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Priape

Priape · Iconographie numismatique · LesDioscures Priape Dieu de la fertilité & des jardins · Mutinus Titinus · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité agraire Origine Grecque · Lampsaque Parenté Dionysos & Aphrodite Attributs Phallus · Faucille · Fruits Monnaies RRC 341/1 · 341/2 Priape est avant tout une divinité agraire, protectrice des jardins, des vergers, des vignes et des troupeaux. Fils de Dionysos et d’Aphrodite selon la tradition la plus répandue, il naît à Lampsaque, sur l’Hellespont, en Asie Mineure — ville qui demeurera le principal foyer de son culte avant que celui-ci ne se répande vers la Grèce, puis vers Rome. Sa marque distinctive : un phallus démesuré, signe à la fois de fertilité et de puissance protectrice, qui fait de lui une figure à la fois sacrée et comique dans le panthéon gréco-romain. Dans la tradition romaine, Priape est assimilé à Mutinus Titinus (ou Mutunus Tutunus), une divinité italique archaïque dont le nom évoque les mêmes réalités. Cette équivalence est attestée par Festus, qui rapporte que le dieu possédait à Rome un temple sur la Vélia où les matrones venaient sacrifier revêtues de robes prétextes, et où les jeunes mariées offraient symboliquement le tribut de leur virginité — rite nuptial de propitiation de la fécondité. Sur les monnaies républicaines, Priape / Mutinus Titinus apparaît notamment sur les émissions de la gens Titia, dans un jeu de type parlant liant le nom du dieu à celui du magistrat monétaire. « Mutinus Titinus est l’équivalent romain de Priape, dieu de la procréation, dont le culte reflète la fécondité sacrée sur laquelle reposait la vie agraire de Rome. » — Festus, De verborum significatione, d’après Verrius Flaccus ✦ Représentations remarquables R1 Statuette de jardin — Priape ithyphallique tenant une corne d’abondance Époque romaine · Ier – IIe siècle ap. J.-C. Priape pesant son phallus · Fresque de la Maison des Vettii, Pompéi · Ier s. ap. J.-C. · Musée archéologique national de Naples · Domaine public L’iconographie la plus caractéristique de Priape dans le monde romain est celle de l’homme barbu au phallus démesuré, souvent représenté soulevant sa tunique pour révéler son attribut, ou pesant celui-ci avec une balance — image à la fois grotesque et sacrée. Sur les fresques de Pompéi, notamment la célèbre peinture de la Maison des Vettii, Priape est représenté en protecteur du foyer, son phallus mis en balance avec un sac d’or, symbole de richesse et de prospérité. Dans les jardins romains, les statuettes de Priape en bois de figuier peint en rouge étaient omniprésentes : figures à la fois épouvanteuses pour les voleurs et propitiatoires pour la récolte. Le caractère apotropaïque du phallus surdimensionné en faisait le gardien naturel des espaces cultivés. R2 Pégase sur les monnaies de Lampsaque — La double empreinte du culte priapique IVe – IIIe siècle av. J.-C. Lampsaque, berceau du culte de Priape sur l’Hellespont, frappait des monnaies dont le Pégase constituait le type caractéristique. Ce lien entre le cheval ailé et le dieu de la fertilité n’était pas fortuit : Pégase figurait aussi sur les deniers républicains romains de Quintus Titius — le même magistrat qui choisit la tête de Mutinus Titinus (Priape) à l’avers. Babelon notait que cette analogie s’expliquait non par une imitation servile, mais par une communauté de culte entre Rome et Lampsaque, qui produisait naturellement des figures semblables pour les mêmes divinités. Le Cabinet des Médailles de Paris conserve un buste de marbre à double tête — forme comparable à Janus — dont l’une représente Bacchus imberbe couronné de lierre et l’autre le dieu priapique Mutinus Titinus, ailé, à la barbe cunéiforme. Cette association de Bacchus et de Priape traduit leurs liens cultuels profonds : tous deux présidents à la fécondité de la vigne et aux mystères dionysiaques. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Priape / Mutinus Titinus Sculpture · Peinture · Numismatique L’iconographie de Priape est l’une des plus cohérentes et reconnaissables du panthéon gréco-romain. Ses attributs combinent fécondité rurale et puissance apotropaïque — la capacité d’éloigner le mal et de protéger l’espace sacré des jardins et des demeures. 🌾 Phallus ithyphallique Attribut central et signe de reconnaissance immédiat, à la fois symbole de fécondité et talisman apotropaïque. 🌿 Corne d’abondance Débordant de fleurs et de fruits — productions des jardins dont il est le protecteur attitré. 🗡️ Faucille / Bâton Outil agricole symbolisant son rôle de gardien des récoltes, parfois arme contre les voleurs de jardins. 🎩 Bonnet phrygien Coiffe d’origine orientale rappelant ses racines mysiennnes et son caractère de dieu venu d’Asie Mineure. 👑 Diadème ailé Attribut spécifique de Mutinus Titinus sur les deniers de Quintus Titius — barbe cunéiforme et ailerons caractéristiques. 🐴 Pégase (revers) Associé à Lampsaque, berceau du culte. Présent sur les monnaies de Quintus Titius en référence à la communauté cultuelle entre Rome et Lampsaque. Sur les monnaies républicaines, Priape est représenté sous sa forme romaine Mutinus Titinus : tête barbue coiffée d’un diadème ailé, à droite, sans légende. Ce type parlant fait écho au nom de famille Titius, selon la pratique courante des magistrats monétaires romains qui jouaient sur des similitudes sonores entre leurs cognomina et les divinités représentées. ✦ Représentations numismatiques républicaines ⚡ Seule représentation républicaine identifiée de Priape / Mutinus Titinus L’effigie de Mutinus Titinus (Priape) n’apparaît que sur les émissions de Quintus Titius, vers 90 av. J.-C. — un cas unique dans tout le monnayage de la République romaine. Ce choix iconographique n’est pas anodin : le nom du dieu (Mutinus Titinus) offrait une résonance évidente avec le nomen du monétaire, suivant la tradition des types parlants. Le chef gaulois Tatinos des Rutènes copiera fidèlement cette tête sur son bronze, reconnaissant dans cette image une puissance divine à s’approprier. M. Crawford a recensé pour ce type une estimation de 252 coins de droit et 280 coins de revers, témoignant d’une émission significative. Le denier servira de modèle direct au bronze TATINOS des Rutènes (LT. 4383), dont le revers inspirera également le bronze carnute TASGIITIOS (LT. 6295). 02 Denier Titia —

