Anna Perenna

Anna Perenna · Iconographie numismatique · LesDioscures Anna Perenna Déesse du cycle annuel · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité romaine Origine Italique / Latine Attributs Année · Renouveau · Éternité Fête 15 mars — Ides de Mars Monnaies Gens Annia Anna Perenna est une figure de la mythologie romaine, une ancienne déesse associée au cycle de l’année et au renouveau. Son nom est souvent lié à l’expression latine annus perennis, qui signifie « année pérenne » ou « année éternelle ». Elle était vénérée comme une divinité du temps, en particulier du passage des saisons et de la continuité de la vie. Dans la tradition romaine, sa fête avait lieu le 15 mars, coïncidant avec les Ides de Mars, une date importante dans le calendrier romain. C’était une célébration animée où les gens se réunissaient en plein air, buvaient et festoyaient, souvent en portant des toasts à la longue vie et à la prospérité. Denier Annia · Caius Annius Luscus · Gens Annia « Anna soror, conjux ego sum tua, da mihi vitam — ut vivam per annos, da mihi, Anna, tuos. » — Ovide, Fasti, III, v. 523–696 ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes d’Anna Perenna Symbolique · Culte · Représentation Anna Perenna incarne la boucle temporelle dans toute sa complexité — à la fois achèvement et recommencement. Ses attributs reflètent cette dualité entre la vieillesse et la jeunesse, entre la fin et le début, qui structurent sa fonction divine. 🌀 Cycle annuel Personnification de l’annus perennis, l’année éternelle qui se renouvelle sans fin. 🌿 Renouveau Symbole du printemps naissant et du retour de la vie après l’hiver, associée aux Ides de Mars. 🫓 Gâteaux sacrés Selon une tradition, elle nourrit les plébéiens en distribuant des pains lors de la Sécession, gagnant leur vénération. 🌊 Nymphe des eaux Dans la version virgilienne, elle se transforme en nymphe des rivières, symbole du flux éternel du temps. ⏳ Longue vie Divinité accordant la longévité — on lui portait des toasts en formulant des vœux de longue existence. 👵 Vieille femme / Jeune déesse Sa dualité — vieille et jeune — reflète son rôle de pont entre fins et commencements. Sur les monnaies romaines, c’est à travers la gens Annia que le souvenir d’Anna Perenna s’exprime le plus directement, le nom de la famille évoquant phonétiquement et symboliquement la déesse de l’année perpétuelle. ✦ Mythes et origines 02 La nourricière des plébéiens Première tradition — Origine italique L’une des traditions les plus anciennes dépeint Anna Perenna comme une vieille femme du Latium qui, lors des troubles de la Sécession de la plèbe (vers 494 av. J.-C.), vint en aide au peuple affamé en distribuant des gâteaux. Ce geste de générosité lui valut la vénération populaire, et après sa mort elle fut élevée au rang de divinité. Ce mythe ancre Anna Perenna dans la tradition du culte plébéien, loin des grandes divinités aristocratiques. Sa fête du 15 mars, célébrée sur les rives du Tibre, gardait ce caractère populaire et joyeux : on s’y livrait à des banquets en plein air, on chantait, on buvait autant de coupes que l’on souhaitait d’années de vie supplémentaires. 03 Anna, sœur de Didon Tradition virgilienne — Lien avec l’Énéide Une version plus lettrée, développée notamment par Ovide dans les Fasti, rattache Anna Perenna à la mythologie troyenne. Dans ce récit, elle est la sœur de Didon, reine de Carthage. Après la mort tragique de Didon, Anna s’enfuit, portée par les vents jusqu’aux côtes d’Italie, où elle rencontre Énée — son ancien hôte — désormais établi dans le Latium. Mais Lavinie, l’épouse d’Énée, jalouse de cet accueil, lui est hostile. Prévenue en songe par le spectre de Didon, Anna prend la fuite et se jette dans le fleuve Numicius. Elle s’y transforme en nymphe des eaux, Anna Perenna, divinité du flux éternel et du renouveau cyclique. Cette métamorphose fait le lien entre l’origine carthaginoise du personnage et son rôle de déesse romaine de l’année perpétuelle. ✦ Représentation numismatique ⚡ Denier Annia — Seule référence républicaine au nom d’Anna Gens AnniaRRC 366/1 Le lien entre Anna Perenna et la numismatique républicaine passe essentiellement par la gens Annia, dont le nom évoque phonétiquement la déesse. Le denier émis par Caius Annius Luscus constitue l’exemple le plus notable de cette famille monétaire, avec son iconographie soignée qui reflète les ambitions propagandistes du magistrat. L’association entre le nom de la gens et la divinité de l’année perpétuelle n’est probablement pas fortuite : frapper monnaie au nom d’Anna, c’est s’inscrire symboliquement dans la continuité du temps romain et dans la faveur populaire qu’incarnait la déesse. 04 Denier Annia · Caius Annius Luscus 82–81 av. J.-C. 🏛 Buste féminin voilé à droite Gens AnniaRRC 366/1 🏛 Légendes & description Avers C·ANNI·T·F·T·N·PRO·COS·EX·S·C Buste diadémé et voilé de la déesse Anna (ou de Rome), à droite ; derrière, un caducée Revers L·FABI·L·F·HISP Victoria en quadrige au galop à droite, tenant une palme et les rênes Ce denier, frappé par Caius Annius Luscus en qualité de propréteur lors de son commandement en Espagne, est remarquable à plus d’un titre. L’avers présente un buste féminin voilé qui a été interprété tantôt comme Anna Perenna elle-même, tantôt comme une personnification de Rome ou de la Victoire — l’ambiguïté est peut-être intentionnelle, permettant au magistrat d’associer son nom à la déesse tutélaire de sa gens. La mention ex senatus consulto (sur ordre du Sénat) témoigne du caractère officiel de cette émission, liée aux opérations militaires de la période sullanienne. La gens Annia, par ce denier, ancre durablement son image dans la mémoire numismatique de la fin de la République. ✦ Le culte et la fête d’Anna Perenna 05 Les Ides de Mars — 15 mars Célébration annuelle sur les rives du Tibre La fête d’Anna Perenna se tenait chaque année au 15 mars, premier mois de l’ancien calendrier romain. Cette date des Ides de Mars avait une importance considérable dans le calendrier religieux, et la coïncidence avec la fête de la déesse n’est pas anodine : elle
Sanglier d’Érymanthe

