · Cybèle Dans la mythologie grecque et romaine, une sibylle est une prophétesse inspirée par le dieu Apollon, dotée du don de divination. Contrairement à la Pythie de Delphes, attachée à un sanctuaire et répondant aux questions posées, les sibylles sont des figures indépendantes, souvent itinérantes, qui délivrent des oracles énigmatiques — dits sibyllins — à la première personne. Leur nom dérive du grec Sibylla (prophétesse), bien que l’étymologie reste incertaine. Apparues dès le VIIIe siècle av. J.-C. en Asie Mineure, initialement liées à la déesse Cybèle avant d’être assimilées à Apollon, les sibylles forment un ensemble de figures prophétiques disséminées à travers tout le monde méditerranéen. À Rome, leur héritage prend une forme concrète et institutionnelle avec les célèbres Livres sibyllins, textes sacrés consultés par le Sénat dans les moments de crise. « Je vis de mes propres yeux la Sibylle de Cumes suspendue dans une ampoule, et quand les enfants lui demandaient : que veux-tu ? elle répondait : je veux mourir. » — Pétrone, Satyricon, Épigramme de T.S. Eliot, The Waste Land ✦ Représentations remarquables R1 La Sibylle de Cumes — Andrea del Castagno v. 1449–1451 · Peinture murale florentine La Sibylle de Cumes · Andrea del Castagno · v. 1449–1451 · Fresque transférée sur panneau · Galerie des Offices, Florence · Domaine public Cette fresque, initialement peinte pour la Villa Carducci à Legnaia (Florence) avant d’être transférée aux Offices, représente la Sibylle de Cumes comme une femme majestueuse, debout, vêtue d’un ample manteau aux teintes chaudes. Le peintre florentin Andrea del Castagno lui confère une prestance monumentale qui tranche avec les représentations de vieillesse déclinante souvent associées à cette figure. Elle tient dans ses mains les livres prophétiques, attribut essentiel qui renvoie directement à la tradition des Livres sibyllins de Rome. L’œuvre s’inscrit dans la série des Uomini e Donne famosi (Hommes et Femmes illustres) commandée pour décorer la villa, aux côtés de figures héroïques antiques et contemporaines. R2 La Sibylle de Cumes — Michel-Ange, Chapelle Sixtine 1508–1512 · Fresque Renaissance La Sibylle de Cumes · Michel-Ange · 1508–1512 · Fresque · Chapelle Sixtine, Vatican · Domaine public Dans les fresques du plafond de la Chapelle Sixtine, Michel-Ange représente cinq sibylles aux côtés de sept prophètes de l’Ancien Testament. La Sibylle de Cumes y apparaît comme une figure colossale, musclée, d’une vieillesse puissante et sévère — elle tourne les pages d’un grand livre ouvert, concentrée sur sa lecture prophétique. Ce traitement contredit délibérément les canons féminins de la beauté Renaissance : Michel-Ange la peint massive, presque masculine, pour souligner la force de la prophétie divine qui la traverse. Cette représentation reflète l’intégration des sibylles dans la théologie chrétienne médiévale et renaissante, où elles étaient perçues comme des prophétesses gentiles ayant annoncé la venue du Christ. ✦ Attributs iconographiques 03 Les emblèmes de la Sibylle Monnaies · Fresques · Sculptures L’iconographie sibylline est remarquablement stable à travers les siècles : quelques attributs récurrents permettent d’identifier immédiatement la prophétesse, qu’elle figure sur une monnaie républicaine, une fresque Renaissance ou une sculpture baroque. 📜 Livres sibyllins Rouleaux ou codex prophétiques — attribut principal, référence directe aux neuf livres vendus à Tarquin. 🔱 Trépied d’Apollon Symbole de son inspiration divine et de son lien avec le sanctuaire apollinien de Delphes ou Cumes. 🌿 Rameau de laurier Plante sacrée d’Apollon, portée par la sibylle en signe d’investiture prophétique. 👁️ Regard extatique Représentée les yeux révulsés ou tournés vers le ciel, en état de transe prophétique. ⏳ Vieillesse surnaturelle Longévité extrême : selon Ovide, la sibylle de Cumes vécut mille ans par grâce d’Apollon, mais oublia de demander la jeunesse. 🏛️ Grotte ou antre La sibylle de Cumes rendait ses oracles depuis l’antre des Champs Phlégréens, décrit par Virgile dans l’Énéide. Sur les monnaies républicaines, la sibylle est généralement représentée voilée, de profil, avec un ou plusieurs livres (rotuli) tenus à la main. Sa présence numismatique est directement liée aux grandes familles romaines qui revendiquaient une connexion avec les oracles sibyllins ou le culte apollinien. ✦ Représentation numismatique ⚡ Le denier Manlia — seule émission républicaine à la Sibylle Le denier émis par Lucius Manlius Torquatus (RRC 295/1, vers 113–112 av. J.-C.) constitue l’une des représentations les plus emblématiques de la Sibylle dans la numismatique républicaine. Son revers illustre directement la légende de la vente des Livres sibyllins à Tarquin le Superbe. La gens Manlia se réclamait d’un lien ancestral avec les gardiens officiels des Livres sibyllins (decemviri sacris faciundis), ce qui explique ce choix iconographique fort, affirmant à la fois la piété et la légitimité de la famille. 04 Denier Manlia · Lucius Manlius Torquatus 113–112 av. J.-C. 🏛 Portrait voilé · Sibylle à l’avers Denier Manlia · Lucius Manlius Torquatus · RRC 295/1 · Argent · Rome · 113–112 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers — · Tête voilée à droite Tête voilée de la Sibylle à droite, parfois identifiée à Roma — figure prophétique aux traits sévères, coiffée d’un voile de tissu lourd. Revers L · TORQVAT Le magistrat monétaire L. Torquatus debout face à la Sibylle assise, lui remettant les Livres sibyllins — scène directement tirée de la légende de Tarquin. À l’exergue : symbole de contrôle. Ce denier est remarquable par sa narration iconographique : le revers met en scène l’épisode légendaire où la sibylle de Cumes, après avoir brûlé six des neuf livres prophétiques devant le refus de Tarquin, finit par vendre les trois derniers au même prix que les neuf initiaux. La gens Manlia revendiquait par cette image sa participation historique à la garde de ces textes sacrés. La présence de la Sibylle sur cette monnaie est un acte de propagande aristocratique autant que de piété : elle ancre la famille dans la grande histoire religieuse de Rome et affirme son
Anguipède