Silène

Silène · Iconographie numismatique · LesDioscures Silène Satyre · Compagnon de Dionysos · Iconographie numismatique · République romaine Nature Satyre / Demi-dieu Origine Grecque · Σειληνός Attributs Outre de vin · Âne · Thyrse Culte Dionysiaque · Ier s. av. J.-C. Monnaies Denier Vibia · RRC 449 Dans la mythologie grecque, Silène (ou Silenus, Σειληνός en grec) est une figure associée au vin, à l’ivresse et à la sagesse rustique. Il est généralement représenté comme un satyre âgé, jovial, chauve, barbu et bedonnant, souvent ivre et chevauchant un âne. Silène est un compagnon proche de Dionysos, le dieu du vin, de la fête et de l’extase, et est parfois décrit comme son précepteur ou père adoptif. Chef des satyres — ces créatures mi-humaines, mi-chèvres connues pour leur amour de la musique, de la danse et de la débauche —, Silène incarne l’esprit de l’indulgence tout en possédant une sagesse profonde, souvent révélée lorsqu’il est ivre. Cette dualité en fait un personnage complexe, mêlant sottise et perspicacité, et l’un des personnages les plus représentatifs du thiase dionysiaque. « Le meilleur sort pour les humains est de ne pas naître du tout, et le second meilleur est de mourir vite. » — Silène à Midas, rapporté par Aristote, Eudème ou De l’âme, fr. 44 Ross ✦ Représentations remarquables R1 Silène portant Dionysos enfant — Musées du Vatican Époque impériale · copie d’après Lysippe Silène portant Dionysos enfant · Copie d’un original de l’école de Lysippe · Marbre · Musées du Vatican, Rome · Domaine public Ce groupe sculptural en marbre blanc présente Silène dans son rôle de nourricier et de père adoptif de Dionysos. Le vieux satyre, reconnaissable à sa corpulence généreuse, son crâne dégarni et sa barbe hirsute, tient dans ses bras l’enfant-dieu avec une tendresse inattendue. La composition illustre parfaitement la dualité du personnage : grotesque dans son apparence, mais profondément attaché à la figure divine qu’il a élevée. Considérée comme une copie d’un original de l’école de Lysippe (IVe siècle av. J.-C.), cette œuvre témoigne du traitement naturaliste et psychologique que les sculpteurs grecs accordaient aux personnages du thiase dionysiaque. Elle influence directement l’iconographie monétaire républicaine qui représentera Silène comme une figure bienveillante et protectrice. R2 Denier Vibia — Caius Vibius Pansa · Silène sur l’avers 90 av. J.-C. Denier Vibia · Caius Vibius Pansa · RRC 342/5 · Argent · 90 av. J.-C. · Collection particulière Ce denier émis par Caius Vibius Pansa vers 90 av. J.-C. constitue l’une des rares représentations de Silène dans la numismatique républicaine romaine. L’avers présente la tête masquée du vieux satyre, trait distinctif qui le relie directement aux représentations théâtrales et aux processions dionysiaques. Le masque — attribut autant cultuel que dramatique — souligne le rôle de Silène comme figure liminale entre le monde humain et le monde divin. Le choix de ce type iconographique par la gens Vibia traduit l’influence croissante des cultes à mystères dionysiaques dans la société romaine de la fin du IIe siècle av. J.-C. Par contraste avec la sculpture du Vatican, qui privilégie la douceur du nourricier, la monnaie met en avant l’aspect masqué, rituel et mystérieux du personnage — deux facettes complémentaires d’une même figure mythologique complexe. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Silène Sculptures · Vases · Monnaies Les attributs de Silène sont parmi les plus reconnaissables de l’iconographie dionysiaque. Ils condensent à la fois son caractère jovial, son rôle de sage ivre et son appartenance irréductible au cortège du dieu du vin. On les retrouve aussi bien dans la grande sculpture que sur les vases attiques, les fresques campanienne et — plus rarement — sur le monnayage républicain. 🍷 Outre de vin Attribut principal, symbole de l’ivresse perpétuelle et de son appartenance au thiase. Silène tient ou chevauche l’outre (askos). 🫏 L’âne Monture habituelle de Silène, trop ivre pour marcher. L’âne est aussi associé aux rites dionysiaques et à la fécondité rustique. 🎭 Masque Attribut cultuel et dramatique. Présent sur les monnaies, il relie Silène au théâtre satyrique et aux mystères dionysiaques. 🌿 Couronne de lierre Partagée avec Dionysos, la couronne de lierre (kissos) symbolise l’immortalité bachique et l’extase rituelle. 👴 Calvitie & bedaine Traits physiques distinctifs : chauve, barbu, obèse. Ces caractéristiques burlesques contrastent avec la sagesse prophétique qu’on lui prête. 🪈 Flûte double Chef des satyres, Silène est parfois représenté jouant de l’aulos, symbole de l’ivresse musicale propre au thiase. Dans la numismatique républicaine, seul le masque et parfois la couronne de lierre sont représentés, en raison des contraintes formelles du monnayage. La tête masquée du denier Vibia reste la représentation la plus directe de Silène dans tout le corpus républicain connu. ✦ Représentations numismatiques ⚡ Rareté iconographique dans le monnayage républicain Silène est une figure exceptionnellement rare dans la numismatique républicaine romaine. Contrairement à d’autres divinités grecques abondamment représentées, le vieux satyre n’apparaît que de manière très limitée, principalement à travers son masque sur les deniers de la gens Vibia. Cette rareté contraste avec l’omniprésence de Silène dans l’art grec (vases, sculptures, fresques), et témoigne d’une sélectivité propre à l’iconographie monétaire romaine. L’émission du denier Vibia coïncide avec une période de forte influence des cultes dionysiaques à Rome, quelques décennies après la répression des Bacchanales de 186 av. J.-C. par le Sénat. Le choix de ce type monétaire prend dès lors une résonance particulière dans le contexte religieux de la fin de la République. 02 Denier Vibia · Caius Vibius Pansa · Silène masqué 90 av. J.-C. 🎭 Tête de Silène masquée · Buste de face légèrement tourné RRC 342/5 · Denier · Argent · Émission de Caius Vibius Pansa · 90 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers PANSA Tête de Silène masquée à droite, couronné de lierre ; légende PANSA derrière. Revers C · VIBIVS · C · F Cérès dans un bige rapide à droite, tenant une torche ; en dessous, épis de blé et légende C · VIBIVS · C · F. Ce denier émis par Caius Vibius Pansa présente à l’avers une tête de

Tarpeia

Tarpeia · Iconographie numismatique · LesDioscures Tarpeia Traîtresse ou héroïne · La Roche Tarpéienne · Iconographie numismatique · République romaine Nature Personnage légendaire Époque Fondation de Rome Père Tarpeius · Gardien du Capitole Fin Écrasée sous des boucliers Monnaie RRC 344/2 · 1234TI Tarpeia est l’un des personnages les plus ambigus de la mythologie fondatrice de Rome. Fille de Sempronius Tarpeius (ou Spurius Tarpeius selon les sources), gouverneur de la citadelle capitoline, elle est connue pour avoir ouvert les portes du Capitole aux Sabins du roi Titus Tatius lors du siège qui suivit l’enlèvement des Sabines par les hommes de Romulus. Son histoire, transmise avec des variations sensibles par Tite-Live, Denys d’Halicarnasse, Plutarque et Properce, oscille entre deux pôles : la traîtresse cupide punie par ses complices, et l’héroïne incomprise tentant de sauver Rome par la ruse. La tradition la plus répandue la présente comme ayant exigé des Sabins « ce qu’ils portaient au bras gauche » — entendant leurs bracelets d’or. Les Sabins, furieux de sa trahison, la prirent au mot différemment : ils lui jetèrent leurs boucliers (également portés au bras gauche), l’écrasant sous leur poids. Son corps fut précipité du haut de la falaise capitoline qui porte depuis son nom — la Roche Tarpéienne — devenu le lieu d’exécution des traîtres et grands criminels tout au long de la République. Dans la numismatique républicaine, Tarpeia est représentée sur les deniers de Lucius Titurius Sabinus (RRC 344/2, 89 av. J.-C.) — magistrat dont le cognomen Sabinus revendique explicitement une ascendance sabine, et qui choisit de raconter sur ses monnaies l’épisode fondateur du conflit entre Rome et les Sabins. L’émission intervient pendant la Guerre Sociale et le châtiment de Tarpeia y prend une résonance politique aiguë : un avertissement gravé dans l’argent contre toute tentation de trahison envers Rome. « Elle avait souvent accusé la Lune innocente et dit qu’elle devait aller laver sa chevelure dans le fleuve. » — Properce, Élégies, IV, 4 — sur Tarpeia et la Lune, témoin de sa passion pour Titus Tatius ✦ Représentations remarquables R1 Denier 1234TI — Tarpeia ensevelie sous les boucliers · Münzkabinett Berlin 89 av. J.-C. RRC 344/2a · Lucius Titurius Sabinus · 89 av. J.-C. · Argent · Münzkabinett Berlin · 3,5 g · Indice de rareté : 10+ Ce denier porte au revers la scène la plus dramatique de tout le cycle numismatique sabin : Tarpeia agenouillée de face, les bras levés ou tendus, entre deux soldats sabins qui lui projettent leurs boucliers. Au-dessus de la scène, une étoile posée sur un croissant — la Lune, que Properce fait intervenir comme témoin et complice de la passion de Tarpeia pour Titus Tatius. La représentation de face, frontale et symétrique, est rare dans la numismatique républicaine qui privilégie habituellement le profil : elle confère à la scène une intensité théâtrale exceptionnelle, presque rituelle. Le personnage central — Tarpeia — est immédiatement lisible malgré la miniaturisation imposée par le flan argenté : sa posture d’écrasement progressif, à mi-chemin entre la supplication et la chute, est l’un des tours de force iconographiques de la série Tituria. R2 Denier 1231TI — L’Enlèvement des Sabines · British Museum 89 av. J.-C. RRC 344/1b · L’Enlèvement des Sabines · British Museum · 3,87 g · Domaine public Le denier RRC 344/1 (1231TI) est le pendant iconographique du denier à Tarpeia : il représente deux soldats romains emportant chacun une Sabine dans leurs bras, scène de l’enlèvement fondateur qui déclenche la guerre entre Romains et Sabins. Ensemble, les deux types forment un diptyque narratif complet : l’enlèvement qui provoque la guerre, puis le châtiment de celle qui trahit la citadelle assiégée. Babelon note que l’avers des deux deniers porte la tête du roi sabin Titus Tatius, identifié par le monogramme TA sous le menton — allusion directe au nom du roi ennemi devenu co-dirigeant de Rome après la réconciliation des peuples. La légende SABIN confirme le projet politique du monétaire : revendiquer une origine sabine aussi ancienne et noble que la fondation même de la Ville. ✦ Éléments iconographiques 01 Les symboles du denier Tarpeia Scène · Astres · Personnages L’iconographie du denier 1234TI est d’une densité symbolique remarquable pour un flan de moins de 18 mm. Chaque élément de la composition — la posture frontale, les boucliers, les astres — renvoie à des couches de sens superposées : le récit légendaire, la morale politique, et une connexion astrologique subtile attestée par Properce. 🛡️ Les Boucliers Instruments du châtiment et objet du malentendu : Tarpeia demandait « ce qu’ils portent au bras gauche » (les bracelets), les Sabins lui donnèrent les boucliers portés au même bras. Jeu fatal sur l’ambiguïté du langage. 🌙 Le Croissant et l’Étoile Properce fait intervenir la Lune comme témoin de la passion de Tarpeia pour Tatius. Le croissant au-dessus de la scène relie le châtiment à la nuit et aux forces nocturnes qui ont présidé à la trahison. 🏛️ La Posture frontale Tarpeia agenouillée de face — posture rare dans la numismatique républicaine. Cette frontalité crée un effet de présence et de solennité qui distingue la scène du châtiment de toutes les représentations de profil habituelles. 👑 Tête de Tatius à l’avers Le roi sabin Titus Tatius, identifié par le monogramme TA, orne l’avers des deux deniers Tituria. Ce choix place la série sous le patronage du chef ennemi devenu roi de Rome — fondateur légendaire de la gens Tituria. 🏔️ La Roche Tarpéienne Lieu d’exécution implicite : le destin de Tarpeia inaugure la tradition du supplice sur le saxum Tarpeium, d’où les traîtres étaient précipités tout au long de la République. La monnaie évoque ce lieu sans le représenter. ⚖️ Traîtresse ou héroïne ? L’iconographie ne tranche pas : Tarpeia est représentée dans l’acte de son châtiment, pas de sa trahison. La scène permet au spectateur romain de projeter sa propre lecture — punition méritée ou mort injuste d’une figure ambiguë. ✦ Les deniers Tituria — La série sabine ⚡ Un programme iconographique politique — 89 av. J.-C.,