Sanglier d’Érymanthe · Quatrième Travail d’Héraclès · LesDioscures Sanglier d’Érymanthe Quatrième travail d’Héraclès · Mythologie grecque & numismatique romaine Nature Créature mythologique Rang IVe travail d’Héraclès Lieu Mont Érymanthe · Arcadie Commanditaire Eurysthée de Mycènes Monnaie liée Denier Volteia · 78 av. J.-C. Le sanglier d’Érymanthe est l’une des créatures les plus redoutables du bestiaire héroïque grec : un énorme sanglier sauvage qui dévastait les pentes du mont Érymanthe, en Arcadie, ravageant cultures et troupeaux, semant la terreur parmi les populations du Péloponnèse. Sa capture constitue le quatrième travail imposé à Héraclès par Eurysthée, roi de Mycènes — avec cette exigence particulière qui distingue cet épisode des précédents : ramener la bête vivante. Cette contrainte transforme radicalement l’épreuve. Là où les premiers travaux convoquaient la force brute — l’étranglement du lion de Némée, l’extermination de l’hydre, la chasse infinie des oiseaux du lac Stymphale — la capture du sanglier d’Érymanthe exige ruse, endurance et stratégie. Héraclès ne peut ni tuer ni blesser grièvement la bête : il doit la dominer intact, l’enchaîner et la ramener à Mycènes les pattes liées. L’exploit devient ainsi une démonstration de maîtrise autant que de puissance. Dans la numismatique républicaine romaine, cet épisode mythologique trouve un écho direct dans le denier de Marcus Volteius (RRC 385/3, vers 78 av. J.-C.), qui représente au revers le sanglier calédonien — image voisine et parente — comme symbole de la vigueur héroïque associée aux Ludi Romani célébrés en l’honneur de Jupiter. « Il s’élança à travers la neige profonde, épuisa la bête par la poursuite, l’enchaîna et la porta sur ses épaules jusqu’à Mycènes. » — Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 12 ✦ Le Mythe 01 La Traque · Stratégie dans la Neige IVe travail 🐗 Capture vivante · Mont Érymanthe · Arcadie Louvre F202 · ~525 av. J.-C. Héraclès remonta les pentes enneigées du mont Érymanthe en plein hiver — saison choisie avec soin, car la neige épuise plus sûrement que n’importe quelle arme. Traquant le sanglier à la trace dans la neige fraîche, il le poussa à coups de grands cris hors de sa tanière rocheuse, le harcelant par des jets de pierres et en agitant des branches, le contraignant à une fuite éperdue dans les congères. Épuisé, piégé dans un ravin ou un banc de neige profond selon les versions, le sanglier fut maîtrisé à mains nues. Héraclès l’enchaîna solidement et le chargea sur ses épaules pour le porter jusqu’à Mycènes. La réaction d’Eurysthée à la vue de la bête enchaînée est restée célèbre dans l’Antiquité : pris de panique, le roi se réfugia dans une grande jarre de bronze enfouie dans le sol — scène comique qui contraste avec la gravité héroïque du travail accompli, et que les peintres de vases attiques reproduisirent avec délectation. Certaines versions rapportent qu’Héraclès abandonna ensuite le sanglier sur l’agora de Mycènes, où il fut tué par un passant anonyme. Ses défenses auraient été conservées dans le temple d’Apollon à Cumes, vénérées comme reliques héroïques. 02 L’Épisode des Centaures · Pholos et Chiron Épisode intercalaire En chemin vers l’Érymanthe, Héraclès fit halte chez le centaure Pholos, fils de Silène, qui l’accueillit avec une généreuse hospitalité : viande cuite, vin partagé. Mais lorsqu’il ouvrit le pithos — grand tonneau de vin commun à tous les centaures — l’odeur puissante du nectar attira une horde de centaures ivres de convoitise. Armés de pierres, de troncs d’arbres et de torches, ils attaquèrent. Héraclès les repoussa à coups de flèches empoisonnées par le sang de l’Hydre de Lerne — venin si terrible qu’un simple effleulement suffisait à tuer. Dans la mêlée, deux victimes illustres tombèrent par accident : Pholos, le vertueux hôte qui n’avait pris aucune part au combat, mourut en examinant l’une des flèches qui lui échappa des mains et l’atteignit au pied. Et Chiron — le plus sage des centaures, maître d’Achille, d’Asclépios et de Jason — fut blessé à la cuisse par une flèche perdue. Immortel, il ne pouvait mourir mais souffrait sans répit ; il finit par céder son immortalité à Prométhée pour obtenir la délivrance de la mort. 🏛 Portée symbolique L’épisode des centaures est l’un des plus riches en enseignements moraux de tout le cycle héracléen. L’ouverture d’un bien commun sans le consentement de la communauté déclenche une violence disproportionnée — le pithos de vin fonctionne comme une métaphore de l’ordre social perturbé par l’excès. La mort accidentelle de Pholos et la blessure de Chiron soulignent que même les innocents pâtissent des débordements des forts : la puissance d’Héraclès, bénéfique dans sa mission, devient destructrice dans ses conséquences collatérales. Les stoïciens ultérieurs verront dans Héraclès un modèle ambigu : héros civilisateur mais vecteur de destruction involontaire, incarnation du labor et de la vertu, mais jamais exempt des dommages que cause la force sans mesure. ✦ Interprétation symbolique 03 Le Sanglier comme Symbole · Lectures anciennes et modernes Mythologie · Philosophie Le sanglier d’Érymanthe concentre une symbolique particulièrement dense. Animal chthonien par excellence — lié à la terre, aux forêts obscures, aux forces brutes qui précèdent la civilisation — il représente dans les interprétations allégoriques une énergie archaïque à maîtriser plutôt qu’à détruire. L’exigence de capture vivante est ici fondamentale : Eurysthée veut la puissance de la bête domestiquée, non anéantie. Ce qui ne peut être tué doit être contrôlé. ❄️ La Neige Héraclès choisit l’hiver pour épuiser le sanglier par le terrain. La nature elle-même devient un allié stratégique — leçon d’intelligence appliquée plutôt que de force brute. ⛓️ Les Chaînes La bête est ramenée vivante et enchaînée. La maîtrise prime sur l’élimination : domestiquer les instincts sauvages plutôt que les nier ou les détruire. 🏺 La Jarre d’Eurysthée Le roi caché dans sa jarre de bronze face au sanglier enchaîné : l’autorité lâche et la puissance héroïque forment un tableau comique et politique à la fois. 🍷 Le Vin des Centaures Le pithos ouvert déclenche une catastrophe — métaphore des biens communs mal gérés, de l’excès et des conséquences imprévisibles de la démesure (hybris).