[TITRE] · Iconographie numismatique · LesDioscures Anguipède Créature mythologique · Jambes de serpent · Iconographie numismatique républicaine Nature Créature mythologique Origine Greco-romaine · Gauloise Attributs Jambes de serpent · Foudre Monnaies RRC 474/4 · 1 type recensé Période frappe 45 av. J.-C. Un anguipède est une créature mythologique dont les membres inférieurs se terminent en forme de serpents. Le terme vient du latin anguis (« serpent ») et pes (« pied »), signifiant littéralement « aux pieds de serpent ». Cette figure hybride traverse les cultures antiques — grecque, romaine, gauloise — et symbolise tantôt le chaos primordial, tantôt la puissance tellurique, tantôt les forces du mal vaincues par l’ordre divin. Dans la numismatique républicaine romaine, l’anguipède fait une apparition remarquable sur le denier Valeria de 45 av. J.-C. — l’une des rares monnaies à représenter explicitement une scène de gigantomachie. Géant anguipède · Statuette romaine en bronze · fin IIe siècle apr. J.-C. · Getty Villa (inv. 92.AB.11) · Domaine public « Le géant Valens, le type de la puissance, de la force et de la valeur, est représenté dans la mythologie comme luttant contre les dieux : il tient la foudre comme Jupiter. » — Ernest Babelon, Description historique des monnaies de la République romaine ✦ La Gigantomachie grecque 01 Les Géants anguipèdes dans l’art grec À partir du IVe siècle av. J.-C. Autel de PergameIIe s. av. J.-C. Dans la tradition gréco-romaine, les anguipèdes sont associés aux Géants de la Gigantomachie — le combat mythique opposant les dieux de l’Olympe aux Géants nés de Gaïa. À partir de ca. 380 av. J.-C., les Géants sont conventionnellement représentés avec des jambes de serpent dans l’art grec. L’exemple le plus célèbre est la Grande Frise de l’Autel de Pergame (IIe s. av. J.-C., aujourd’hui au Pergamonmuseum de Berlin), où Athéna, Zeus et les autres dieux terrassent des Géants anguipèdes dans une composition d’une violence expressionniste saisissante. Typhon, le monstre primordial né de Gaïa et du Tartare, est lui aussi souvent représenté avec des jambes serpentines. Ces représentations symbolisent le triomphe de l’ordre olympien sur le chaos des forces primordiales — une lecture politique autant que cosmologique. ✦ Le Cavalier à l’Anguipède — tradition gallo-romaine 02 Jupiter / Taranis terrassant l’Anguipède Gaule romaine · Ier–IIIe s. apr. J.-C. Cavalier à l’anguipèdeMetz · Musée de la Cour d’Or Dans la Gaule romaine, l’anguipède connaît une fortune iconographique exceptionnelle avec le motif du cavalier à l’anguipède : un dieu équestre — assimilé à Jupiter ou au dieu gaulois Taranis — piétine sous les sabots de son cheval un géant difforme dont les membres inférieurs s’achèvent en serpents. Ces groupes sculpturaux, placés au sommet de colonnes dites colonnes de Jupiter, sont caractéristiques de la Gaule rhénane et du nord-est de la France. On en recense plus de 160 exemplaires entre la Meuse et le Rhin. Les sites majeurs incluent Grand (Vosges), Metz, le Donon et Arlon (Belgique). ⚡ Jupiter / Taranis Dieu céleste et de l’orage — la foudre est son arme contre les forces chthoniennes représentées par l’anguipède. 🐍 Jambes serpentines Symbolisent le lien avec la terre (chthonien) et les forces primordiales du chaos — opposées à l’ordre céleste. 🏛️ Colonnes de Jupiter Monuments cultuels placés près de sources et de thermes — 160+ exemplaires recensés en Gaule rhénane. 🌍 Diffusion géographique De la Gaule jusqu’au Gandhara (nord-ouest Pakistan), en passant par la gigantomachie de Pergame. ✦ Abrasax — l’anguipède des amulettes magiques 03 Abrasax — tête de coq, jambes de serpent Amulettes gréco-romaines · IIe–IVe s. apr. J.-C. AbrasaxGemme magique Dans les cultes gnostiques et magiques de l’Antiquité tardive, Abrasax (ou Abraxas) est l’anguipède par excellence : une entité mystique représentée avec une tête de coq, un corps humain et des jambes serpentiformes, brandissant un bouclier et un fouet. Son nom, dont les lettres grecques totalisent 365 en valeur numérique, le lie au cycle solaire annuel. Ces figures sont fréquentes sur les gemmes magiques — pierres gravées servant d’amulettes — et témoignent d’un syncrétisme entre éléments égyptiens, grecs, juifs et persans. L’inscription IAŌ (forme du tétragramme divin) apparaît fréquemment sous la figure. Abrasax symbolise ainsi une dualité cosmique : à la fois protecteur et force primordiale, pont entre les mondes céleste et chthonien. ✦ Représentation numismatique 🏛️ Monnaie rarissime — Indice de rareté 10 RRC 474/4British Museum · 4,17 g Le denier frappé en 45 av. J.-C. par Lucius Valerius Acisculus est classé avec un indice de rareté de 10 sur 10 — le plus élevé possible. Contrairement aux autres émissions du même monétaire (Europa, Sibylle), le type au géant anguipède a été produit en quantités très limitées, suggérant une émission spéciale ou commémorative. Le géant du revers est identifié par Babelon comme Valens — nom qui partage la même étymologie que Valerius (valere : être fort). C’est une manière pour le monétaire de s’approprier une ascendance divine tout en évoquant la victoire de l’ordre cosmique sur le chaos, en pleine guerre civile romaine. 04 Denier Valeria · Lucius Valerius Acisculus 45 av. J.-C. · Rome ⚡ Jupiter foudroyant le géant Valens · Type parlant ACISCVLVS British Museum · 4,17 g ↗ Fiche 🏛 Légendes & description Avers ACISCVLVS Tête de Jupiter à droite dans une couronne de laurier ; derrière la tête, une petite pioche (acisculus) — type parlant sur le cognomen du monétaire. Jeu de mots visuel typique de la République tardive. Revers L · VALERIVS Géant anguipède de face, prenant de la main droite l’éclair de Jupiter qui a frappé son flanc, la main gauche levée à l’agonie. Scène de Gigantomachie — le géant Valens terrassé par la foudre divine. L’année 45 av. J.-C. est celle de la bataille de Munda, où César écrase les derniers pompéiens. Le géant foudroyé peut représenter les ennemis de la République enfin vaincus — Jupiter (assimilé à César dans la propagande de l’époque) rétablissant la paix universelle. Selon Babelon, le géant Valens est le père d’Esculape dans une tradition mythologique : Coronis allait donner naissance à Esculape quand Apollon, furieux de