Amalthée

Amalthée · Iconographie numismatique · LesDioscures Amalthée Nourrice de Zeus · Iconographie numismatique · République romaine Nature Nymphe / Chèvre divine Origine Grecque · Crète Attributs Corne d’abondance · Chèvre Période IIe – Ier s. av. J.-C. Monnaies 1 type référencé Amalthée (Ἀμάλθεια en grec) est l’une des figures les plus tendres de la mythologie grecque : nourrice du futur roi des dieux, elle incarne à elle seule les thèmes du soin, de la protection et de la récompense divine. Son nom est souvent interprété comme « la douce » ou « celle qui nourrit », reflet exact de son rôle dans les mythes fondateurs de l’Olympe. La tradition antique hésite sur sa nature exacte. Dans la version la plus répandue, Amalthée est une chèvre divine qui allaita Zeus nouveau-né dans une grotte du mont Ida, en Crète, pendant que sa mère Rhéa le cachait à Cronos, son père dévoreur d’enfants. Dans une autre tradition, Amalthée est une nymphe — parfois confondue avec Adrastée ou Ida — qui possédait une chèvre merveilleuse et s’en servait pour nourrir l’enfant divin. Ces deux versions coexistent sans se contredire vraiment, la nymphe et la chèvre étant souvent confondues dans l’imagerie antique. Son héritage le plus durable est la Corne d’abondance (cornucopia), née selon la légende d’une corne qu’Amalthée aurait perdue ou que Zeus lui aurait brisée accidentellement, et à laquelle il aurait conféré le pouvoir de se remplir de tout ce que son possesseur désirait. Ce symbole de prospérité et de fertilité traversa les siècles et s’imposa dans l’iconographie romaine — notamment sur les monnaies républicaines — comme l’une des allégories les plus reconnaissables de l’abondance. Nicolas Poussin — Jupiter enfant nourri par la chèvre Amalthée, vers 1638 · Huile sur toile · Domaine public (Wikimedia Commons) « Elle [Rhéa] confia l’enfant à la Terre et aux nymphes Adrastée et Ida, filles de Mélissée, pour qu’elles le nourrissent du lait de la chèvre Amalthée. » — Apollodore, Bibliothèque, I, 1, 6 ✦ Représentations artistiques 00 Amalthée dans l’art antique et moderne De l’Antiquité au XVIIe siècle Les représentations d’Amalthée dans l’art antique sont rares mais précieuses. Parmi elles, le relief campanien conservé au Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague (inv. T 138) constitue l’un des exemples les plus directs : la chèvre divine y est figurée allaitant le petit Zeus, dans la tradition des reliefs en terre cuite produits en Campanie entre le Ier siècle av. J.-C. et le Ier siècle apr. J.-C. Ces reliefs étaient souvent utilisés comme décoration architecturale ou votive, et témoignent de la diffusion du mythe dans le monde romain. La tradition se poursuit à l’époque moderne. Le tableau de Nicolas Poussin (Jupiter enfant nourri par la chèvre Amalthée, vers 1638, ci-dessus) reprend le schéma narratif antique tout en l’inscrivant dans un paysage arcadien baigné de lumière dorée. Poussin y représente Zeus enfant entouré de nymphes et d’un faune, la chèvre Amalthée au centre de la composition — synthèse de la double tradition héritée des sources antiques. Plus tôt, Gian Lorenzo Bernini, à tout juste seize ans, sculptait dans le marbre la Chèvre Amalthée avec Jupiter enfant et un faune (1609–1615, Galleria Borghese, Rome) — premier chef-d’œuvre du jeune prodige, où la chèvre, l’enfant-dieu et un petit faune forment un groupe plein de vivacité et de tendresse. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes d’Amalthée Monnaies · Sculptures · Mosaïques L’iconographie d’Amalthée est étroitement liée à celle de la cornucopia et à la chèvre, ses deux emblèmes indissociables. Dans la numismatique républicaine romaine, ce sont ces attributs qui permettent de l’identifier, souvent sans représentation directe de la figure mythologique elle-même. 🌾 Corne d’abondance La cornucopia, attribut principal. Débordante de fruits et d’épis, elle symbolise la prospérité infinie accordée par les dieux. Présente sur de nombreux deniers républicains comme allégorie de la Felicitas. 🐐 Chèvre divine Animal nourricier par excellence, la chèvre est l’incarnation même d’Amalthée dans la tradition la plus ancienne. Parfois figurée seule ou avec des chevreaux sur les revers de monnaies associées à la fertilité. ⭐ Constellation Zeus, en hommage à sa nourrice, l’aurait placée parmi les étoiles. Amalthée est associée à la Capella (l’étoile de la Chèvre) et parfois rattachée à l’origine du Capricorne. 🏺 Grotte du mont Ida Lieu de la naissance secrète de Zeus en Crète, la grotte est le cadre du mythe fondateur. Elle inscrit Amalthée dans la géographie sacrée de l’île crétoise, berceau du monde olympien. Dans la numismatique républicaine, la cornucopia est l’attribut le plus directement hérité du mythe d’Amalthée. Elle apparaît tenue par des divinités, des allégories ou figurée seule comme symbole synthétique de l’abondance promise par la puissance romaine. ✦ Représentations numismatiques ⚡ Seule représentation républicaine identifiée d’Amalthée Denier FonteiaRRC 290/1 Dans l’ensemble du monnayage républicain romain, le denier de la gens Fonteia frappé par Manius Fonteius constitue la référence numismatique principale associée à Amalthée. Le revers figure une chèvre — identification traditionnelle à Amalthée — dans une composition sobre qui renvoie directement au mythe de la nourrice de Zeus. Ce choix iconographique n’est pas anodin : la gens Fonteia revendiquait peut-être une filiation symbolique avec les thèmes de la protection divine et de la prospérité, valeurs incarnées par la figure d’Amalthée et sa cornucopia. 02 Denier Fonteia · Manius Fonteius vers 108–107 av. J.-C. 🐐 Chèvre allaitant — figure d’Amalthée RRC 290/13,90 gr env. 🏛 Légendes & description Avers M · FONTEI · C · F Tête casquée de Roma à droite, avec derrière la tête le buste d’un Galate ou Cupido ailé Revers ROMA Jupiter dans un quadrige au galop à droite, tenant un foudre et les rênes ; en dessous, une chèvre à gauche (Amalthée) ; dans le champ, un fulmen (foudre) Le revers de ce denier réunit dans une même composition les deux protagonistes du mythe fondateur : Jupiter (l’équivalent latin de Zeus) triomphant dans son quadrige et, au-dessous, la chèvre Amalthée, rappel discret mais explicite de l’enfance du dieu. Cette mise en scène hiérarchisée — le dieu adulte au-dessus, la nourrice en bas — évoque