Attis

[TITRE] · Iconographie numismatique · LesDioscures Attis Le Berger Phrygien · Compagnon de Cybèle · Mort et Résurrection · Iconographie numismatique républicaine NatureDivinité phrygienne OriginePhrygie · Anatolie AttributsBonnet phrygien · Pin · Bouc MonnaiesRRC 288/1 · 1 type recensé Période frappe115–114 av. J.-C. Attis est une divinité d’origine phrygienne, associée à la végétation, à la fertilité et au cycle de la mort et de la renaissance. Il est particulièrement connu dans le contexte du culte de Cybèle, la Grande Mère, dont il était le compagnon et l’amant. Ce culte, introduit à Rome en 204 av. J.-C. par le consul M. Cornelius Cethegus, mettait en avant des rites intenses, notamment des célébrations printanières symbolisant le renouveau de la nature. Selon la mythologie, Attis était un jeune homme d’une grande beauté. Son mythe, fondé sur le sacrifice, la mort et la résurrection, en fit un des grands symboles des religions à mystères de l’Antiquité — préfigurant des thèmes qui traverseront ensuite le christianisme. Buste d’Attis · Villa Chiragan (Martres-Tolosane) · IIe s. apr. J.-C. · Photo Caroline Léna Becker · CC BY 3.0 · Wikimedia Commons « Attis s’est enfoncé dans la forêt et n’en est jamais revenu. » — Tradition phrygienne, rappelée par Catulle, Carmen LXIII ✦ Le mythe d’Attis 01 Naissance, sacrifice et résurrection Mythologie phrygienne Attis mourantOstia Antica · IIe s. ap. J.-C. Une des versions les plus courantes du mythe raconte qu’Attis, aimé de Cybèle, s’apprêtait à épouser une mortelle. Furieuse, la déesse lui envoya une folie qui le poussa à se castrer sous un pin — soit par dévotion extrême envers elle, soit par désespoir. Son sang donna naissance à des fleurs, symboles de vie et de régénération. Dans certaines traditions, notamment racontées par Ovide dans les Fastes, Attis fut transformé en pin par la Grande Mère, qui obtint de Jupiter que son corps ne se décompose pas et que ses cheveux continuent de pousser — première forme de résurrection. Ce cycle de mort et de renaissance en fit le symbole privilégié du renouveau printanier. Le pin sacré d’Attis était abattu chaque année lors des Dendrophoria (22 mars), enveloppé de bandelettes de laine comme un cadavre, puis porté dans le temple de Cybèle. Trois jours de deuil s’ensuivaient, avant les Hilaria — fêtes de la résurrection le 25 mars. 🎩Bonnet phrygienLe couvre-chef caractéristique d’Attis — symbole de son origine orientale, repris aussi pour les représentations de Mithras, Pâris, et les esclaves affranchis. 🌲Le Pin sacréArbre sous lequel Attis se mutila — centre du culte et symbole de mort et de renaissance. Abattu rituellement chaque 22 mars. 🐐Le BoucAnimal associé au berger Attis et à sa nature phrygienne — nourri du lait d’une chèvre selon Babelon, il chevauche un bouc sur le denier Cornelia. 🌸Sang et fleursDe son sang naquirent des violettes ou des fleurs de printemps — Attis est une divinité de la végétation, de la mort hivernale et du retour printanier. ✦ Cybèle et le culte à Rome 02 L’introduction du culte phrygien à Rome — 204 av. J.-C. République romaine tardive CybèleFormiae · Rome En 204 av. J.-C., sous la pression des Livres Sibyllins et pour assurer la victoire contre Hannibal, le Sénat romain fit ramener de Pessinonte (Phrygie) la Pierre Noire — bétyle sacrée de Cybèle. C’est le consul M. Cornelius Cethegus, ancêtre du monétaire du denier RRC 288/1, qui présida à cette introduction officielle du culte. Les rites de Cybèle et d’Attis étaient parmi les plus intenses du monde romain : les Galli, prêtres eunuques voués à la déesse, s’automutilaient lors de leurs initiations dans un état de transe extatique. Ces rites choquèrent longtemps les Romains, qui en interdirent la pratique aux citoyens romains — seuls les Phrygiens pouvaient officiellement y participer jusqu’à l’époque impériale. ⚡ Le lien entre les Cornelii Cethegi et Cybèle Selon Babelon, le type monétaire du berger Attis montant un bouc est une allusion directe au culte de Cybèle introduit à Rome par M. Cornelius Cethegus en 204 av. J.-C. En frappant cette monnaie, P. Cornelius Cetegus célébrait cet acte fondateur de sa famille tout en rendant hommage à la divinité phrygienne. Le casque de Roma à l’avers, de type phrygien, renforce ce thème oriental. ✦ Représentation numismatique 🏛️ Denier Cornelia RRC 288/1 — rarissime, indice 10+ RRC 288/1BnF · 3,68 g Le denier de P. Cornelius Cetegus (115–114 av. J.-C.) est classé avec un indice de rareté de 10+ — le plus élevé possible. C’est la seule émission connue de ce monétaire. Le revers représente le jeune berger Attis coiffé d’un bonnet phrygien, nu, tenant une branche sur l’épaule, monté sur un bouc galopant — le tout dans une couronne de laurier. Comme l’a démontré Cavedoni, c’est une allusion au culte phrygien d’Attis, nourri du lait d’une chèvre, introduit à Rome par l’ancêtre du monétaire. Le casque de Roma à l’avers, dit « phrygien », renforce le thème oriental et familial. 03 Denier Cornelia · P. Cornélius Cetegus 115–114 av. J.-C. · Rome 🐐 Attis berger phrygien montant un bouc galopant Avers · variante↗ Fiche 🏛 Légendes & description Avers EX · S · C Tête casquée de Rome à droite, coiffée d’un casque sans ailes, orné d’un cimier terminé en bec d’aigle et de type phrygien — renforçant le thème oriental du revers. Devant, marque de valeur XVI. Revers CETEGVS // ROMA Le berger Attis nu, coiffé d’un bonnet phrygien, tenant une branche sur son épaule, monté sur un bouc galopant à droite. Le tout dans une couronne de laurier. La mention EX S.C. (Ex Senatus Consulto) à l’avers indique que cette émission a été autorisée par un décret du Sénat — signe d’une circonstance particulière. La gens Cornelia étant l’une des plus prestigieuses de Rome, ce denier rarissime est un précieux témoignage du lien entre l’aristocratie romaine et les cultes orientaux à mystères. Références : Crawford RRC 288/1 · Babelon Cornelia 18 · Rareté 10+ · ↗ Fiche LesDioscures · ↗ BnF Gallica ✦ Fiche numismatique liée RRC 288/1 Denier Cornelia · P. Cornélius Cetegus
Pégase