Séléné ou Luna

Séléné · Luna · Iconographie numismatique · LesDioscures Séléné · Luna Déesse de la Lune · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité lunaire Origine Grecque · Romaine Attributs Croissant · Bige · Torche · Voile étoilé Famille Sœur de Sol & Aurora Monnaies RRC 303/1 · Aquillia Dans la mythologie romaine, Luna est la déesse personnifiant la Lune, associée à sa lumière, ses phases et son influence mystique sur le monde. Représentée comme une femme d’une grande beauté, elle porte une couronne ornée d’un croissant lunaire et traverse le ciel nocturne dans un char d’argent — une biga — tiré par des chevaux ou des bœufs blancs. Sœur de Sol et d’Aurora, elle joue un rôle fondamental dans l’ordre cosmique, marquant le rythme des nuits et des saisons. Son nom latin, luna, est à l’origine de termes comme « lunaire » ou « lunatique ». Son équivalent grec, Séléné, partage les mêmes attributs : le croissant frontal, le char nocturne, et la passion pour le beau berger Endymion endormi sur le mont Latmos — mythe que l’art romain reprendra abondamment sur les sarcophages. Cette double identité gréco-romaine confère à la déesse une richesse iconographique exceptionnelle, que l’on retrouve aussi bien dans la grande sculpture que sur le petit flan des deniers républicains. « Luna, tu qui illumines par ta lumière les ténèbres silencieuses, toi l’ornement du ciel, réponds à mes vœux. » — Tibulle, Élégies, III, 4 ✦ Représentations remarquables R1 Sarcophage de Séléné et Endymion — Metropolitan Museum of Art IIe – IIIe siècle apr. J.-C. Séléné et Endymion · Sarcophage romain en marbre · IIe–IIIe s. apr. J.-C. · Metropolitan Museum of Art, New York · Domaine public Ce remarquable sarcophage romain illustre le mythe le plus célèbre associé à Séléné : sa descente nocturne auprès d’Endymion, le beau berger condamné à un sommeil éternel sur le mont Latmos, que la déesse visitait chaque nuit pour contempler sa beauté. La composition en frise met en scène Séléné menant son char parmi des figures allégoriques, tandis qu’Endymion gît paisiblement entouré d’Éros et de personnages de sa suite. Ce type iconographique, extrêmement répandu dans la sculpture funéraire romaine des IIe et IIIe siècles, exprimait une idée de l’immortalité par l’amour divin. La déesse lunaire incarnait la promesse d’un passage doux vers l’au-delà. La pièce est conservée sous la référence 47.100.4ab au Metropolitan Museum of Art de New York. R2 Denier Aquillia — Luna dans sa bige · RRC 303/1 109–108 av. J.-C. Denier Aquillia · RRC 303/1 · Argent · 109–108 av. J.-C. · British Museum · 3,88 g Ce denier frappé par Manius Aquillius en 109–108 av. J.-C. offre la représentation numismatique la plus éloquente de Luna dans le monnayage républicain. Le revers figure la déesse dans une bige galopant à droite, entourée d’un croissant de lune et de trois étoiles au-dessus, avec une étoile supplémentaire sous l’attelage — formant ainsi un véritable tableau céleste en miniature. Associée à l’avers où Sol rayonne de sa tête radiée, cette pièce propose une vision complète du cycle cosmique jour-nuit. Le choix de ces types sidéraux par Aquillius est probablement une allusion aux divinités astres particulièrement vénérées en Orient, région où sa famille s’était illustrée militairement. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Luna · Séléné Monnaies · Sculptures · Mosaïques L’iconographie de Luna est stable et reconnaissable à travers toute la production artistique antique. Qu’il s’agisse d’une monnaie républicaine ou d’un relief de sarcophage impérial, ses attributs forment un vocabulaire visuel codifié que le regardeur antique identifiait immédiatement. 🌙 Croissant de lune Porté en diadème frontal ou tenu en main — son attribut le plus distinctif, présent de la céramique grecque aux monnaies romaines. 🐎 Bige nocturne Char à deux chevaux (ou bœufs) blancs traversant le ciel. Sur les monnaies, représenté au galop vers la droite. 🔦 Torche Parfois brandissée pour éclairer la nuit, symbolisant la lumière lunaire qui guide les voyageurs et les rites nocturnes. ⭐ Étoiles Présentes sur le denier Aquillia (trois au-dessus, une en dessous), elles situent Luna dans son cadre céleste et cosmique. 👗 Voile étoilé Billowing cape ou velificans déployée au vent — attribut de la course céleste, commun à Luna, Sol et Aurora. 🌊 Influence sur les marées Pouvoir symbolique sur les eaux, la fertilité et les cycles féminins — fondement de son culte agricole et rituel. Dans la numismatique républicaine, ces attributs sont condensés en quelques éléments distinctifs : le croissant, les étoiles, et la bige lancée au galop. Le denier RRC 303/1 d’Aquillius en est le témoignage le plus complet et le plus réussi. ✦ Représentation numismatique 🌙 Le couple Sol / Luna — Un diptique cosmique unique Le denier RRC 303/1 de Manius Aquillius est remarquable en ce qu’il met en regard, sur les deux faces d’une même pièce, les divinités du Soleil et de la Lune : Sol radié à l’avers, Luna en bige au revers. Ce diptique cosmique est rare dans la numismatique républicaine et témoigne d’une intention iconographique délibérée. Selon Babelon, les emblèmes sidéraux choisis par Aquillius rappellent l’Orient, où le culte des astres était particulièrement développé — une région où sa famille s’était distinguée militairement. D’autres y voient un jeu sur le nom d’Aquila (l’Aigle), constellation voisine de la Lune dans le ciel antique. 02 Denier Aquillia · Luna dans sa bige · Gens Aquillia 109–108 av. J.-C. 🌙 Luna en bige galopant à droite — croissant et trois étoiles RRC 303/1 · Denier · Argent · Atelier Rome · 109–108 av. J.-C. · British Museum · 3,88 g 🏛 Légendes & description Avers Anépigraphe — marque de valeur X Tête radiée de Sol (le Soleil) à droite, marque de valeur X sous le menton. Le dieu solaire est représenté de profil avec ses rayons caractéristiques. Revers MN · AQVIL // ROMA Luna dans une bige galopant à droite. Un croissant de lune et trois étoiles au-dessus de l’attelage, une étoile sous le bige. La légende identifie le magistrat monétaire Manius Aquillius et l’atelier de Rome.