Marsyas

Marsyas · Iconographie numismatique · LesDioscures Marsyas Satyre phrygien · Hubris & châtiment divin · Iconographie numismatique · République romaine Nature Satyre / Demi-dieu Origine Grecque · Phrygienne Attributs Aulos · Outre de peau Mythe Défi à Apollon · Écorché vif Monnaies Denier Marcia · RRC 346/1 Marsyas, dans la mythologie grecque, est un satyre phrygien, figure emblématique d’un mythe tragique centré sur l’hubris — l’orgueil démesuré — et la rivalité artistique face au divin. Sa légende illustre avec une violence saisissante le sort réservé à ceux qui osent défier les dieux sur leur propre terrain. Selon la tradition, Marsyas trouva un aulos, instrument à vent à double anche, abandonné par la déesse Athéna. Celle-ci, après en avoir été l’inventrice, l’avait rejeté : jouer de cet instrument déformait son visage, ce qu’elle jugeait indigne de sa majesté divine. Une variante rapporte qu’Athéna maudit l’instrument, en rendant l’usage dangereux pour quiconque oserait s’en emparer. « Il joua de la flûte avec tant d’art que, grisé par sa propre gloire, il osa défier Apollon lui-même en un concours musical. » — Ovide, Métamorphoses, VI, 382–400 ✦ Représentations remarquables R1 Marsyas supplicié — Musée du Louvre Rome, Ier – IIe siècle ap. J.-C. Marsyas supplicié · Anonyme romain · Ier–IIe s. ap. J.-C. · Marbre · H. 2,56 m · Musée du Louvre, Paris (Ma542) · Collection Borghèse · Domaine public Cette sculpture monumentale représente Marsyas les bras liés au-dessus de la tête, suspendu à un arbre ou à un poteau, dans l’attente du supplice. La tension des muscles, le visage levé vers le ciel et l’abandon du corps traduisent avec une précision anatomique remarquable la détresse du satyre face à son destin inéluctable. Copie d’un original hellénistique, cette œuvre constitue l’une des représentations les plus célèbres du mythe dans l’Antiquité. Elle se retrouvait reproduite sur de nombreux supports — reliefs, gemmes, monnaies — témoignant de la popularité durable de la figure de Marsyas dans le monde romain. R2 Le Supplice de Marsyas — Titien Renaissance, vers 1570–1576 Le Supplice de Marsyas · Titien · vers 1570–1576 · Huile sur toile, 212 × 207 cm · Arcidiecézní muzeum, Kroměříž (Rép. tchèque) · Domaine public Chef-d’œuvre tardif de Titien, cette toile plonge le spectateur au cœur de la scène d’écorchement avec une brutalité assumée. Apollon, représenté sous les traits d’un musicien calme et concentré, procède au supplice avec une sérénité glaçante, pendant que des personnages allégoriques — dont le roi Midas méditatif — assistent à la scène. Là où la sculpture antique privilégiait l’attente et la souffrance contenue, Titien choisit le moment de l’acte lui-même, enveloppé dans une lumière dorée qui confère au châtiment une dimension presque mystique. Le mythe de Marsyas devient ici une méditation sur l’art, la douleur et la transcendance, annonçant les grandes interrogations baroques sur le martyre de l’artiste. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Marsyas Sculptures · Monnaies · Reliefs Marsyas est reconnaissable dans l’art antique à un ensemble d’attributs constants qui définissent son identité à la fois comme musicien prodige et comme victime de l’hubris. Ces symboles se retrouvent sur les monnaies républicaines romaines, notamment dans le contexte du forum où une statue de Marsyas — outre levée — symbolisait la liberté des cités. 🎵 Aulos Double flûte à anche, instrument rustique et passionné lié aux cultes dionysiaques. Instrument de sa gloire et de sa perte. 🫧 Outre levée Bras levé tenant une outre de peau. Sur les statues des forums romains, symbole de la liberté accordée aux cités alliées. 🌲 Pin / Platane Arbre auquel Marsyas fut suspendu pour être écorché. Lieu de supplice devenu lieu de mémoire dans la mythologie phrygienne. 🦶 Pieds de bouc Attribut satyresque hérité de sa nature mi-humaine mi-animale, signe de son appartenance au monde sauvage de Dionysos. 💧 Rivière Marsyas Née du sang et des larmes du satyre, cette rivière de Phrygie (affluent du Méandre) perpétue sa mémoire dans le paysage anatolien. Dans la numismatique républicaine romaine, c’est surtout la statue de Marsyas au forum — bras levé — qui est représentée, non le mythe de l’écorchement. Cette image, gravée sur le denier de la gens Marcia, renvoie à une tradition bien ancrée dans la vie publique de Rome. ✦ Représentation numismatique républicaine ⚡ Seule représentation républicaine connue — Le Denier Marcia Le denier frappé par Lucius Marcius Censorinus vers 82 av. J.-C. (RRC 346/1) constitue le seul témoignage numismatique républicain connu mettant en scène Marsyas. Ce choix iconographique n’est pas anodin : la gens Marcia revendiquait une filiation légendaire avec le roi Ancus Marcius, et l’image de Marsyas — statue du forum — était intimement liée à la liberté populaire romaine. La statue de Marsyas représentée sur ces deniers montrait le satyre le bras droit levé tenant une outre, posture symbolisant le droit des cités latines à tenir des marchés libres et, plus largement, la libertas du peuple romain face au pouvoir tyrannique. Cette connotation politique forte explique la présence de cette image sur des monnaies émises à une période de tensions civiles majeures. 02 Denier Marcia · Lucius Marcius Censorinus vers 82 av. J.-C. 🏛 Statue de Marsyas debout — bras levé tenant une outre RRC 346/1~3,90 gr 🏛 Légendes & description Avers Tête d’Apollon laurée à droite Portrait d’Apollon, dieu de la musique, adversaire mythique de Marsyas — présence symboliquement forte face à l’image du satyre au revers. Revers CENSOR · Statue de Marsyas debout à gauche Marsyas nu, bras droit levé tenant une outre, debout sur une colonne. À gauche, une colonne rostrale. Référence directe à la statue du forum romain. Le face-à-face entre Apollon à l’avers et Marsyas au revers reconstitue visuellement l’opposition mythologique des deux protagonistes. Le magistrat monétaire, Lucius Marcius Censorinus, joue sciemment sur cette tension narrative pour renforcer un message politique : la liberté romaine, incarnée par Marsyas, doit triompher de toute domination. Cette pièce est directement consultable sur la fiche LesDioscures consacrée au Denier Marcia. ✦ Le mythe : hubris, musique et châtiment 03 Le défi à Apollon — déroulement