Pégase · Cheval ailé de la Mythologie · Bellérophon · Iconographie numéralement · LesDioscures Pégase Cheval ailé divin · Fils de Poséidon & Méduse · Bellérophon · Source Hippocrène · Iconographie numéralement NatureCheval ailé divin · créature unique ParentsPoséidon & Méduse (la Gorgone) FrèreChrysaor · né du même sang Héros liéBellérophon · tueur de la Chimère MonnaiesRRC 341/1 Titia · RRC 395/1 Cossutia Pégase — Pegasus en latin, Pêgasos en grec — est l’une des créatures fantastiques les plus célèbres de la mythologie grecque et de loin la plus fascinante : un cheval ailé, blanc comme la neige, né dans la violence d’une décapitation, et destiné à porter les héros vers des exploits impossibles et les dieux vers l’Olympe. Son nom dérive probablement du grec pêgê (« source »), en référence à son pouvoir de faire jaillir des fontaines sacrées d’un coup de sabot — dont la célèbre Hippocrène, source des Muses sur le mont Hélicon, matrice de toute inspiration poétique. Fils de Poséidon (dieu des mers et des chevaux) et de la Gorgone Méduse, Pégase naît avec son frère Chrysaor du sang qui s’écoule du cou de Méduse décapitée par Persée. Ce double paradoxe — beauté née de la laideur, grâce jaillie de la violence — donne au cheval ailé sa profondeur symbolique. Sur les deniers républicains, sa silhouette en plein vol est l’un des types iconographiques les plus reconnaissables, liant la noblesse chevaline romaine au prestige de la mythologie grecque. « Pégase, frappant le mont Hélicon d’un coup de sabot, en fit jaillir la source Hippocrène — fontaine sacrée où les Muses viennent s’abreuver et d’où naît toute poésie. » — D’après Hésiode, Théogonie, v. 280–286 & la tradition poétique grec-romaine ✦ Représentations remarquables R1 Mosaïque de Rhodes — Bellérophon sur Pégase tuant la Chimère ~300–270 av. J.-C. · Mosaïque de galets · Musée archéologique de Rhodes Bellérophon sur Pégase tuant la Chimère · Mosaïque de galets · ~300–270 av. J.-C. · Musée archéologique de Rhodes · CC BY-SA Cette mosaïque de galets, datée des années 300–270 av. J.-C. et découverte dans le sud de l’île de Rhodes, est l’une des représentations les plus anciennes et les plus vivantes du mythe de Bellérophon et Pégase. Le héros, monté sur le cheval ailé, s’élance pour frapper la Chimère — ce monstre hybride (tête de lion, corps de chèvre, queue de serpent crachant du feu) qui ravageait la Lycie. La technique des galets de couleur (kieselmosaik) donne aux figures un modelé et une expressivité remarquables pour leur époque. Ce type de représentation est directement lié à l’iconographie des deniers républicains qui montrent Pégase au revers. Le monétaire Lucius Cossutius Sabula (RRC 395/1, ~74 av. J.-C.) choisit précisément cette scène — Bellérophon chevauchant Pégase — en contrepoint à la tête de Méduse à l’avers : la mère et le cheval divin qui en est né, réunis sur la même pièce dans un dialogue iconographique d’une cohérence parfaite. R2 Mosaïque de galets d’Olynthe — Bellérophon et Pégase IVe s. av. J.-C. · Mosaïque de galets (kieselmosaik) · Olynthe (Macédoine) Bellérophon sur Pégase · Mosaïque de galets (kieselmosaik) · IVe s. av. J.-C. · Olynthe, Macédoine · CC BY-SA Cette mosaïque de galets d’Olynthe — cité de Macédoine orientale détruite par Philippe II de Macédoine en 348 av. J.-C. — est l’une des plus anciennes représentations de Pégase avec Bellérophon dans l’art grec. Elle utilise la technique archaïque du kieselmosaik (mosaïque de petits galets naturels de couleurs différentes) qui précède l’invention des tesserae taillées. La sobriété de l’exécution — silhouette du cheval ailé se détachant nettement sur le fond clair — illustre parfaitement l’iconographie fondamentale de Pégase : l’animal en plein vol, ailes déployées, portant son cavalier vers un exploit impossible. La mise en regard des deux mosaïques illustre l’évolution de l’art grec sur un siècle : la composition géométrique et schématique d’Olynthe (IVe s.) contraste avec la vivacité narrative et le réalisme anatomique de la mosaïque de Rhodes (IIIe s.). C’est dans ce même arc chronologique que la figure de Pégase se diffuse dans la culture romaine, des peintures étrusques jusqu’aux deniers républicains de la fin du IIe siècle. ✦ La mythologie de Pégase & Bellérophon 01 Naissance, exploits & destin — La trajectoire du cheval ailé Hésiode, Théogonie · Pindare · Ovide, Métamorphoses 🩸 Naissance du sang de Méduse Pégase jaillit du cou tranché de Méduse avec son frère Chrysaor. Né de l’union de Poséidon (dieu des chevaux) et de la Gorgone, il incarne la beauté née de la violence. 💧 Source Hippocrène D’un coup de sabot sur le mont Hélicon, Pégase fait jaillir la fontaine sacrée des Muses — symbole de l’inspiration poétique et du lien entre le divin et la création artistique. 🦁 Bellérophon & la Chimère Bellérophon domestique Pégase grâce à une bride d’or donnée par Athéna. Ensemble, ils vainquent la Chimère, les Amazones et les Solymes — exploits sans précédent dans la mythologie grecque. ⚡ Service de Zeus Après les exploits de Bellérophon, Pégase monte à l’Olympe et devient le porteur des éclairs et du tonnerre de Zeus — rôle cosmique qui transcende sa relation avec les héros mortels. 🌟 Hubris de Bellérophon Ivre de ses succès, Bellérophon tente de rejoindre l’Olympe sur Pégase. Zeus envoie un taon piquer le cheval, qui désarçonne son cavalier. Bellérophon s’écrase au sol, errant boiteux le reste de sa vie. Le mythe de Pégase et Bellérophon est l’un des plus riches de la mythologie grecque — un récit d’alliance entre l’homme et le divin, de gloire extraordinaire, puis d’hybris fatale. Il préfigure de nombreuses grandes épopées : la chevauchée héroïque (Pégase comme ancêtre symbolique de tous les destriers légendaires), la lutte contre le monstre composite (Chimère, préfiguration du Dragon), et la punition de l’orgueil qui croit pouvoir égaler les dieux. Sur les monnaies républicaines romaines, c’est la dimension héroïque et noble qui est retenue — Pégase en vol symbolise la virtus, la valeur guerrière, et le prestige de la culture grecque adoptée par Rome. 02 Pégase dans la mythologie étrusque et la culture romaine
Bellérophon

Bellérophon · Iconographie numismatique · LesDioscures Bellérophon Héros grec, vainqueur de la Chimère · Iconographie numismatique · République romaine Nature Héros mythologique Origine Grecque · Corinthienne Attributs Pégase · Lance · Chimère Période IIe – Ier s. av. J.-C. Monnaies 1 type référencé Bellérophon, dans la mythologie grecque, est un héros connu pour avoir dompté le cheval ailé Pégase et vaincu la Chimère. Fils de Poséidon (ou parfois de Glaucos, roi de Corinthe), il est étroitement associé à la ville de Corinthe ou à la Lycie. Son mythe, l’un des plus célèbres du monde grec, condense à lui seul les grands thèmes de l’héroïsme antique : la faveur divine, le triomphe sur le monstre et la chute inexorable par l’orgueil. L’histoire principale raconte que Bellérophon, accusé à tort d’un crime par la reine Sthénébée, est envoyé par le roi Proétos en Lycie avec une lettre scellée demandant son exécution. Le roi de Lycie, Iobatès, hésite à le tuer directement et lui confie des missions impossibles. La plus célèbre est de vaincre la Chimère — monstre à tête de lion, corps de chèvre et queue de serpent crachant du feu. Grâce à Pégase, offert par Athéna ou Poséidon, Bellérophon triomphe en volant au-dessus de la bête et en lui enfonçant une lance plombée qui fond dans sa gorge brûlante. Après d’autres exploits, Bellérophon devient arrogant et tente de voler jusqu’à l’Olympe sur Pégase pour rejoindre les dieux. Zeus, irrité par son hubris, envoie un taon piquer le cheval ailé, faisant chuter le héros. Bellérophon finit ses jours errant, aveugle et misérable, puni pour sa démesure. Ce mythe illustre les thèmes classiques de la gloire héroïque, du don divin et de la chute par l’orgueil. « Bellérophon, dès lors que les dieux le firent haïr par tous les hommes, errait seul sur la plaine Aléïenne, rongeant son âme, fuyant les traces des mortels. » — Homère, Iliade, Chant VI, v. 200–202 ✦ Représentations artistiques 00 Bellérophon dans l’art antique — Fresque de Pompéi Ier siècle av. J.