Sylla

Sylla · Iconographie numismatique · LesDioscures Sylla Lucius Cornelius Sulla Felix · Dictateur de Rome · 138 – 78 av. J.-C. · Iconographie numismatique Nature Personnage historique Gens Cornelia · Patricienne Fonctions Général · Consul · Dictateur Surnom Felix · L’Heureux Monnaies RRC 480/1 · Aemilia Lucius Cornelius Sulla Felix (vers 138 – 78 av. J.-C.) est l’un des personnages les plus fascinants et les plus controversés de la fin de la République romaine. Né dans une famille patricienne tombée dans l’obscurité, il gravit les échelons du pouvoir par la seule force de ses victoires militaires et d’une ambition froide, avant de devenir le premier général romain à marcher sur Rome avec son armée et à s’en emparer les armes à la main — ouvrant ainsi une brèche que César et bien d’autres exploiteront après lui. Sur la monnaie, Sylla n’est pas représenté de son vivant : la tradition républicaine n’autorisait pas encore le portrait des vivants. C’est à travers les émissions de ses héritiers politiques et de leurs descendants que son image entre dans la numismatique romaine. Le denier de Lucius Æmilius Buca (RRC 480/1, 44 av. J.-C.), frappé un demi-siècle après sa mort, lui rend hommage via la scène du Songe de Sylla — vision prophétique qui, selon Plutarque, aurait annoncé sa victoire sur les Marianistes. Ce denier est à la fois un acte de dévotion familiale et un instrument de propagande politique dans l’ombre des Ides de Mars. Pseudo-« Sylla » · Copie d’époque augustéenne · Glyptothèque de Munich · Marbre · Domaine public « Il vit en songe Séléné descendre de l’Olympe et lui remettre le foudre de Jupiter, lui disant de frapper ses ennemis. » — Plutarque, Vie de Sylla, 9 ✦ Représentations remarquables R1 Portrait dit de Sylla — Glyptothèque de Munich Époque augustéenne · Copie en marbre La Glyptothèque de Munich conserve un portrait en marbre longtemps identifié comme représentant Sylla — identification aujourd’hui remise en question par les spécialistes, qui y voient peut-être un autre personnage de l’époque républicaine tardive. Qu’elle soit authentique ou non, cette sculpture illustre parfaitement le type iconographique de l’aristocrate romain de la fin de la République : traits creusés, regard intense, traits énergiques qui traduisent une volonté de puissance et une expérience des champs de bataille. L’absence de portrait monétaire contemporain de Sylla est significative : contrairement à César, qui brisera le tabou républicain du portrait des vivants en 44 av. J.-C., Sylla ne fit pas frapper son effigie sur les deniers. Son image est celle d’un homme qui respectait formellement les institutions tout en les tordant à son profit — une ambiguïté qui traverse toute son œuvre politique. R2 Le Songe de Sylla — Denier Aemilia RRC 480/1 44 av. J.-C. · Lucius Æmilius Buca La représentation numismatique la plus célèbre liée à Sylla est la scène du revers du denier RRC 480/1 : on y voit le dictateur couché contre un rocher, recevant la visite de Séléné (la Lune) qui descend d’une montagne, tandis que la déesse Victoire, ailes déployées, assiste à la scène. Cette composition illustre le songe prophétique décrit par Plutarque, dans lequel Séléné remet à Sylla le foudre de Jupiter pour foudroyer ses adversaires — vision qui aurait précédé de quelques heures sa victoire décisive à la Porte Colline en 82 av. J.-C. En choisissant ce motif en 44 av. J.-C., le monétaire Lucius Æmilius Buca — fils d’un proche de Sylla — affirme l’héritage familial sullénien tout en créant un parallèle subtil avec César, nouvel homme providentiel protégé des dieux. Ce denier est ainsi le seul à représenter Sylla dans toute la numismatique républicaine. ✦ Éléments iconographiques liés à Sylla 01 Les symboles de la propagande sullénienne Numismatique · Littérature · Sculpture Sylla a construit autour de lui une mythologie politique fondée sur la protection divine et la chance extraordinaire — d’où son surnom Felix (l’Heureux). Cette propagande se déploie à travers des symboles qui traversent l’iconographie républicaine tardive et les récits de Plutarque et d’Appien. ⚡ Foudre de Jupiter Remis par Séléné dans le rêve prophétique — symbole de la puissance divine accordée à Sylla pour écraser ses ennemis. 🌙 Séléné / Luna Déesse de la Lune, messagère divine dans le songe. Sa descente de l’Olympe confère à Sylla une légitimité surnaturelle. 🏆 Victoria Témoin ailé du songe au revers du denier Aemilia — confirme que la victoire à venir est d’origine divine. 🌟 Felix Son surnom officiel : « l’Heureux ». Sylla revendiquait une chance exceptionnelle comme preuve de la faveur des dieux. 🦁 Vénus (avers) À l’avers du denier Aemilia, Vénus rappelle à la fois l’ancêtre mythique de la gens Julia et la déesse dont Sylla se disait le protégé. 📜 Imperator iterum Titre utilisé sur certaines émissions liées à Sylla — « commandant en chef pour la deuxième fois » — affirmant sa supériorité militaire. L’ensemble de ces symboles construit un portrait de Sylla comme élu des dieux — homme dont les victoires ne s’expliquent pas seulement par le génie militaire, mais par une protection divine singulière. Cette rhétorique sera reprise et amplifiée par César, puis par Auguste. ✦ Représentation numismatique ⚡ Seule représentation de Sylla dans le monnayage républicain — RRC 480/1 Le denier RRC 480/1 de Lucius Æmilius Buca (44 av. J.-C.) est la seule monnaie républicaine à représenter explicitement Sylla — à travers la scène de son songe prophétique. Frappé en janvier-février 44, ce denier précède les émissions au portrait de César (DICT PERPETVO) de quelques semaines seulement. Il marque la charnière entre deux systèmes iconographiques : l’héritage gloriose de la République aristocratique et la propagande dynastique du futur Empire. L’indice de rareté de ce denier sur LesDioscures est 6/10+, pour 71 exemplaires répertoriés au CRRO. Il est frappé en argent à Rome, pesant en moyenne 3,61 g. 02 Denier Aemilia — Vénus & Le Songe de Sylla 44 av. J.-C. 🏛 Sylla couché recevant Séléné · Victoire derrière RRC 480/1 · BnF · 3,61 g 🏛 Légendes & description Avers L · BVCA Tête