Anna Perenna

Anna Perenna · Iconographie numismatique · LesDioscures Anna Perenna Déesse du cycle annuel · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité romaine Origine Italique / Latine Attributs Année · Renouveau · Éternité Fête 15 mars — Ides de Mars Monnaies Gens Annia Anna Perenna est une figure de la mythologie romaine, une ancienne déesse associée au cycle de l’année et au renouveau. Son nom est souvent lié à l’expression latine annus perennis, qui signifie « année pérenne » ou « année éternelle ». Elle était vénérée comme une divinité du temps, en particulier du passage des saisons et de la continuité de la vie. Dans la tradition romaine, sa fête avait lieu le 15 mars, coïncidant avec les Ides de Mars, une date importante dans le calendrier romain. C’était une célébration animée où les gens se réunissaient en plein air, buvaient et festoyaient, souvent en portant des toasts à la longue vie et à la prospérité. Denier Annia · Caius Annius Luscus · Gens Annia « Anna soror, conjux ego sum tua, da mihi vitam — ut vivam per annos, da mihi, Anna, tuos. » — Ovide, Fasti, III, v. 523–696 ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes d’Anna Perenna Symbolique · Culte · Représentation Anna Perenna incarne la boucle temporelle dans toute sa complexité — à la fois achèvement et recommencement. Ses attributs reflètent cette dualité entre la vieillesse et la jeunesse, entre la fin et le début, qui structurent sa fonction divine. 🌀 Cycle annuel Personnification de l’annus perennis, l’année éternelle qui se renouvelle sans fin. 🌿 Renouveau Symbole du printemps naissant et du retour de la vie après l’hiver, associée aux Ides de Mars. 🫓 Gâteaux sacrés Selon une tradition, elle nourrit les plébéiens en distribuant des pains lors de la Sécession, gagnant leur vénération. 🌊 Nymphe des eaux Dans la version virgilienne, elle se transforme en nymphe des rivières, symbole du flux éternel du temps. ⏳ Longue vie Divinité accordant la longévité — on lui portait des toasts en formulant des vœux de longue existence. 👵 Vieille femme / Jeune déesse Sa dualité — vieille et jeune — reflète son rôle de pont entre fins et commencements. Sur les monnaies romaines, c’est à travers la gens Annia que le souvenir d’Anna Perenna s’exprime le plus directement, le nom de la famille évoquant phonétiquement et symboliquement la déesse de l’année perpétuelle. ✦ Mythes et origines 02 La nourricière des plébéiens Première tradition — Origine italique L’une des traditions les plus anciennes dépeint Anna Perenna comme une vieille femme du Latium qui, lors des troubles de la Sécession de la plèbe (vers 494 av. J.-C.), vint en aide au peuple affamé en distribuant des gâteaux. Ce geste de générosité lui valut la vénération populaire, et après sa mort elle fut élevée au rang de divinité. Ce mythe ancre Anna Perenna dans la tradition du culte plébéien, loin des grandes divinités aristocratiques. Sa fête du 15 mars, célébrée sur les rives du Tibre, gardait ce caractère populaire et joyeux : on s’y livrait à des banquets en plein air, on chantait, on buvait autant de coupes que l’on souhaitait d’années de vie supplémentaires. 03 Anna, sœur de Didon Tradition virgilienne — Lien avec l’Énéide Une version plus lettrée, développée notamment par Ovide dans les Fasti, rattache Anna Perenna à la mythologie troyenne. Dans ce récit, elle est la sœur de Didon, reine de Carthage. Après la mort tragique de Didon, Anna s’enfuit, portée par les vents jusqu’aux côtes d’Italie, où elle rencontre Énée — son ancien hôte — désormais établi dans le Latium. Mais Lavinie, l’épouse d’Énée, jalouse de cet accueil, lui est hostile. Prévenue en songe par le spectre de Didon, Anna prend la fuite et se jette dans le fleuve Numicius. Elle s’y transforme en nymphe des eaux, Anna Perenna, divinité du flux éternel et du renouveau cyclique. Cette métamorphose fait le lien entre l’origine carthaginoise du personnage et son rôle de déesse romaine de l’année perpétuelle. ✦ Représentation numismatique ⚡ Denier Annia — Seule référence républicaine au nom d’Anna Gens AnniaRRC 366/1 Le lien entre Anna Perenna et la numismatique républicaine passe essentiellement par la gens Annia, dont le nom évoque phonétiquement la déesse. Le denier émis par Caius Annius Luscus constitue l’exemple le plus notable de cette famille monétaire, avec son iconographie soignée qui reflète les ambitions propagandistes du magistrat. L’association entre le nom de la gens et la divinité de l’année perpétuelle n’est probablement pas fortuite : frapper monnaie au nom d’Anna, c’est s’inscrire symboliquement dans la continuité du temps romain et dans la faveur populaire qu’incarnait la déesse. 04 Denier Annia · Caius Annius Luscus 82–81 av. J.-C. 🏛 Buste féminin voilé à droite Gens AnniaRRC 366/1 🏛 Légendes & description Avers C·ANNI·T·F·T·N·PRO·COS·EX·S·C Buste diadémé et voilé de la déesse Anna (ou de Rome), à droite ; derrière, un caducée Revers L·FABI·L·F·HISP Victoria en quadrige au galop à droite, tenant une palme et les rênes Ce denier, frappé par Caius Annius Luscus en qualité de propréteur lors de son commandement en Espagne, est remarquable à plus d’un titre. L’avers présente un buste féminin voilé qui a été interprété tantôt comme Anna Perenna elle-même, tantôt comme une personnification de Rome ou de la Victoire — l’ambiguïté est peut-être intentionnelle, permettant au magistrat d’associer son nom à la déesse tutélaire de sa gens. La mention ex senatus consulto (sur ordre du Sénat) témoigne du caractère officiel de cette émission, liée aux opérations militaires de la période sullanienne. La gens Annia, par ce denier, ancre durablement son image dans la mémoire numismatique de la fin de la République. ✦ Le culte et la fête d’Anna Perenna 05 Les Ides de Mars — 15 mars Célébration annuelle sur les rives du Tibre La fête d’Anna Perenna se tenait chaque année au 15 mars, premier mois de l’ancien calendrier romain. Cette date des Ides de Mars avait une importance considérable dans le calendrier religieux, et la coïncidence avec la fête de la déesse n’est pas anodine : elle