-C. Fresque de Pompéi — Bellérophon, Pégase et Athéna, première moitié du Ier siècle · Domaine public Le mythe de Bellérophon a inspiré les artistes grecs dès la période archaïque. On le retrouve abondamment représenté sur la céramique attique et corinthienne, chevauchant Pégase et terrassant la Chimère. À Rome, le héros fait une entrée remarquée dans la peinture murale : cette fresque de Pompéi le montre en compagnie d’Athéna et de Pégase dans une composition qui deviendra un canon iconographique durable. 00b Mosaïque de Bellérophon d’Autun — Musée Rolin IIe – IIIe siècle ap. J.-C. · Augustodunum (Autun) Mosaïque de Bellérophon — Bellérophon sur Pégase terrassant la Chimère · IIe–IIIe s. ap. J.-C. · Découverte à Autun en 1830 · Musée Rolin, Autun · Domaine public Découverte à Autun (l’antique Augustodunum, capitale des Éduens) en 1830, cette mosaïque romaine est l’une des pièces maîtresses du Musée Rolin. Son médaillon central figure Bellérophon monté sur Pégase terrassant la Chimère dans une composition d’une qualité exceptionnelle : les tesselles sont si finement agencées qu’à quelques mètres elles donnent une parfaite illusion de réalisme. L’ensemble de la mosaïque dépassait 100 m², témoignant de l’opulence de la ville gallo-romaine à l’apogée de l’Empire. Cette œuvre est particulièrement précieuse pour l’histoire de l’iconographie de Bellérophon en Gaule romaine. Elle confirme que le mythe corinthien avait pleinement intégré le répertoire décoratif des grandes demeures provinciales, au même titre que les représentations des dieux olympiens. 00c Giovanni Battista Tiepolo — Bellérophon sur Pégase 1746–1747 · Palazzo Labia, Venise Giovanni Battista Tiepolo — Bellérophon sur Pégase, 1746–1747 · Fresque du plafond · Palazzo Labia, Venise · Domaine public Chef-d’œuvre du baroque vénitien tardif, cette fresque de plafond peinte par Giovanni Battista Tiepolo au Palazzo Labia de Venise est l’une des représentations les plus somptueuses de Bellérophon dans l’art occidental. Le héros y est représenté dans toute sa gloire céleste, porté par Pégase dans un envol majestueux, au milieu d’un ciel lumineux peuplé de figures allégoriques. La composition en trompe-l’œil crée une illusion saisissante d’ouverture vers le ciel. Tiepolo choisit ici de représenter le moment de la gloire — avant la chute —, inscrivant Bellérophon dans une tradition d’images triomphales du héros chevauchant Pégase. Cette fresque exercera une influence durable sur l’iconographie néoclassique du mythe. 00d Annibale Carracci — Bellérophon combattant la Chimère Fin XVIe siècle · Musée du Louvre, Paris Annibale Carracci — Bellérophon combattant la Chimère · Fin XVIe siècle · Dessin · Musée du Louvre, Paris (INV 7204) · Domaine public Ce dessin d’Annibale Carracci (1560–1609), conservé au Musée du Louvre, témoigne de l’intérêt des grands maîtres bolonais pour les thèmes héroïques antiques. La composition, énergique et dynamique, montre Bellérophon en plein combat contre la Chimère dans un style caractéristique du proto-baroque de la fin du XVIe siècle — musculature puissante, torsion des corps, expressivité dramatique. Carracci restitue l’intensité du combat sans recourir à Pégase, concentrant l’attention sur la dimension héroïque et physique de l’affrontement. Ce dessin préparatoire illustre également la façon dont les artistes de la Renaissance tardive retournaient aux sources antiques — textes homériques, sarcophages, camées — pour renouveler leur vocabulaire iconographique. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Bellérophon Monnaies · Céramique · Mosaïques · Fresques La figure de Bellérophon est indissociable de quelques attributs fondamentaux qui permettent son identification immédiate dans tout support iconographique, de la céramique grecque aux monnaies romaines. 🐴 Pégase Le cheval ailé, don d’Athéna ou de Poséidon, est l’attribut principal du héros. Il lui permet de voler au-dessus de la Chimère pour la terrasser. 🔱 Lance de plomb Arme fatale contre la Chimère. L’extrémité de plomb fond au contact du souffle de feu du monstre et obstrue sa gorge. 🦁 La Chimère Monstre hybride à tête de lion, corps de chèvre et queue de serpent. Sa défaite représente la victoire de l’ordre héroïque sur le chaos monstrueux. 🏛️ Corinthe Cité d’origine du héros. La Peirène, source sacrée de Corinthe, est le lieu où Bellérophon captura Pégase selon la tradition locale. ⚡ Hubris L’orgueil
Caestus

Caestus · Gant de Pugilat · Jeux Antiques · LesDioscures Caestus Gant de pugilat · Arme de poing antique · Jeux romains · Pugiliste des Thermes Nature Arme de poing / Équipement sportif Matière Cuir · Fer · Bronze · Plomb Origine Himantes grecs Usage Pugilat · Jeux spectaculaires Monnaie citée Denier Plaetoria · RRC 396/1 Le caestus (parfois écrit cestus) n’était pas un simple gant de boxe. C’était une véritable arme de poing utilisée dans l’Antiquité, principalement lors des jeux pugilistiques. Symbole de la brutalité et de l’intensité des combats romains, son histoire nous plonge dans l’arène, là où le cuir et le métal se mêlaient pour des affrontements pouvant aller jusqu’à la mort. Sa présence sur le denier Plaetoria de L. Plaetorius Cestianus — dont le cognomen même évoque le cestus — est un témoignage précieux de la place que ces jeux occupaient dans l’imaginaire et l’identité familiale des Romains. « La nature mortelle du caestus était si extrême qu’elle a fini par éclipser la boxe pugilistique des Jeux Olympiques antiques — les coups portés visaient à défigurer, briser les os ou tuer l’adversaire. » — Christopher Mérat, Caestus, LesDioscures.com ✦ De la protection au carnage — L’évolution du caestus 01 Des himantes grecs à l’arme romaine Grèce archaïque · République & Empire romains Caestus · Gant de pugilat romain armé Initialement, les ancêtres du caestus étaient de simples lanières de cuir — les himantes grecs — destinées à protéger les mains et les poignets des pugilistes lors des compétitions athlétiques. Avec l’essor des jeux spectaculaires de la République et de l’Empire romains, cette protection se transforma progressivement en un outil de destruction redoutable. 🪢 Lanières de cuir Base de l’équipement — lanières épaisses enroulées autour de l’avant-bras jusqu’au coude. Héritées directement des himantes grecs. ⚙️ Renforts métalliques Pièces de fer, de bronze ou de plomb ajoutées sur les jointures et phalanges — transformant la protection en arme offensive. ⚔️ Myrmex & Sphairai Versions les plus lourdes et hérissées de pointes — myrmex (« fourmis ») et sphairai (« sphères ») — pour les combats de gladiateurs. 