Corona Civica
Couronne civique de chêne · Distinction militaire romaine · OB CIVIS SERVATOS
La corona civica (couronne civique) était l'une des plus hautes décorations militaires de la Rome antique. Il s'agissait d'une couronne de feuilles de chêne remise au citoyen romain qui avait sauvé la vie d'un autre citoyen au combat.
Dans la hiérarchie des couronnes, Pline l'Ancien ne place au-dessus d'elle que la corona graminea (ou obsidionalis), la couronne d'herbe décernée au libérateur d'une armée assiégée. Parmi ses porteurs figure le jeune César, décoré au siège de Mytilène vers 80 av. J.-C. ; son récipiendaire le plus célèbre reste Auguste, à qui le Sénat la décerna en janvier 27 av. J.-C. — distinction individuelle étendue, pour l'occasion, à l'échelle de l'État tout entier.
« Les montants de ma maison furent publiquement revêtus de lauriers, et une couronne civique fut fixée au-dessus de ma porte. »
Laureis postes aedium mearum vestiti publice coronaque civica super ianuam meam fixa est.
— Auguste, Res Gestae Divi Augusti, 34, 2 (trad. LesDioscures)
Selon Pline l'Ancien (HN XVI, 12), la couronne n'était due qu'à celui qui avait sauvé un citoyen, tué l'ennemi et tenu la position le jour même. Aulu-Gelle et Polybe y ajoutent un trait essentiel : c'est le citoyen sauvé lui-même qui remettait la couronne à son sauveur.
Contrairement aux autres couronnes militaires romaines (corona muralis, vallaris, navalis), qui récompensaient un exploit offensif, la corona civica honorait un acte de solidarité entre citoyens. Polybe rapporte que le sauvé devait ensuite honorer toute sa vie son sauveur comme un père : le civis passait avant le miles.
Le chêne était l'arbre consacré à Jupiter, le dieu suprême de Rome. Tresser ses feuilles pour honorer celui qui avait préservé une vie de citoyen était donc un geste à la fois religieux et civique.
Pline l'Ancien (HN XVI, 13–14) énumère les privilèges attachés à la couronne :
Aureus d'Auguste · RIC I² 29a · 7,83 g · BMEn janvier 27 av. J.-C., lors du règlement qui fonde le Principat, le Sénat décerne à Octavien le nom d'Augustus et une série d'honneurs que celui-ci énumère dans ses Res Gestae (34) : des lauriers aux montants de sa porte, une couronne civique fixée au-dessus, et un bouclier d'or — le Clipeus Virtutis — placé dans la Curie Julia.
La formule OB CIVIS SERVATOS (« pour avoir sauvé les citoyens ») transpose la distinction individuelle à l'échelle de l'État : Auguste n'a pas sauvé un citoyen en combat singulier, mais le peuple romain en mettant fin à plus d'un siècle de guerres civiles. Cette extension du sens originel est l'un des coups de génie de la propagande augustéenne ; la couronne de chêne deviendra ensuite l'attribut ordinaire du portrait impérial.
La corona civica apparaît sur plusieurs émissions remarquables, et pas seulement sur les monnaies d'Auguste :
RIC I² 29a · 19–18 av. J.-C. · Or
Aureus d'Auguste — OB CIVIS SERVATOS
La légende seule dans une couronne de chêne — la plus épurée des compositions augustéennes.
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RIC I² 30a · 19–18 av. J.-C. · Or
Aureus d'Auguste — Clipeus dans la couronne
Le Clipeus Virtutis inscrit S P Q R / CL V dans une couronne de chêne, OB CIVIS au-dessus, SERVATOS au-dessous : les honneurs de 27 av. J.-C. réunis en un revers.
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RRC 511/1 · 42–40 av. J.-C. · Or
Aureus de Sextus Pompée
Portrait de Sextus dans une couronne de chêne, titre IMP ITER : un usage de la corona civica antérieur à Auguste.
→ Voir la ficheSur l'aureus de Sextus Pompée, la couronne de chêne entoure le portrait du fils de Pompée le Grand ; on la rapproche généralement de sa victoire sur Salvidienus Rufus et de la protection qu'il offrit aux proscrits de 43 av. J.-C. Le revers associe les têtes affrontées de Pompée le Grand et de Cnéus le Jeune, entre un lituus et un trépied.
Sous Auguste, la légende OB CIVIS SERVATOS figure aussi sur les deniers de Colonia Patricia (RIC I² 75–79, catalogue de l'atelier) et sur les sesterces frappés à Rome par les triumvirs monétaires des années 17–15 av. J.-C. (P. Licinius Stolo, C. Asinius Gallus, C. Gallius Lupercus, C. Cassius Celer, C. Plotius Rufus…) : la couronne de chêne, entre deux branches de laurier, y occupe tout le droit, avec OB au-dessus, CIVIS au centre et SERVATOS au-dessous.
Monnaies portant la corona civica
Pages connexes
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XVI, 7–14 — origine de la couronne de chêne, conditions d'attribution (XVI, 12) et privilèges du titulaire (XVI, 13–14) ; XXII, 6–13 pour la corona graminea, seule placée au-dessus d'elle.
- Aulu-Gelle, Nuits attiques, V, 6, 11–15 — définition de la couronne civique, remise par le citoyen sauvé.
- Polybe, Histoires, VI, 39, 6–7 — le sauvé couronne son sauveur, sous la contrainte des tribuns s'il le faut, et l'honore ensuite comme un père.
- Tite-Live, Histoire romaine, VI, 20, 7 et X, 46, 3 — soldats décorés de couronnes civiques.
- Suétone, César, 2 — la couronne civique de César au siège de Mytilène.
- Auguste, Res Gestae Divi Augusti, 34, 2 — la couronne civique fixée au-dessus de sa porte en 27 av. J.-C.
- Ovide, Fastes, I, 614 et Tristes, III, 1, 35–36 — la couronne de chêne de la maison d'Auguste.
- Maxfield, V. A., The Military Decorations of the Roman Army, Londres, Batsford, 1981.
- Bergmann, B., Der Kranz des Kaisers. Genese und Bedeutung einer römischen Insignie, Berlin, De Gruyter, 2010.
- Zanker, P., Augustus und die Macht der Bilder, Munich, C. H. Beck, 1987 ; trad. angl. The Power of Images in the Age of Augustus, Ann Arbor, 1988.
- Sutherland, C. H. V., The Roman Imperial Coinage, vol. I², Londres, Spink, 1984 — RIC I² 29a, 29b, 30a, 75–79.
- Crawford, M. H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 511/1.
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