Sanglier d’Érymanthe

Sanglier d’Érymanthe · Quatrième Travail d’Héraclès · LesDioscures Sanglier d’Érymanthe Quatrième travail d’Héraclès · Mythologie grecque & numismatique romaine Nature Créature mythologique Rang IVe travail d’Héraclès Lieu Mont Érymanthe · Arcadie Commanditaire Eurysthée de Mycènes Monnaie liée Denier Volteia · 78 av. J.-C. Le sanglier d’Érymanthe est l’une des créatures les plus redoutables du bestiaire héroïque grec : un énorme sanglier sauvage qui dévastait les pentes du mont Érymanthe, en Arcadie, ravageant cultures et troupeaux, semant la terreur parmi les populations du Péloponnèse. Sa capture constitue le quatrième travail imposé à Héraclès par Eurysthée, roi de Mycènes — avec cette exigence particulière qui distingue cet épisode des précédents : ramener la bête vivante. Cette contrainte transforme radicalement l’épreuve. Là où les premiers travaux convoquaient la force brute — l’étranglement du lion de Némée, l’extermination de l’hydre, la chasse infinie des oiseaux du lac Stymphale — la capture du sanglier d’Érymanthe exige ruse, endurance et stratégie. Héraclès ne peut ni tuer ni blesser grièvement la bête : il doit la dominer intact, l’enchaîner et la ramener à Mycènes les pattes liées. L’exploit devient ainsi une démonstration de maîtrise autant que de puissance. Dans la numismatique républicaine romaine, cet épisode mythologique trouve un écho direct dans le denier de Marcus Volteius (RRC 385/3, vers 78 av. J.-C.), qui représente au revers le sanglier calédonien — image voisine et parente — comme symbole de la vigueur héroïque associée aux Ludi Romani célébrés en l’honneur de Jupiter. « Il s’élança à travers la neige profonde, épuisa la bête par la poursuite, l’enchaîna et la porta sur ses épaules jusqu’à Mycènes. » — Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 12 ✦ Le Mythe 01 La Traque · Stratégie dans la Neige IVe travail 🐗 Capture vivante · Mont Érymanthe · Arcadie Louvre F202 · ~525 av. J.-C. Héraclès remonta les pentes enneigées du mont Érymanthe en plein hiver — saison choisie avec soin, car la neige épuise plus sûrement que n’importe quelle arme. Traquant le sanglier à la trace dans la neige fraîche, il le poussa à coups de grands cris hors de sa tanière rocheuse, le harcelant par des jets de pierres et en agitant des branches, le contraignant à une fuite éperdue dans les congères. Épuisé, piégé dans un ravin ou un banc de neige profond selon les versions, le sanglier fut maîtrisé à mains nues. Héraclès l’enchaîna solidement et le chargea sur ses épaules pour le porter jusqu’à Mycènes. La réaction d’Eurysthée à la vue de la bête enchaînée est restée célèbre dans l’Antiquité : pris de panique, le roi se réfugia dans une grande jarre de bronze enfouie dans le sol — scène comique qui contraste avec la gravité héroïque du travail accompli, et que les peintres de vases attiques reproduisirent avec délectation. Certaines versions rapportent qu’Héraclès abandonna ensuite le sanglier sur l’agora de Mycènes, où il fut tué par un passant anonyme. Ses défenses auraient été conservées dans le temple d’Apollon à Cumes, vénérées comme reliques héroïques. 02 L’Épisode des Centaures · Pholos et Chiron Épisode intercalaire En chemin vers l’Érymanthe, Héraclès fit halte chez le centaure Pholos, fils de Silène, qui l’accueillit avec une généreuse hospitalité : viande cuite, vin partagé. Mais lorsqu’il ouvrit le pithos — grand tonneau de vin commun à tous les centaures — l’odeur puissante du nectar attira une horde de centaures ivres de convoitise. Armés de pierres, de troncs d’arbres et de torches, ils attaquèrent. Héraclès les repoussa à coups de flèches empoisonnées par le sang de l’Hydre de Lerne — venin si terrible qu’un simple effleulement suffisait à tuer. Dans la mêlée, deux victimes illustres tombèrent par accident : Pholos, le vertueux hôte qui n’avait pris aucune part au combat, mourut en examinant l’une des flèches qui lui échappa des mains et l’atteignit au pied. Et Chiron — le plus sage des centaures, maître d’Achille, d’Asclépios et de Jason — fut blessé à la cuisse par une flèche perdue. Immortel, il ne pouvait mourir mais souffrait sans répit ; il finit par céder son immortalité à Prométhée pour obtenir la délivrance de la mort. 🏛 Portée symbolique L’épisode des centaures est l’un des plus riches en enseignements moraux de tout le cycle héracléen. L’ouverture d’un bien commun sans le consentement de la communauté déclenche une violence disproportionnée — le pithos de vin fonctionne comme une métaphore de l’ordre social perturbé par l’excès. La mort accidentelle de Pholos et la blessure de Chiron soulignent que même les innocents pâtissent des débordements des forts : la puissance d’Héraclès, bénéfique dans sa mission, devient destructrice dans ses conséquences collatérales. Les stoïciens ultérieurs verront dans Héraclès un modèle ambigu : héros civilisateur mais vecteur de destruction involontaire, incarnation du labor et de la vertu, mais jamais exempt des dommages que cause la force sans mesure. ✦ Interprétation symbolique 03 Le Sanglier comme Symbole · Lectures anciennes et modernes Mythologie · Philosophie Le sanglier d’Érymanthe concentre une symbolique particulièrement dense. Animal chthonien par excellence — lié à la terre, aux forêts obscures, aux forces brutes qui précèdent la civilisation — il représente dans les interprétations allégoriques une énergie archaïque à maîtriser plutôt qu’à détruire. L’exigence de capture vivante est ici fondamentale : Eurysthée veut la puissance de la bête domestiquée, non anéantie. Ce qui ne peut être tué doit être contrôlé. ❄️ La Neige Héraclès choisit l’hiver pour épuiser le sanglier par le terrain. La nature elle-même devient un allié stratégique — leçon d’intelligence appliquée plutôt que de force brute. ⛓️ Les Chaînes La bête est ramenée vivante et enchaînée. La maîtrise prime sur l’élimination : domestiquer les instincts sauvages plutôt que les nier ou les détruire. 🏺 La Jarre d’Eurysthée Le roi caché dans sa jarre de bronze face au sanglier enchaîné : l’autorité lâche et la puissance héroïque forment un tableau comique et politique à la fois. 🍷 Le Vin des Centaures Le pithos ouvert déclenche une catastrophe — métaphore des biens communs mal gérés, de l’excès et des conséquences imprévisibles de la démesure (hybris).

Attis

[TITRE] · Iconographie numismatique · LesDioscures Attis Le Berger Phrygien · Compagnon de Cybèle · Mort et Résurrection · Iconographie numismatique républicaine NatureDivinité phrygienne OriginePhrygie · Anatolie AttributsBonnet phrygien · Pin · Bouc MonnaiesRRC 288/1 · 1 type recensé Période frappe115–114 av. J.-C. Attis est une divinité d’origine phrygienne, associée à la végétation, à la fertilité et au cycle de la mort et de la renaissance. Il est particulièrement connu dans le contexte du culte de Cybèle, la Grande Mère, dont il était le compagnon et l’amant. Ce culte, introduit à Rome en 204 av. J.-C. par le consul M. Cornelius Cethegus, mettait en avant des rites intenses, notamment des célébrations printanières symbolisant le renouveau de la nature. Selon la mythologie, Attis était un jeune homme d’une grande beauté. Son mythe, fondé sur le sacrifice, la mort et la résurrection, en fit un des grands symboles des religions à mystères de l’Antiquité — préfigurant des thèmes qui traverseront ensuite le christianisme. Buste d’Attis · Villa Chiragan (Martres-Tolosane) · IIe s. apr. J.-C. · Photo Caroline Léna Becker · CC BY 3.0 · Wikimedia Commons « Attis s’est enfoncé dans la forêt et n’en est jamais revenu. » — Tradition phrygienne, rappelée par Catulle, Carmen LXIII ✦ Le mythe d’Attis 01 Naissance, sacrifice et résurrection Mythologie phrygienne Attis mourantOstia Antica · IIe s. ap. J.-C. Une des versions les plus courantes du mythe raconte qu’Attis, aimé de Cybèle, s’apprêtait à épouser une mortelle. Furieuse, la déesse lui envoya une folie qui le poussa à se castrer sous un pin — soit par dévotion extrême envers elle, soit par désespoir. Son sang donna naissance à des fleurs, symboles de vie et de régénération. Dans certaines traditions, notamment racontées par Ovide dans les Fastes, Attis fut transformé en pin par la Grande Mère, qui obtint de Jupiter que son corps ne se décompose pas et que ses cheveux continuent de pousser — première forme de résurrection. Ce cycle de mort et de renaissance en fit le symbole privilégié du renouveau printanier. Le pin sacré d’Attis était abattu chaque année lors des Dendrophoria (22 mars), enveloppé de bandelettes de laine comme un cadavre, puis porté dans le temple de Cybèle. Trois jours de deuil s’ensuivaient, avant les Hilaria — fêtes de la résurrection le 25 mars. 🎩Bonnet phrygienLe couvre-chef caractéristique d’Attis — symbole de son origine orientale, repris aussi pour les représentations de Mithras, Pâris, et les esclaves affranchis. 🌲Le Pin sacréArbre sous lequel Attis se mutila — centre du culte et symbole de mort et de renaissance. Abattu rituellement chaque 22 mars. 🐐Le BoucAnimal associé au berger Attis et à sa nature phrygienne — nourri du lait d’une chèvre selon Babelon, il chevauche un bouc sur le denier Cornelia. 🌸Sang et fleursDe son sang naquirent des violettes ou des fleurs de printemps — Attis est une divinité de la végétation, de la mort hivernale et du retour printanier. ✦ Cybèle et le culte à Rome 02 L’introduction du culte phrygien à Rome — 204 av. J.-C. République romaine tardive CybèleFormiae · Rome En 204 av. J.-C., sous la pression des Livres Sibyllins et pour assurer la victoire contre Hannibal, le Sénat romain fit ramener de Pessinonte (Phrygie) la Pierre Noire — bétyle sacrée de Cybèle. C’est le consul M. Cornelius Cethegus, ancêtre du monétaire du denier RRC 288/1, qui présida à cette introduction officielle du culte. Les rites de Cybèle et d’Attis étaient parmi les plus intenses du monde romain : les Galli, prêtres eunuques voués à la déesse, s’automutilaient lors de leurs initiations dans un état de transe extatique. Ces rites choquèrent longtemps les Romains, qui en interdirent la pratique aux citoyens romains — seuls les Phrygiens pouvaient officiellement y participer jusqu’à l’époque impériale. ⚡ Le lien entre les Cornelii Cethegi et Cybèle Selon Babelon, le type monétaire du berger Attis montant un bouc est une allusion directe au culte de Cybèle introduit à Rome par M. Cornelius Cethegus en 204 av. J.-C. En frappant cette monnaie, P. Cornelius Cetegus célébrait cet acte fondateur de sa famille tout en rendant hommage à la divinité phrygienne. Le casque de Roma à l’avers, de type phrygien, renforce ce thème oriental. ✦ Représentation numismatique 🏛️ Denier Cornelia RRC 288/1 — rarissime, indice 10+ RRC 288/1BnF · 3,68 g Le denier de P. Cornelius Cetegus (115–114 av. J.-C.) est classé avec un indice de rareté de 10+ — le plus élevé possible. C’est la seule émission connue de ce monétaire. Le revers représente le jeune berger Attis coiffé d’un bonnet phrygien, nu, tenant une branche sur l’épaule, monté sur un bouc galopant — le tout dans une couronne de laurier. Comme l’a démontré Cavedoni, c’est une allusion au culte phrygien d’Attis, nourri du lait d’une chèvre, introduit à Rome par l’ancêtre du monétaire. Le casque de Roma à l’avers, dit « phrygien », renforce le thème oriental et familial. 03 Denier Cornelia · P. Cornélius Cetegus 115–114 av. J.-C. · Rome 🐐 Attis berger phrygien montant un bouc galopant Avers · variante↗ Fiche 🏛 Légendes & description Avers EX · S · C Tête casquée de Rome à droite, coiffée d’un casque sans ailes, orné d’un cimier terminé en bec d’aigle et de type phrygien — renforçant le thème oriental du revers. Devant, marque de valeur XVI. Revers CETEGVS // ROMA Le berger Attis nu, coiffé d’un bonnet phrygien, tenant une branche sur son épaule, monté sur un bouc galopant à droite. Le tout dans une couronne de laurier. La mention EX S.C. (Ex Senatus Consulto) à l’avers indique que cette émission a été autorisée par un décret du Sénat — signe d’une circonstance particulière. La gens Cornelia étant l’une des plus prestigieuses de Rome, ce denier rarissime est un précieux témoignage du lien entre l’aristocratie romaine et les cultes orientaux à mystères. Références : Crawford RRC 288/1 · Babelon Cornelia 18 · Rareté 10+  ·  ↗ Fiche LesDioscures  ·  ↗ BnF Gallica ✦ Fiche numismatique liée RRC 288/1 Denier Cornelia · P. Cornélius Cetegus