🩸 Clous et pointes Dans les versions les plus extrêmes destinées aux combats spectaculaires, des pointes garantissaient des blessures profondes et un spectacle violent. ⚡ La mort des Jeux Olympiques de pugilat La nature mortelle du caestus était si extrême qu’elle finit par éclipser la boxe pugilistique des Jeux Olympiques antiques. Les combats à l’aide de cet équipement étaient parmi les plus sanglants et les plus attendus par la foule romaine, car ils garantissaient une effusion de sang et une issue rapide. Ce spectacularisation de la violence marquait une rupture profonde avec l’idéal athlétique grec, où la technique et l’endurance primaient sur la brutalité meurtrière. ✦ Dans l’arène et dans l’art — Le Pugiliste des Thermes 02 Le « Pugiliste des Thermes » — Chef-d’œuvre hellénistique ~330–50 av. J.-C. · Bronze · Rome L’une des représentations les plus célèbres du caestus dans l’art antique est la magnifique sculpture hellénistique du « Pugiliste des Thermes » (ou Boxeur au repos), conservée au Musée National Romain. Ce chef-d’œuvre en bronze montre un athlète épuisé et marqué par le combat — blessures au visage, posture voûtée — portant encore ses gants de cuir épais et renforcés, témoignage silencieux de la violence des joutes. 🥊 Gants visibles La sculpture montre les lanières de cuir enroulées jusqu’au coude — représentation fidèle du caestus hellénistique avant ses évolutions romaines les plus létales. 😔 L’athlète au repos La posture épuisée du pugiliste, les cicatrices et les oreilles en chou-fleur — détails anatomiques réalistes qui témoignent de la violence subie. 🏺 Réalisme hellénistique Rupture avec l’idéalisation classique grecque — l’artiste représente non pas la victoire triomphante mais l’humanité brisée du combattant. 🏛️ Musée National Romain Découvert en 1885 sur le Quirinal à Rome, lors des fouilles pour les thermes de Constantin. L’une des grandes sculptures antiques conservées. ✦ Le caestus dans la numismatique — Denier Plaetoria 03 Denier Plaetoria · RRC 396/1 · L. Plaetorius Cestianus Questeur · ~74 av. J.-C. Denier Plaetoria · RRC 396/1 · L. Plaetorius Cestianus · ~74 av. J.-C. 🏛 Description du denier · RRC 396/1 Avers MONETA · S · C Buste diadémé de Junon Moneta à droite · Moneta Senatus Consulto Revers L · PLAETORI · L · F · Q · S · C Boxeur victorieux courant à droite, portant une branche de palmier et le caestus · Lucius Plaetorius Lucii Filius, Quaestor, Senatus Consulto Le choix du boxeur victorieux portant le caestus comme type de revers n’est pas fortuit : le cognomen même du magistrat — Cestianus — évoque directement cet équipement. Comme souvent dans la numismatique républicaine, le magistrat monétaire joue sur la consonance entre son nom et l’image, créant un lien mnémotechnique entre sa personne et le type iconographique. La branche de palmier tenue par le boxeur est le symbole classique de la victoire dans les jeux antiques — un attribut que l’on retrouve aussi bien chez les athlètes des Jeux Olympiques que chez les gladiateurs victorieux des arènes romaines. L’association du caestus et du palmier condense ainsi en un seul motif l’essence même des spectacles publics romains. ✦ Héritage — Un symbole de la violence codifiée 04 De l’arène antique à la culture populaire Fin de l’Empire · Époque contemporaine Le caestus fut finalement interdit après la fin des jeux de gladiateurs et la christianisation de l’Empire, mais son image a perduré comme symbole puissant de la violence codifiée de l’Antiquité. Il représente la sophistication des Romains à transformer même l’équipement sportif en une machine de guerre personnelle. Sa figure revient régulièrement dans la culture moderne — romans historiques, péplums, jeux vidéo — comme emblème d’une Rome à la fois fascinante et terrifiante, où la brutalité de l’arène était intimement liée aux rituels politiques et religieux qui structuraient la vie publique. Chaque combat au caestus était aussi une célébration des dieux, une offrande sanglante à la grandeur de Rome. ✦ Fiche numismatique liée RRC 396/1 ·
Amphitrite

[TITRE] · Iconographie numismatique · LesDioscures Amphitrite La Reine mystérieuse des Mers · Iconographie numismatique républicaine Nature Déesse marine Origine Grecque · Néréide Attributs Couronne · Hippocampe · Algues Période 72 av. J.-C. Monnaies RRC 399/1 · 1 type recensé L’océan, royaume insondable et fascinant, est gouverné par de puissantes divinités. Si Poséidon en est le souverain le plus connu, il partage son trône avec une figure tout aussi essentielle, bien que souvent plus discrète : Amphitrite, la majestueuse reine des mers. Amphitrite appartient à la lignée des Néréides, les cinquante filles de l’Ancien de la Mer, Nérée, et de l’Océanide Doris. Elles incarnent les vagues et la douceur de la mer. Pourtant, Amphitrite s’élève au-dessus de ses sœurs en épousant Poséidon, le dieu olympien des tremblements de terre et de l’océan. « Triumph of Neptune and Amphitrite » · Mosaïque romaine de Cirta · ca. 315–325 apr. J.-C. · Musée du Louvre · Wikimedia Commons « Poséidon envoie Delphin, messager habile, qui parvient à convaincre Amphitrite de revenir et d’épouser le dieu des mers. » — d’après Oppien, Halieutiques ✦ Origine & Mythe 01 L’union d’Amphitrite et de Poséidon Mythologie grecque Amphitritereine des mers Selon les mythes, Poséidon, charmé par la beauté d’Amphitrite alors qu’elle danse avec ses sœurs près de l’île de Naxos, tente de la séduire. Amphitrite, fuyant ses avances et préférant rester vierge, se réfugie chez Atlas, aux confins du monde. Poséidon envoie alors Delphin, un messager intelligent et éloquent, à sa recherche. Delphin parvient à la convaincre de revenir et d’épouser le dieu, ce qui lui vaut d’être récompensé par la place d’une constellation dans le ciel : le Dauphin. De leur union naissent plusieurs enfants, dont le plus célèbre est Triton, dieu marin mi-homme mi-poisson, souvent représenté soufflant dans une conque pour apaiser ou soulever les vagues. Elle est également parfois considérée comme la mère de Rhode (nymphe de l’île de Rhodes) et de Benthesicymé. ✦ Rôle & Attributs iconographiques 02 Les emblèmes d’Amphitrite Monnaies · Mosaïques · Sculptures En tant qu’épouse de Poséidon, Amphitrite règne sur l’ensemble du monde marin. Contrairement à Héra, son équivalent céleste, elle est rarement dépeinte comme une épouse jalouse ou vindicative. Son caractère est associé à la quiétude et à la sérénité des fonds marins. Elle est la maîtresse des créatures des profondeurs — poissons, dauphins, phoques et tritons. 🌊 Couronne d’algues Couronnée ou voilée de filaments d’algues ou de crabes, symbolisant son statut royal sur les mers. 🐎 Hippocampe Chevauchant un hippocampe ou un char tiré par des créatures marines — emblème de sa souveraineté océanique. 🔱 Trident Parfois représentée tenant un trident, bien que ce symbole soit plus fréquemment associé à Poséidon / Neptune. 🐬 Dauphin Animal messager qui permit sa rencontre avec Poséidon. Symbole récurrent dans l’iconographie marine républicaine. 