Pax

Pax · Déesse romaine de la Paix · Ara Pacis · Iconographie numéralement · LesDioscures Pax Déesse romaine de la Paix · Fille de Jupiter & Iustitia · Ara Pacis · Paix augustéenne · Iconographie numéralement NatureAllégorie divine · personnification GénéalogieFille de Jupiter & Iustitia AttributsRameau d’olivier · Caducée · Corne d’abondance Équivalent grecEiréné · l’une des Heures MonumentAra Pacis Augustae · Temple de la Paix (Vespasien) Pax est l’une des grandes divinités allégoriques du panthéon romain — la personnification de la Paix comme état divin, don des dieux et fruit de la victoire militaire. Fille symbolique de Jupiter (la souveraineté) et de Iustitia (la Justice), elle incarne l’idée que la paix véritable repose sur l’ordre et la loi. Son culte, d’abord modeste à la fin de la République, connaît une transformation radicale sous Auguste : la déesse Pax devient l’instrument central de la propagande impériale, le symbole de la Pax Romana que le Princeps prétend avoir restaurée après un siècle de guerres civiles. Ce paradoxe est au cœur de Pax : la paix comme produit de la domination. Les empereurs — Auguste, Néron, Vespasien, Trajan — l’invoquent après des victoires militaires souvent brutales, des conquêtes, des destructions. Vespasien dédie le Templum Pacis après la destruction de Jérusalem en 70 ap. J.-C. ; Auguste fait voter l’Ara Pacis pour célébrer ses campagnes en Hispanie et en Gaule. La Pax romana est une paix imposée, gravée dans le marbre et frappée dans l’argent — et les monnaies républicaines tardives puis impériales en sont le reflet le plus fidèle. « Que la Paix vienne, aux cheveux ornés d’une branche de laurier de Palatine, et que le mot ennemi soit banni de tout le monde. » — Ovide, Fastes, I, 711–712 — invocation de Pax au seuil de l’an nouveau, sous Auguste ✦ Représentations remarquables R1 Eiréné portant Ploutos — Képhisodotos · copie romaine, Glyptothèque de Munich Original ~375–370 av. J.-C. · Copie romaine en marbre · Glyptothèque de Munich (inv. 219) Eiréné portant Ploutos · D’après Képhisodotos ~375 av. J.-C. · Copie romaine · Glyptothèque de Munich (inv. 219) · CC BY-SA Cette statue est la représentation la plus célèbre de la paix dans tout l’art antique. L’original en bronze, exécuté par Képhisodotos l’Ancien — probablement le père de Praxitèle — vers 375 av. J.-C., était érigé sur l’agora d’Athènes pour célébrer la paix conclue avec Sparte. La copie romaine en marbre de la Glyptothèque de Munich en est le témoignage le plus complet. Eiréné (la Pax grecque) se tient debout, sereine, tenant dans ses bras le nourrisson Ploutos — la Richesse — dont le regard monte vers elle. L’allégorie est d’une profondeur saisissante : la Paix nourrit la Prospérité comme une mère son enfant. La Richesse ne peut croître que sous la protection de la Paix — message politique adressé à une Athènes épuisée par des décennies de guerres. Ce groupe sculpté est l’un des premiers exemples d’allégorie double dans la sculpture grecque — une invention qui va profondément influencer l’iconographie romaine de Pax, avec ses attributs combinés (rameau d’olivier + corne d’abondance) que l’on retrouve sur les monnaies républicaines et impériales. R2 Frise de l’Ara Pacis Augustae — Côté est, procession du sacrifice 13–9 av. J.-C. · Marbre · Champ de Mars, Rome · Musée de l’Ara Pacis Ara Pacis Augustae · Frise est, procession · Marbre · 13–9 av. J.-C. · Champ de Mars, Rome · CC BY 2.5 L’Ara Pacis Augustae — l’Autel de la Paix Augustéenne — est le monument le plus éloquent de la théologie politique de Pax sous l’Empire. Voté par le Sénat en 13 av. J.-C., consacré en 9 av. J.-C., il célèbre le retour d’Auguste après ses campagnes en Hispanie et en Gaule en les présentant non pas comme des victoires militaires mais comme des actes de pacification — la guerre au service de la paix. Cette frise de la face est montre la procession des prêtres, des magistrats et de la famille impériale se rendant au sacrifice, mêlant délibérément le politique et le sacré. Le programme iconographique de l’Ara Pacis développe un concept nouveau : la Pax comme état naturel du monde sous la protection d’Auguste. Le fameux panneau de Tellus (ou Italia) montre une figure féminine entourée d’enfants, d’animaux et de plantes en abondance — la terre fertile sous la paix divine. C’est une vision positive et matérielle de la paix, non comme absence de guerre mais comme plénitude de la nature et de l’humanité réconciliées sous la tutelle impériale. ✦ Nature, attributs & culte 01 Pax — Les multiples visages de la paix romaine République tardive & Empire · Origines divines · Eiréné · Neptunalia 🌿 Rameau d’olivier Attribut premier de Pax — le rameau d’olivier comme symbole universel de la paix depuis l’Antiquité grecque. Sur les monnaies, il est tenu de la main droite tendue — le geste de l’offrande pacifique. 🪄 Caducée Le caducée d’Hermès/Mercure — attribut de la diplomatie, du commerce et de la concorde. Pax le porte souvent en main gauche, signalant que la paix ouvre les routes du commerce et de la prospérité. 🌾 Corne d’abondance La paix nourrit la richesse — comme Eiréné portant Ploutos. La corne d’abondance lie Pax à la fertilité agricole, à l’Annona et à la prospérité économique qui découle de l’absence de guerre. 🔥 Brûlant des armes Variante iconographique impériale : Pax mettant le feu à un tas d’armes — symbole de la guerre définitivement vaincue. Type apparu sous les Flaviens pour célébrer la fin des guerres civiles de 69 ap. J.-C. 🏛️ Fêtes — 3 & 30 janvier, 4 juillet Les Ludi Pacis se tenaient les 3 et 30 janvier (offrandes pour la paix de l’Empire) et le 4 juillet (consécration de l’Ara Pacis). Sacrifices d’animaux, processions, encens. Pax appartient au groupe des di indigetes — les divinités abstraites et fonctionnelles de la religion romaine archaïque, avant les grandes influences grecques. Elle personnifiait non pas une aventure mythologique mais un état souhaitable de la cité — et c’est
Vénus