Pégase

Pégase · Cheval ailé de la Mythologie · Bellérophon · Iconographie numéralement · LesDioscures Pégase Cheval ailé divin · Fils de Poséidon & Méduse · Bellérophon · Source Hippocrène · Iconographie numéralement NatureCheval ailé divin · créature unique ParentsPoséidon & Méduse (la Gorgone) FrèreChrysaor · né du même sang Héros liéBellérophon · tueur de la Chimère MonnaiesRRC 341/1 Titia · RRC 395/1 Cossutia Pégase — Pegasus en latin, Pêgasos en grec — est l’une des créatures fantastiques les plus célèbres de la mythologie grecque et de loin la plus fascinante : un cheval ailé, blanc comme la neige, né dans la violence d’une décapitation, et destiné à porter les héros vers des exploits impossibles et les dieux vers l’Olympe. Son nom dérive probablement du grec pêgê (« source »), en référence à son pouvoir de faire jaillir des fontaines sacrées d’un coup de sabot — dont la célèbre Hippocrène, source des Muses sur le mont Hélicon, matrice de toute inspiration poétique. Fils de Poséidon (dieu des mers et des chevaux) et de la Gorgone Méduse, Pégase naît avec son frère Chrysaor du sang qui s’écoule du cou de Méduse décapitée par Persée. Ce double paradoxe — beauté née de la laideur, grâce jaillie de la violence — donne au cheval ailé sa profondeur symbolique. Sur les deniers républicains, sa silhouette en plein vol est l’un des types iconographiques les plus reconnaissables, liant la noblesse chevaline romaine au prestige de la mythologie grecque. « Pégase, frappant le mont Hélicon d’un coup de sabot, en fit jaillir la source Hippocrène — fontaine sacrée où les Muses viennent s’abreuver et d’où naît toute poésie. » — D’après Hésiode, Théogonie, v. 280–286 & la tradition poétique grec-romaine ✦ Représentations remarquables R1 Mosaïque de Rhodes — Bellérophon sur Pégase tuant la Chimère ~300–270 av. J.-C. · Mosaïque de galets · Musée archéologique de Rhodes Bellérophon sur Pégase tuant la Chimère · Mosaïque de galets · ~300–270 av. J.-C. · Musée archéologique de Rhodes · CC BY-SA Cette mosaïque de galets, datée des années 300–270 av. J.-C. et découverte dans le sud de l’île de Rhodes, est l’une des représentations les plus anciennes et les plus vivantes du mythe de Bellérophon et Pégase. Le héros, monté sur le cheval ailé, s’élance pour frapper la Chimère — ce monstre hybride (tête de lion, corps de chèvre, queue de serpent crachant du feu) qui ravageait la Lycie. La technique des galets de couleur (kieselmosaik) donne aux figures un modelé et une expressivité remarquables pour leur époque. Ce type de représentation est directement lié à l’iconographie des deniers républicains qui montrent Pégase au revers. Le monétaire Lucius Cossutius Sabula (RRC 395/1, ~74 av. J.-C.) choisit précisément cette scène — Bellérophon chevauchant Pégase — en contrepoint à la tête de Méduse à l’avers : la mère et le cheval divin qui en est né, réunis sur la même pièce dans un dialogue iconographique d’une cohérence parfaite. R2 Mosaïque de galets d’Olynthe — Bellérophon et Pégase IVe s. av. J.-C. · Mosaïque de galets (kieselmosaik) · Olynthe (Macédoine) Bellérophon sur Pégase · Mosaïque de galets (kieselmosaik) · IVe s. av. J.-C. · Olynthe, Macédoine · CC BY-SA Cette mosaïque de galets d’Olynthe — cité de Macédoine orientale détruite par Philippe II de Macédoine en 348 av. J.-C. — est l’une des plus anciennes représentations de Pégase avec Bellérophon dans l’art grec. Elle utilise la technique archaïque du kieselmosaik (mosaïque de petits galets naturels de couleurs différentes) qui précède l’invention des tesserae taillées. La sobriété de l’exécution — silhouette du cheval ailé se détachant nettement sur le fond clair — illustre parfaitement l’iconographie fondamentale de Pégase : l’animal en plein vol, ailes déployées, portant son cavalier vers un exploit impossible. La mise en regard des deux mosaïques illustre l’évolution de l’art grec sur un siècle : la composition géométrique et schématique d’Olynthe (IVe s.) contraste avec la vivacité narrative et le réalisme anatomique de la mosaïque de Rhodes (IIIe s.). C’est dans ce même arc chronologique que la figure de Pégase se diffuse dans la culture romaine, des peintures étrusques jusqu’aux deniers républicains de la fin du IIe siècle. ✦ La mythologie de Pégase & Bellérophon 01 Naissance, exploits & destin — La trajectoire du cheval ailé Hésiode, Théogonie · Pindare · Ovide, Métamorphoses 🩸 Naissance du sang de Méduse Pégase jaillit du cou tranché de Méduse avec son frère Chrysaor. Né de l’union de Poséidon (dieu des chevaux) et de la Gorgone, il incarne la beauté née de la violence. 💧 Source Hippocrène D’un coup de sabot sur le mont Hélicon, Pégase fait jaillir la fontaine sacrée des Muses — symbole de l’inspiration poétique et du lien entre le divin et la création artistique. 🦁 Bellérophon & la Chimère Bellérophon domestique Pégase grâce à une bride d’or donnée par Athéna. Ensemble, ils vainquent la Chimère, les Amazones et les Solymes — exploits sans précédent dans la mythologie grecque. ⚡ Service de Zeus Après les exploits de Bellérophon, Pégase monte à l’Olympe et devient le porteur des éclairs et du tonnerre de Zeus — rôle cosmique qui transcende sa relation avec les héros mortels. 🌟 Hubris de Bellérophon Ivre de ses succès, Bellérophon tente de rejoindre l’Olympe sur Pégase. Zeus envoie un taon piquer le cheval, qui désarçonne son cavalier. Bellérophon s’écrase au sol, errant boiteux le reste de sa vie. Le mythe de Pégase et Bellérophon est l’un des plus riches de la mythologie grecque — un récit d’alliance entre l’homme et le divin, de gloire extraordinaire, puis d’hybris fatale. Il préfigure de nombreuses grandes épopées : la chevauchée héroïque (Pégase comme ancêtre symbolique de tous les destriers légendaires), la lutte contre le monstre composite (Chimère, préfiguration du Dragon), et la punition de l’orgueil qui croit pouvoir égaler les dieux. Sur les monnaies républicaines romaines, c’est la dimension héroïque et noble qui est retenue — Pégase en vol symbolise la virtus, la valeur guerrière, et le prestige de la culture grecque adoptée par Rome. 02 Pégase dans la mythologie étrusque et la culture romaine

