Lituus
Bâton augural · Auspices · Romulus · Numismatique romaine
Le lituus est le bâton recourbé des augures, l'insigne le plus reconnaissable de leur charge. L'augure s'en servait pour désigner les régions du ciel et délimiter le templum, l'espace dans lequel il observait les signes envoyés par Jupiter. Le collège des augures comptait parmi les quatre grands collèges sacerdotaux de Rome.
La tradition faisait remonter l'objet à Romulus, qui l'aurait tenu en main lors de la fondation de la Ville. Sur les monnaies, le lituus rappelle d'abord l'augurat d'un ancêtre. Au Ier siècle av. J.-C., il accompagne les insignes religieux des chefs de guerre, puis se place derrière le portrait de César et de Marc Antoine.
« Et ce lituus qui est le vôtre, l'insigne le plus illustre de l'augurat, d'où vous vient-il ? De Romulus, qui s'en servit pour délimiter les régions du ciel lorsqu'il fonda la Ville. »
Quid ? lituus iste vester, quod clarissumum est insigne auguratus, unde vobis est traditus ? Nempe eo Romulus regiones direxit tum, cum urbem condidit.
— Cicéron, De Divinatione, I, 30 · trad. LesDioscures
Cicéron décrit le lituus comme un bâton recourbé et légèrement infléchi au sommet. Il précise qu'il tient son nom de sa ressemblance avec la trompette de même nom, instrument à pavillon recourbé (De Divinatione, I, 30). Aucun texte antique ne précise en quel bois il était taillé.
Tite-Live a conservé la description la plus précise d'une inauguration, celle du roi Numa. On peut y suivre l'usage du lituus en trois temps :
- La délimitation : l'augure, la tête voilée, tient le lituus de la main droite. Il fixe les régions du ciel de l'orient à l'occident, déclare méridionales les parties de droite et septentrionales celles de gauche. Les sources ne s'accordent pas toutes sur l'orientation de l'observateur.
- L'observation : l'augure demande à Jupiter d'envoyer des signes sûrs dans les limites tracées. Le moindre bruit ou le moindre écart de formule constitue un vitium.
- Le verdict : les signes ne révèlent pas l'avenir. Ils disent seulement si les dieux approuvent ou non l'entreprise du jour.
British Museum · Wikimedia Commons
Les auspices de l'État appartenaient aux magistrats ; l'augure était l'expert du droit qui les réglait. Cicéron, lui-même augure, tenait pour le plus important de la République le droit de dissoudre une assemblée ou d'annuler ses décisions sur une simple formule : « À un autre jour » (De Legibus, II, 31). Une élection ou une loi entachée de vitium pouvait être cassée.
Pour trancher la querelle sur l'emplacement de la cité, les jumeaux prirent les auspices, Romulus sur le Palatin, Rémus sur l'Aventin. Rémus vit le premier six vautours ; Romulus en vit ensuite douze (Tite-Live, I, 7 ; Plutarque, Romulus, 9). Cicéron rapporte que Romulus délimita les régions du ciel avec son lituus au moment de fonder la Ville.
La légende fait du lituus une relique fondatrice : l'instrument qui a servi à fonder Rome a survécu à sa destruction.
Denier Caecilia · RRC 374/2 · 81 av. J.-C.British Museum · 3,90 g
→ Fiche 1304CA
Le revers réunit deux instruments du culte public dans une couronne de laurier : le præfericulum, cruche à libations, et le lituus. Associés, ils forment l'emblème sacerdotal le plus courant du monnayage républicain tardif.
Ici, ils rappellent la dignité religieuse de Metellus Pius, grand pontife depuis peu. Aucune source n'atteste qu'il ait été augure : le lituus fonctionne comme un signe général du sacerdoce, pas comme la preuve d'une appartenance au collège.
La légende IMPER et la couronne de laurier proclament le titre d'imperator que ses soldats lui ont décerné. Au droit, la Piété et la cigogne, oiseau réputé nourrir ses parents âgés, illustrent le surnom Pius. Crawford attribue le denier à un atelier militaire du Nord de l'Italie, en 81 av. J.-C., pour payer les troupes que Metellus commandait pour Sylla.
| Exemplaires | 39 |
| Médiane | 3,82 g |
| Écart interquartile | 3,64 – 3,89 g |
| Coeff. de variation | 5,0 % |
| Mesures | 21 |
| Étendue | 16 – 20 mm |
Statistiques descriptives reprises de la fiche 1304CA : exemplaires pesés de sa galerie et exemplaire du British Museum. La bande bleue figure l'écart interquartile ; un exemplaire de 2,89 g est écarté du calcul (seuil de 3,2 g). L'effectif ne permet aucune comparaison entre émissions, et les diamètres proviennent d'institutions aux conventions de mesure différentes.
Au IIe siècle av. J.-C., le lituus rappelle surtout la gloire d'une famille. Le denier de Ti. Minucius Augurinus (RRC 243/1) montre un augure tenant le lituus près de la colonne Minucia : le surnom Augurinus y trouve son illustration.
Au Ier siècle, le lituus accompagne les insignes religieux des chefs de guerre. Metellus Pius, puis Pompée font figurer les instruments du culte à côté de leur titre d'imperator. Les trophées de Faustus Sylla (RRC 426/3) sont encadrés d'un capis et d'un lituus. La cruche et le lituus encadrent encore la tête de Pompée sur les deniers de son fils Sextus (RRC 511/3).
En 44 av. J.-C., César, augure et grand pontife, fait placer le lituus derrière son propre portrait (RRC 480/2). L'insigne n'est plus un rappel des ancêtres, mais l'attribut d'un homme vivant. Marc Antoine, augure depuis 50 av. J.-C., reprend aussitôt le procédé (RRC 488/2) ; sur ses deniers au Soleil, la légende proclame AVGVR parmi ses titres (RRC 533/2).
Sous l'Empire, le prince est membre de tous les grands collèges. Auguste énumère parmi ses titres ceux de grand pontife et d'augure (Res Gestae, 7). Le lituus figure alors parmi les instruments sacerdotaux des revers impériaux, aux côtés du simpulum, de l'aspersoir et de la cruche. Voir aussi l'article Outils pontificaux.
Sept types de la République où figure le lituus, du rappel familial de 134 av. J.-C. au portrait de Marc Antoine en 38 av. J.-C. Cliquez sur une monnaie pour l'agrandir.
Autres fiches au lituus
Articles liés
- Cicéron, De Divinatione, I, 30 — description du lituus, son nom, le lituus de Romulus retrouvé intact.
- Cicéron, De Legibus, II, 20-21 et 31 — les augures et leur pouvoir d'annuler les actes publics.
- Tite-Live, Histoire romaine, I, 6-7 (auspices de Romulus et Rémus) ; I, 18 (inauguration de Numa).
- Plutarque, Vie de Romulus, 9 (les vautours) ; Vie de Camille, 32 (le lituus retrouvé après l'incendie gaulois).
- Auguste, Res Gestae, 7.
- Linderski, J., « The Augural Law », Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, II.16.3, Berlin, 1986, p. 2146-2312.
- Scheid, J., La Religion des Romains, Armand Colin, Paris.
- Beard, M., North, J., Price, S., Religions of Rome, 2 vol., Cambridge University Press, 1998.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885-1886.
- Denier Caecilia — 1304CA · RRC 374/2, galerie et métrologie complètes.
- Jupiter — le dieu dont les augures interprétaient les signes.
- Pietas — la Piété, au droit du denier de Metellus Pius.
- Numa Pompilius — le roi inauguré par l'augure.
- César · Marc Antoine · Octave puis Auguste
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