Vénus · Iconographie numismatique · LesDioscures Vénus Déesse de l’Amour · Venus · Mère d’Énée · Aphrodite romaine · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité · Olympienne Équivalent grec Aphrodite Attributs Pomme · Miroir · Ceste · Colombe · Cupidon Cultes Genitrix · Victrix · Erycina · Verticordia Monnaies RRC 258/1 · 430/1 · César Vénus est la grande déesse romaine de l’amour, de la beauté, de la séduction et de la fertilité. Assimilée à partir du IIe siècle av. J.-C. à l’Aphrodite grecque, elle hérite de sa mythologie et de ses attributs tout en conservant une identité proprement romaine, plus politique et nationale que son homologue hellénique. À l’origine, Vénus était une divinité italique archaïque liée à la végétation et aux jardins — son sanctuaire près d’Ardée, capitale des Rutules, précède même la fondation de Rome. Son rôle dans la numismatique républicaine est exceptionnel et dépasse de très loin celui de la plupart des divinités du panthéon romain. Dès le IIe siècle av. J.-C., elle apparaît sur les deniers comme emblème dynastique de la gens Julia — qui se revendique descendante d’Énée, son fils mortel. Cette filiation mythologique fait de Vénus un instrument de propagande politique d’une puissance sans équivalent, exploité par Sylla, Pompée, César et enfin Auguste, qui transforme la déesse en protectrice officielle du peuple romain tout entier. « Mère des Énéades, plaisir des hommes et des dieux, Vénus nourricière, qui sous les astres glissants peuples la mer porteuse de navires et les terres fécondes. » — Lucrèce, De natura rerum, I, 1–4 · Ier siècle av. J.-C. ✦ Naissance et mythologie R1 Deux naissances, une déesse — la double origine de Vénus Hésiode · Homère · Théogonie La mythologie grecque attribue à Aphrodite — et par assimilation à Vénus — deux origines distinctes selon les sources. Dans la Théogonie d’Hésiode, elle naît de l’écume marine (aphros) formée lorsque Cronos, après avoir mutilé son père Ouranos, jette ses membres dans la mer. De cette écume surgit la déesse, que les flots poussent vers Chypre ou Cythère — mythe fondateur d’une beauté née de la violence cosmique. Dans la tradition homérique en revanche, Aphrodite est fille de Zeus et de Dioné, ce qui en fait une divinité olympienne de plein droit. C’est cette seconde filiation que retient Rome. Cicéron, dans son De natura deorum, va jusqu’à distinguer quatre Vénus distinctes : fille du Ciel et du Jour (vénérée en Élide), née de l’écume de la mer, fille de Jupiter et Dioné épousant Vulcain, et enfin la Vénus-Astarté syrienne. Cette multiplicité théologique ne fait que refléter la richesse des identifications et synchrétismes accumulés au fil des siècles. Sur les monnaies de la République, c’est toujours la Vénus olympienne, mère d’Énée par le mortel Anchise, qui prévaut. Son union avec Mars — le dieu de la guerre — est l’un des grands scandales de la mythologie antique : Héphaïstos/Vulcain, son époux forgeron, les capture dans un filet invisible sous les rires des dieux. De leur liaison naissent Éros/Cupidon, Harmonie, Phobos et Déimos (la Peur et la Terreur). L’union de l’Amour et de la Guerre — Venus et Mars — est l’un des couples les plus féconds iconographiquement de toute la tradition romaine, du forum augustéen aux mosaïques de Pompéi. R2 Vénus, mère d’Énée — le mythe fondateur de Rome Énéide de Virgile · Ier siècle av. J.-C. Le rôle le plus décisif de Vénus dans la culture romaine est celui de mère d’Énée. Selon le mythe repris et développé par Virgile dans l’Énéide, Vénus s’éprit du prince troyen Anchise sur les pentes de l’Ida et lui donna un fils — Aeneas. Lorsque Troie fut détruite par les Grecs, Vénus guida elle-même Énée à travers les flammes pour le conduire vers l’Italie, où ses descendants fonderaient Rome. Cette filiation divine — Vénus, Énée, Iule/Ascagne, la gens Julia — fait de la déesse l’ancêtre mythique de Rome elle-même. C’est précisément ce mythe fondateur qui explique l’extraordinaire exploitation politique de Vénus à partir de la fin de la République. La gens Julia, famille patricienne à laquelle appartient Jules César, affirme descendre en ligne directe d’Iule/Ascagne, fils d’Énée. Revendiquer Vénus comme ancêtre, c’est donc se placer sous la protection de la divinité même qui a fondé Rome — une légitimité sans équivalent dans la vie politique romaine. Le palindrome ROMA/AMOR circulait dans la culture savante comme le reflet de ce lien intime entre la Ville éternelle et la déesse de l’amour. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Vénus dans la numismatique républicaine Monnaies · Sculptures · Peintures Sur les deniers républicains, Vénus est représentée selon deux conventions iconographiques principales : le buste féminin diadémé ou couronné à l’avers, et la figure en pied ou en bige au revers. Ses attributs varient selon le titre sous lequel elle est invoquée, mais un noyau stable d’emblèmes la rend immédiatement reconnaissable. 🍎 Pomme de Pâris Attribut fondamental issu du Jugement de Pâris. En recevant la pomme d’or comme « la plus belle », Vénus déclenche la guerre de Troie — et par là, la fondation de Rome. Symbole de beauté absolue. 🪞 Miroir Le miroir (speculum) est l’attribut de la coquetterie divine. Symbole de beauté contemplée, il orne les représentations sculpturales de Vénus et est parfois tenu par la Vénus Victrix dans ses variantes tardives. 🕊️ Colombe Animal sacré de Vénus, symbole d’amour et de paix. Les colombes tirent son char dans certaines représentations poétiques. Elles peuplent aussi ses sanctuaires, notamment celui du Mont Éryx en Sicile. 🏹 Cupidon / Éros Son fils ailé, porteur de flèches d’amour. Sur les monnaies républicaines, Cupidon couronne souvent Vénus en bige — première affirmation de la filiation divine de la gens Julia sur le denier RRC 258/1. 🛡️ Bouclier et lance Attributs de la Venus Victrix. La déesse s’appuie sur un bouclier et tient une lance pointée vers le bas, signifiant la victoire accomplie. Type développé sous Sylla et Pompée. 🌹 Rose et myrte Plantes sacrées de Vénus. La rose est son emblème végétal par excellence ;
Jupiter