Bellérophon

Bellérophon · Iconographie numismatique · LesDioscures Bellérophon Héros grec, vainqueur de la Chimère · Iconographie numismatique · République romaine Nature Héros mythologique Origine Grecque · Corinthienne Attributs Pégase · Lance · Chimère Période IIe – Ier s. av. J.-C. Monnaies 1 type référencé Bellérophon, dans la mythologie grecque, est un héros connu pour avoir dompté le cheval ailé Pégase et vaincu la Chimère. Fils de Poséidon (ou parfois de Glaucos, roi de Corinthe), il est étroitement associé à la ville de Corinthe ou à la Lycie. Son mythe, l’un des plus célèbres du monde grec, condense à lui seul les grands thèmes de l’héroïsme antique : la faveur divine, le triomphe sur le monstre et la chute inexorable par l’orgueil. L’histoire principale raconte que Bellérophon, accusé à tort d’un crime par la reine Sthénébée, est envoyé par le roi Proétos en Lycie avec une lettre scellée demandant son exécution. Le roi de Lycie, Iobatès, hésite à le tuer directement et lui confie des missions impossibles. La plus célèbre est de vaincre la Chimère — monstre à tête de lion, corps de chèvre et queue de serpent crachant du feu. Grâce à Pégase, offert par Athéna ou Poséidon, Bellérophon triomphe en volant au-dessus de la bête et en lui enfonçant une lance plombée qui fond dans sa gorge brûlante. Après d’autres exploits, Bellérophon devient arrogant et tente de voler jusqu’à l’Olympe sur Pégase pour rejoindre les dieux. Zeus, irrité par son hubris, envoie un taon piquer le cheval ailé, faisant chuter le héros. Bellérophon finit ses jours errant, aveugle et misérable, puni pour sa démesure. Ce mythe illustre les thèmes classiques de la gloire héroïque, du don divin et de la chute par l’orgueil. « Bellérophon, dès lors que les dieux le firent haïr par tous les hommes, errait seul sur la plaine Aléïenne, rongeant son âme, fuyant les traces des mortels. » — Homère, Iliade, Chant VI, v. 200–202 ✦ Représentations artistiques 00 Bellérophon dans l’art antique — Fresque de Pompéi Ier siècle av. J.-C. Fresque de Pompéi — Bellérophon, Pégase et Athéna, première moitié du Ier siècle · Domaine public Le mythe de Bellérophon a inspiré les artistes grecs dès la période archaïque. On le retrouve abondamment représenté sur la céramique attique et corinthienne, chevauchant Pégase et terrassant la Chimère. À Rome, le héros fait une entrée remarquée dans la peinture murale : cette fresque de Pompéi le montre en compagnie d’Athéna et de Pégase dans une composition qui deviendra un canon iconographique durable. 00b Mosaïque de Bellérophon d’Autun — Musée Rolin IIe – IIIe siècle ap. J.-C. · Augustodunum (Autun) Mosaïque de Bellérophon — Bellérophon sur Pégase terrassant la Chimère · IIe–IIIe s. ap. J.-C. · Découverte à Autun en 1830 · Musée Rolin, Autun · Domaine public Découverte à Autun (l’antique Augustodunum, capitale des Éduens) en 1830, cette mosaïque romaine est l’une des pièces maîtresses du Musée Rolin. Son médaillon central figure Bellérophon monté sur Pégase terrassant la Chimère dans une composition d’une qualité exceptionnelle : les tesselles sont si finement agencées qu’à quelques mètres elles donnent une parfaite illusion de réalisme. L’ensemble de la mosaïque dépassait 100 m², témoignant de l’opulence de la ville gallo-romaine à l’apogée de l’Empire. Cette œuvre est particulièrement précieuse pour l’histoire de l’iconographie de Bellérophon en Gaule romaine. Elle confirme que le mythe corinthien avait pleinement intégré le répertoire décoratif des grandes demeures provinciales, au même titre que les représentations des dieux olympiens. 00c Giovanni Battista Tiepolo — Bellérophon sur Pégase 1746–1747 · Palazzo Labia, Venise Giovanni Battista Tiepolo — Bellérophon sur Pégase, 1746–1747 · Fresque du plafond · Palazzo Labia, Venise · Domaine public Chef-d’œuvre du baroque vénitien tardif, cette fresque de plafond peinte par Giovanni Battista Tiepolo au Palazzo Labia de Venise est l’une des représentations les plus somptueuses de Bellérophon dans l’art occidental. Le héros y est représenté dans toute sa gloire céleste, porté par Pégase dans un envol majestueux, au milieu d’un ciel lumineux peuplé de figures allégoriques. La composition en trompe-l’œil crée une illusion saisissante d’ouverture vers le ciel. Tiepolo choisit ici de représenter le moment de la gloire — avant la chute —, inscrivant Bellérophon dans une tradition d’images triomphales du héros chevauchant Pégase. Cette fresque exercera une influence durable sur l’iconographie néoclassique du mythe. 00d Annibale Carracci — Bellérophon combattant la Chimère Fin XVIe siècle · Musée du Louvre, Paris Annibale Carracci — Bellérophon combattant la Chimère · Fin XVIe siècle · Dessin · Musée du Louvre, Paris (INV 7204) · Domaine public Ce dessin d’Annibale Carracci (1560–1609), conservé au Musée du Louvre, témoigne de l’intérêt des grands maîtres bolonais pour les thèmes héroïques antiques. La composition, énergique et dynamique, montre Bellérophon en plein combat contre la Chimère dans un style caractéristique du proto-baroque de la fin du XVIe siècle — musculature puissante, torsion des corps, expressivité dramatique. Carracci restitue l’intensité du combat sans recourir à Pégase, concentrant l’attention sur la dimension héroïque et physique de l’affrontement. Ce dessin préparatoire illustre également la façon dont les artistes de la Renaissance tardive retournaient aux sources antiques — textes homériques, sarcophages, camées — pour renouveler leur vocabulaire iconographique. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Bellérophon Monnaies · Céramique · Mosaïques · Fresques La figure de Bellérophon est indissociable de quelques attributs fondamentaux qui permettent son identification immédiate dans tout support iconographique, de la céramique grecque aux monnaies romaines. 🐴 Pégase Le cheval ailé, don d’Athéna ou de Poséidon, est l’attribut principal du héros. Il lui permet de voler au-dessus de la Chimère pour la terrasser. 🔱 Lance de plomb Arme fatale contre la Chimère. L’extrémité de plomb fond au contact du souffle de feu du monstre et obstrue sa gorge. 🦁 La Chimère Monstre hybride à tête de lion, corps de chèvre et queue de serpent. Sa défaite représente la victoire de l’ordre héroïque sur le chaos monstrueux. 🏛️ Corinthe Cité d’origine du héros. La Peirène, source sacrée de Corinthe, est le lieu où Bellérophon captura Pégase selon la tradition locale. ⚡ Hubris L’orgueil