🦀 Crabe Symbole de contrôle sur les marques monétaires du denier Creperia — l’un des emblèmes marins associés à Amphitrite. 🐚 Conque marine Attribut partagé avec Triton, son fils. La conque apaise ou soulève les vagues selon la volonté divine. ✦ Représentation numismatique 🏛️ Seule représentation républicaine de ce type RRC 399/1aRome · 72 av. J.-C. Le denier serratus Creperia est la seule monnaie républicaine romaine à représenter le buste d’Amphitrite à l’avers. Le choix de ce type est directement lié aux connexions orientales de la gens Crepereia : selon Michael Crawford, le monétaire et sa famille étaient probablement liés aux negotiatores actifs dans la Grèce de l’Est et peut-être à Corinthe, ce qui explique la forte influence grecque dans les types monétaires. Ce denier est serratus — ses bords sont dentelés — et présente un système de marques de contrôle élaboré : une lettre latine associée à un symbole marin (dauphin, crabe, poulpe…). 03 Denier Serratus Creperia · Quintus Creperius Rucus 72 av. J.-C. 🌊 Buste d’Amphitrite · Neptune sur bige de chevaux marins RRC 399/1aBnF · 3,91 g 🏛 Légendes & description Avers Anépigraphe Buste drapé d’Amphitrite à droite, vu de trois quarts en arrière, les cheveux longs tombant sur la nuque et le dos. De chaque côté du buste, une marque de contrôle (lettre + symbole marin). Revers Q · CREPEREI · ROCVS Neptune nu jusqu’à la ceinture dans un bige de chevaux marins (hippocampes) voguant à gauche, brandissant un trident transversal de la main droite et tenant les rênes de son char marin. Marque de contrôle dans le champ. Le monétaire Q. Crepereius M.f. Rocus exerça la charge de tresvir monetalis en 72 av. J.-C. Il était vraisemblablement le frère de Marcus Crepereius, tribun militaire désigné et juge dans l’affaire de Verrès mentionné par Cicéron. La gens Crepereia était une famille plébéienne d’ordre équestre, réputée pour la rigueur morale de ses membres. Références : Crawford RRC 399/1a · Babelon Creperia 1 · Sydenham 796 · ↗ Voir la fiche sur LesDioscures · ↗ CRRO ✦ Héritage dans l’art et la culture 04 La postérité d’Amphitrite De l’Antiquité à nos jours Bien qu’elle soit moins présente dans les récits épiques que d’autres déesses, Amphitrite a toujours exercé une forte influence dans les arts. Elle apparaît fréquemment dans des scènes de Triomphes de Neptune et Amphitrite, mettant en scène leur procession majestueuse sur les flots, comme en témoigne la célèbre mosaïque de Cirta (ca. 315–325 apr. J.-C., conservée au Louvre). Elle est fréquemment associée à des fontaines, où elle symbolise l’abondance et la beauté de l’eau. Amphitrite demeure le symbole de la majesté tranquille de l’océan — derrière la puissance brute des vagues incarnée par Poséidon se trouve une force plus subtile et nourricière, essentielle à l’équilibre du monde marin. ⚡ Amphitrite et Salacia Dans la religion romaine, Amphitrite est parfois assimilée à Salacia, déesse de la mer ensoleillée et épouse de Neptune. Ce syncrétisme gréco-romain explique la présence du buste au revers du denier de Q. Creperius Rucus, certains auteurs antiques hésitant entre les deux noms pour désigner la figure représentée. ✦ Fiche numismatique liée RRC 399/1a Denier Serratus Creperia · Quintus Creperius Rucus Avers : buste d’Amphitrite. Revers : Neptune sur
Titus Tatius

Titus Tatius · Iconographie numismatique · LesDioscures Titus Tatius Roi des Sabins · Co-roi de Rome · Iconographie numismatique · République romaine Nature Personnage historico-légendaire Origine Sabine · Cures Période VIIIe s. av. J.-C. Fonction Roi des Sabins · Co-rex de Rome Monnaies Série Tituria (RRC 344) Titus Tatius est une figure centrale des récits mythologiques de la fondation de Rome, connu comme le roi des Sabins de la ville de Cures et, selon la légende, co-roi de Rome avec Romulus. Son rôle est particulièrement mis en avant dans l’épisode de l’Enlèvement des Sabines, événement clé relaté par des historiens antiques tels que Tite-Live, Denys d’Halicarnasse et Plutarque. D’après la légende, peu après la fondation de Rome, Romulus — confronté à une pénurie de femmes pour assurer la pérennité de la cité — organisa une grande fête à laquelle furent conviés les peuples voisins, dont les Sabins. Lors de cet événement, les Romains enlevèrent de force les femmes sabines pour en faire leurs épouses. Furieux de cette trahison, Titus Tatius déclara la guerre à Rome pour venger cet affront. Les Sabines · Jacques-Louis David · 1799 · Huile sur toile · Musée du Louvre, Paris · Domaine public « Les femmes sabines s’élancèrent entre les combattants, les cheveux épars, les vêtements déchirés, et leurs cris émurent les deux armées. » — Tite-Live, Ab Urbe Condita, I, 13 ✦ Représentations remarquables R1 Hersilia séparant Romulus et Tatius — Guercino 1645 · Louvre, Paris Hersilia séparant Romulus et Tatius · Guercino · 1645 · Huile sur toile · Musée du Louvre, Paris · Domaine public Ce grand tableau baroque représente le moment dramatique où Hersilia, fille de Tatius et épouse de Romulus, s’interpose entre les deux armées pour arrêter le combat. Vêtue de rouge vif, elle écarte les bras pour séparer son père et son mari, tandis que d’autres femmes sabines font de même en arrière-plan. Conservé au Louvre depuis la Révolution, ce chef-d’œuvre du Guercino illustre parfaitement le rôle central de Tatius dans la légende fondatrice : c’est lui, le roi sabin au premier plan gauche, que sa propre fille supplie de déposer les armes. La composition dramatique, typique du baroque italien, exalte la réconciliation comme acte supérieur à la victoire militaire. R2 Les Sabines — Jacques-Louis David 1799 · Louvre, Paris Les Sabines · Jacques-Louis David · 1799 · Huile sur toile · Musée du Louvre, Paris · Domaine public Peint par Jacques-Louis David en 1799, ce tableau monumental (3,85 × 5,22 m) représente l’intervention des femmes sabines pour arrêter la bataille entre Romains et Sabins. Au centre, Hersilia s’élance entre son père Tatius — identifiable à gauche avec son casque et son bouclier — et son époux Romulus, à droite en armure dorée. Comparé au Guercino (R1), David adopte un style néoclassique radicalement différent : figures idéalisées aux corps héroïques, lumière froide et précise, composition symétrique et théâtrale. Là où le baroque de Guercino joue sur le mouvement et l’émotion brute, David construit une scène politique et morale, plaidoyer pour la réconciliation inspiré de sa propre expérience post-révolutionnaire. Les deux œuvres forment ainsi un diptyque iconographique exceptionnel autour du même épisode. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Titus Tatius Monnaies · Sculptures · Gravures Sur les monnaies républicaines, Titus Tatius est représenté de manière conventionnelle mais reconnaissable grâce à plusieurs attributs constants qui permettent son identification immédiate. 