Jupiter · Iconographie numismatique · LesDioscures Jupiter Roi des dieux · Iuppiter Optimus Maximus · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité suprême romaine Attributs Foudre · Aigle · Sceptre Temple Jupiter O.M. · Capitole Équivalent grec Zeus Monnaie RRC 364/1 Jupiter (Iuppiter) est la divinité suprême du panthéon romain, roi des dieux et des hommes, maître du ciel, du tonnerre et de la justice. Son nom dérive de Iovis pater — « Père Jove » — soulignant son statut de père universel. Équivalent du Zeus grec dans ses grandes lignes mythologiques, Jupiter présente une identité profondément romaine : dieu de l’État avant d’être dieu de la nature, garant des serments et des lois, protecteur de Rome depuis le temple de Jupiter Optimus Maximus sur le Capitole. Sa tête laurée — symbole de victoire et d’autorité divine — est l’un des types iconographiques les plus répandus de toute la numismatique républicaine. Des premières émissions du IIIe siècle av. J.-C. jusqu’aux deniers de la guerre civile, Jupiter à l’avers des monnaies romaines est un marqueur de légitimité : apposer son effigie, c’est se placer sous sa protection et affirmer que la cause défendue est juste et sacrée. « Jupiter brandissant ses foudres depuis le ciel, prend soin des auspices et veille sur le monde depuis sa citadelle. » — Virgile, Énéide, I, 223–226 ✦ Représentations remarquables R1 Jupiter Tonans — Sculpture romaine, Musée du Prado Art romain · Musée du Prado, Madrid Jupiter Tonans · Sculpture romaine en marbre · Musée du Prado, Madrid · Domaine public Cette sculpture du Jupiter Tonans — « Jupiter le Tonnant » — conservée au Musée du Prado représente le dieu dans sa posture la plus puissante : debout, le bras levé brandissant la foudre, l’aigle à ses pieds. C’est cette version guerrière et tonitruante de Jupiter qu’Auguste honora particulièrement après avoir survécu à la foudre lors d’une expédition en 26 av. J.-C. — il fit vœu de lui construire un temple sur le Palatin, que Suétone rapporte comme son sanctuaire personnel. La posture debout, le torse puissant et l’expression d’autorité souveraine de cette sculpture correspondent exactement à l’idéal iconographique que les graveurs de monnaies républicains s’efforçaient de condenser sur le petit flan d’argent du denier : la majesté de Jupiter, reconnaissable à la couronne de laurier et aux cheveux bouclés, est le type le plus omniprésent de la numismatique romaine. R2 Jupiter de Smyrne — Tête colossale, Musée du Louvre IIe – IIIe siècle ap. J.-C. · Louvre, Paris, inv. Ma13 Jupiter de Smyrne · Tête colossale en marbre · IIe–IIIe siècle ap. J.-C. · Musée du Louvre, Paris, inv. Ma13 · Domaine public Le Jupiter de Smyrne est l’une des têtes colossales les plus impressionnantes de l’art romain, découverte à Smyrne (actuelle Izmir, Turquie) et acquise par le Louvre au XIXe siècle. Sa taille hors norme — elle appartenait à une statue de culte colossale — et la majesté sereine du visage illustrent l’idéal jupitérien par excellence : cheveux bouclés encadrant un front puissant, barbe majestueuse, expression d’une autorité souveraine tempérée de bienveillance paternelle. La comparaison entre cette tête et les portraits de Jupiter sur les deniers républicains est révélatrice de la cohérence iconographique du type jupitérien à travers les siècles et les supports : les mêmes cheveux bouclés, la même couronne de laurier, le même profil barbu que les graveurs de monnaies reproduisaient fidèlement sur des flans de quelques grammes d’argent. La tête de Jupiter est, avec la tête de Roma, le type le plus constant et le plus reconnaissable de toute la numismatique républicaine. ✦ Attributs & culte romain 01 Jupiter Optimus Maximus — Le dieu de l’État romain Religion d’État · République & Empire ⚡ La Foudre Symbole de son pouvoir sur le ciel. Un éclair à droite est un bon présage, à gauche un mauvais signe. Les augures interprètent ses messages pour l’État. 🦅 L’Aigle Son animal sacré, messager entre le ciel et la terre. Les légions romaines portaient l’aigle (aquila) comme symbole de la puissance jupitérienne. 🌳 Le Chêne Arbre sacré de Jupiter. La corona civica, couronne de feuilles de chêne, était la plus haute récompense militaire romaine. 🏛️ Jupiter O.M. Optimus Maximus — le Meilleur et le Plus Grand. Son temple sur le Capitole était le centre politique et religieux de Rome. Le temple de Jupiter Optimus Maximus sur le Capitole était le cœur de la religion d’État romaine. Les généraux triomphants y montaient en procession après leurs victoires pour rendre grâce à Jupiter. Les consuls y offraient des sacrifices à leur entrée en fonctions. Les traités y étaient déposés. C’est là que Romulus avait placé les premiers spolia opima — butin pris en combat singulier — consacrés au dieu fondateur de la légitimité romaine. 02 Jupiter & la politique romaine — Du serment à la propagande République · IIIe – Ier s. av. J.-C. Jupiter était intimement lié à l’identité et à la légitimité politiques de Rome. Jurer par Jupiter (per Iovem) était l’acte le plus solennel qu’un Romain puisse accomplir — sa violation attirait automatiquement la colère divine. Cette dimension juridique en faisait le garant suprême des serments d’allégeance militaire (sacramentum), des traités internationaux et des décisions du Sénat. Sur les monnaies républicaines, la tête laurée de Jupiter à l’avers est une déclaration de légitimité : le parti qui frappe cette monnaie affirme agir sous l’autorité du père des dieux. C’est précisément le message que Q. Antonius Balbus, préteur marian, voulut transmettre en 83–82 av. J.-C. en plaçant Jupiter à l’avers de son denier serratus — la légende S·C (Senatus Consulto) renforçant ce message de légitimité institutionnelle, même en pleine guerre civile. ✦ Représentation numismatique ⚡ Jupiter en pleine guerre civile — Le denier de la cause marienne, 83–82 av. J.-C. Ce denier est frappé en Sardaigne par le préteur marian Q. Antonius Balbus, à la veille du retour de Sylla en Italie. La légende S·C (Senatus Consulto) signale que l’émission est financée sur le trésor des temples, saisi par ordre du Sénat dominé
Temple de Jupiter Capitolin

Temple de Jupiter Capitolin · Triade Capitoline · Rome · LesDioscures Temple de Jupiter Capitolin Jupiter Optimus Maximus · Triade Capitoline · Cœur sacré de Rome · Denier Volteia · RRC 385/1 Inauguration13 septembre 509 av. J.-C. EmplacementSommet du Capitole · Colline Sacrée Dimensions~53 × 63 m · Style toscan DivinitésJupiter · Junon · Minerve Monnaie citéeDenier Volteia · RRC 385/1 Au sommet du Capitole, la plus sacrée des sept collines de Rome, se dressait autrefois le plus prestigieux des sanctuaires de la République : le Temple de Jupiter Optimus Maximus Capitolinus, dédié à la puissante Triade Capitoline — Jupiter, Junon et Minerve. Plus qu’un simple lieu de culte, il fut le véritable cœur spirituel et politique de la puissance romaine. Depuis son inauguration au premier jour de la République jusqu’à sa disparition progressive au fil des siècles, ce temple incarnait la conviction profonde que Rome gouvernait avec l’approbation et la protection des dieux — et que chaque victoire, chaque consul, chaque triomphe était accompli sous leur regard bienveillant depuis la colline sacrée. « Le général vainqueur montait au Capitole pour offrir le sacrifice final à Jupiter — geste fondateur signifiant que la victoire appartenait au dieu, non à l’homme. » — Christopher Mérat, Temple de Jupiter Capitolin, LesDioscures.com ✦ Un héritage royal — La fondation étrusque de la République 01 Tarquin · 509 av. J.-C. · Style toscan · Dimensions colossales VIe siècle → 509 av. J.-C. Temple de Jupiter Optimus Maximus Capitolinus · Restitution architecturale L’histoire du Temple de Jupiter est intrinsèquement liée aux débuts de Rome. Sa construction fut initiée au VIe siècle av. J.-C. par les derniers rois étrusques — Tarquin l’Ancien et Tarquin le Superbe — et achevé au tout début de la République. Il fut solennellement inauguré le 13 septembre 509 av. J.-C., date symbolique qui marque l’avènement du nouveau régime républicain. 📐 Dimensions colossales ~53 × 63 mètres — le plus grand temple de style toscan (étrusque) jamais érigé. Il reposait sur un haut podium visible depuis toute la ville, surplombant le Forum. 🏛️ Style toscan Colonnes trapues sans cannelures, larges entre-axes, matériaux de tuf et d’argile cuite — le style étrusque archaïque, qui contraste avec le marbre grec qui viendra plus tard. 🎨 Vulca de Veii Artiste étrusque célèbre chargé des décors en terre cuite du toit — dont un quadrige (char tiré par quatre chevaux) et des acrotères représentant les trois divinités de la Triade. ⛪ Trois cellae Trois chambres de culte juxtaposées — une pour chaque membre de la Triade. Architecture unique à Rome, reflet de la pensée religieuse romaine où les grandes divinités agissaient en conclave. ✦ La Triade Capitoline — Jupiter, Junon, Minerve 02 Jupiter Optimus Maximus · Junon · Minerve — Le conseil divin de Rome Religion d’État romaine Contrairement à de nombreux temples dédiés à une seule divinité, celui-ci abritait trois cellae juxtaposées — architecture unique à Rome, reflet de la gouvernance divine collective : ⚡ Jupiter O. M. Optimus Maximus — « le Très Bon, le Très Grand » — occupait la cella centrale. Patron suprême de l’État romain, garant de l’ordre cosmique et politique, dont le foudre était le signe de toute victoire. 👑 Junon Regina Reine des dieux, protectrice des femmes et du mariage — cella latérale gauche. Sa présence dans la Triade signifiait l’accord du ciel sur l’ensemble de la vie civique de Rome. 🦉 Minerve Déesse de la sagesse, de la guerre tactique et des arts — cella latérale droite. Minerve incarnait la composante intellectuelle et stratégique de la puissance romaine. 🗿 La Statue de Jupiter Statue colossale de Jupiter Optimus Maximus — probablement en terre cuite peinte à l’origine, peut-être chryséléphantine (or et ivoire) dans les versions tardives. Spectacle de majesté divine. ⚡ Le 13 septembre — Fête solennelle de Jupiter Le 13 septembre était la date la plus sacrée du calendrier romaine — l’anniversaire de l’inauguration du temple en 509 av. J.-C. Ce jour donnait lieu aux Ludi Romani, les Jeux Romains les plus anciens et les plus importants, qui culminaient par un banquet solennel offert aux dieux sur le Capitole (epulum Iovis). Cette fête annuelle rappelait à tous les Romains que l’État et ses institutions étaient fondés sous le regard et la protection de Jupiter. ✦ Cœur du pouvoir — Triomphes, vœux et archives 03 Triomphe · Vœux des Magistrats · Archives de l’État République romaine · Ve s. → Ier s. av. J.-C. Le rôle du temple dépassait largement le culte. Il était le lieu où se déroulaient les moments les plus solennels de la vie publique romaine : 🏆 Le Triomphe Le général vainqueur montait au Capitole pour offrir le sacrifice final à Jupiter — geste fondateur signifiant que la victoire lui appartenait. Sans ce sacrifice, le triomphe était incomplet. 📜 Vœux des Consuls Les consuls nouvellement élus se rendaient au temple pour accomplir des sacrifices et solliciter l’approbation divine avant de prendre leurs fonctions — le mandat civil commençait par un acte religieux. 🗄️ Archives de l’État Documents officiels, traités diplomatiques, registres de lois — le temple abritait une partie des archives et trésors de l’État romain, sous la protection directe de Jupiter. 📚 Livres Sibyllins Les précieux Libri Sibyllini — oracles consultés en cas de crise nationale — étaient conservés dans le temple jusqu’à leur destruction lors de l’incendie de 83 av. J.-C. ✦ Le temple dans la numismatique — Denier Volteia 04 Denier Volteia · RRC 385/1 · Marcus Volteius ~78 av. J.-C. · Rome · Argent Denier Volteia · RRC 385/1 · Marcus Volteius · ~78 av. J.-C. 🏛 Description du denier · RRC 385/1 Avers Anépigraphe Tête laurée de Jupiter à droite Revers M · VOLTEI · M · F (Marcus Volteius Marci Filius) Temple tétrastyle de Jupiter Capitolin, portes fermées, le fronton orné d’un foudre · Marcus Volteius, fils de Marcus Ce denier présente une composition d’une clarté parfaite : Jupiter à l’avers — dieu dont le temple est illustré au revers. L’association directe entre la divinité et son