🧔 Barbe et tête nue Tête nue et barbue, signe de maturité et d’autorité royale dans l’iconographie sabine. TA Monogramme TA Le monogramme TA (Tatius) sous le menton identifie formellement le personnage sur les deniers Tituria. ⚔️ Armure de chef Cuirasse et casque attestent de son statut de roi guerrier, vainqueur de l’assaut sur le Capitole. 🏛️ Profil droit La tête tournée vers la droite, à l’instar des portraits royaux et impériaux, confère à Tatius une dignité souveraine. 🌿 Légende SABIN La légende SABIN ou SABINVS accompagne l’effigie sur certains types, rappelant son origine et sa nation. Ces attributs sont systématisés sur la série Tituria (RRC 344) frappée par L. Titurius Sabinus vers 89 av. J.-C., où Tatius sert de référence dynastique pour affirmer l’ascendance sabine de la gens Tituria. ✦ Représentations numismatiques ⚡ Seule série républicaine représentant Titus Tatius La série Tituria (RRC 344), frappée vers 89 av. J.-C. par le monétaire L. Titurius Sabinus, constitue l’unique ensemble numismatique républicain consacré à Titus Tatius. En choisissant de représenter le roi sabin à l’avers, le monétaire revendique une origine légendaire directe depuis les compagnons de Tatius — une stratégie de légitimation politique sans équivalent dans la numismatique de la République. Cette série comprend plusieurs types (deniers, quinar, semis, triens, quadrans) qui font alterner le portrait de Tatius avec des scènes de l’Enlèvement des Sabines au revers, formant un programme iconographique cohérent et narratif. 02 Denier Tituria · L. Titurius Sabinus · RRC 344/1 89 av. J.-C. 🏛 Portrait royal · Tête nue et barbue à droite Denier Tituria · RRC 344/1 🏛 Légendes & description Avers SABIN · (TA) Tête nue et barbue de Tatius à droite ; monogramme TA (Tatius) sous le menton. La légende SABIN (Sabinus) identifie explicitement le personnage comme roi des Sabins. Revers L. TITVRI Deux soldats romains courant, enlevant chacun une Sabine dans leurs bras. Scène de l’Enlèvement des Sabines, événement fondateur reliant Tatius à la genèse de Rome. Ce denier constitue la pièce maîtresse de la série Tituria. En associant au même coin le portrait de Tatius et l’épisode de l’enlèvement, L. Titurius Sabinus condense l’ensemble du récit fondateur : la violence initiale, puis la réconciliation et la co-régence qui en découlent. La pièce fonctionne ainsi comme un véritable argumentaire généalogique frappé en argent. Le cognomen Sabinus du monétaire n’est pas anodin : il signale explicitement son appartenance à une famille d’ascendance sabine, dont la gens Tituria se réclamait peut-être directement de Tatius lui-même. Frapper cette monnaie revenait à inscrire dans le métal une déclaration d’identité et d’honneur ancestral. ✦ Mythe, guerre et co-régence 04 L’Enlèvement des Sabines et la guerre contre Rome VIIIe
Proserpine

Proserpine · Iconographie numismatique · LesDioscures Proserpine Reine des Enfers · Déesse des saisons · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité chthonienne Origine Grecque (Perséphone) Attributs Grenade · Torche · Épi Période IIIe – Ier s. av. J.-C. Culte Mystères · Céréales Proserpine — Proserpina en latin, Perséphone chez les Grecs — est l’une des divinités les plus complexes du panthéon romain. Fille de Cérès, déesse des moissons, et de Jupiter, roi des dieux, elle règne à la fois sur la fertilité printanière et sur le sombre royaume des morts. Son enlèvement par Pluton constitue l’un des mythes fondateurs de l’Antiquité, expliquant le cycle des saisons et nourrissant les espoirs eschatologiques de millions de Romains. Dans la numismatique républicaine, Proserpine n’apparaît que rarement en tant que figure indépendante : elle est bien davantage évoquée par association à sa mère Cérès, dont le culte agricole imprègne de nombreuses émissions. Néanmoins, sa présence se lit en filigrane dans les types iconographiques liés aux divinités chthoniennes, aux Mystères d’Éleusis et aux rites funéraires romains. Son mythe demeure une clé de lecture essentielle pour comprendre le rapport des Romains au cycle de la vie, de la mort et du renouveau. « Elle cueillait des fleurs dans les prés de Sicile quand Pluton surgit des profondeurs de la terre et l’emporta dans son char aux chevaux noirs, vers le royaume sans retour. » — Ovide, Métamorphoses, Livre V, v. 395–408 ✦ Représentations remarquables R1 L’Enlèvement de Proserpine — Bas-relief du Bosquet de la Colonnade 1699–1710 Enlèvement de Proserpine · François Girardon · 1699–1710 · Marbre · Bosquet de la Colonnade, Versailles · Domaine public Ce bas-relief en marbre, commandé par Louis XIV pour le Bosquet de la Colonnade à Versailles, représente avec une puissance dramatique remarquable le moment où Pluton saisit Proserpine pour l’emporter aux Enfers. La déesse, bras tendus vers la lumière, exprime toute la violence de l’arrachement. Les nymphes et compagnes, pétrifiées d’effroi, encadrent la scène. L’œuvre de Girardon s’inscrit dans la grande tradition baroque de l’enlèvement — celle inaugurée par le groupe du Bernin à la Galerie Borghèse. Elle illustre à la perfection les attributs iconographiques de Proserpine : la jeunesse, la grâce et l’innocence soudainement interrompues par la violence chthonienne. Ce type de représentation trouve un écho direct dans les émissions monétaires romaines qui associent Cérès en deuil — torche en main, cherchant sa fille — aux thèmes de la fertilité et de la mort. R2 Proserpine Reine des Enfers — Peinture de Dante Gabriel Rossetti 1874 Proserpine · Dante Gabriel Rossetti · 1874 · Huile sur toile · Tate Britain, Londres · Domaine public Dans cette œuvre pré-raphaélite saisissante, Rossetti représente Proserpine dans les Enfers, tenant la grenade dont elle a mangé les graines — geste qui l’a liée à jamais au royaume de Pluton. Le regard de la déesse est tourné vers la lumière qui filtre dans l’obscurité, exprimant à la fois la mélancolie de la captivité et la puissance silencieuse d’une reine des ombres. Cette œuvre diffère radicalement de la représentation de Girardon : là où le bas-relief baroque capture la violence de l’enlèvement, Rossetti s’attache à la psychologie de la divinité après la transformation. La grenade — attribut central de Proserpine, absent ou discret sur les monnaies républicaines mais présent dans les sources littéraires — devient ici le symbole ambigu de la perte et du pouvoir, de la mort et du retour cyclique. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Proserpine Monnaies · Sculptures · Fresques Proserpine partage une grande partie de son iconographie avec Cérès, dont elle est inséparable dans la pensée religieuse romaine. Sur les monnaies républicaines, c’est d’ailleurs le plus souvent Cérès qui est représentée, portant les attributs que la tradition associe aux deux déesses. La distinction n’est pas toujours aisée, et plusieurs types monétaires ont fait l’objet de débats entre les numismates. 🍷 La Grenade Fruit des Enfers. Les graines mangées par Proserpine la condamnent à revenir sous terre chaque année. Symbole de fertilité mais aussi de mort irrévocable. 🔥 La Torche Attribut de Cérès cherchant sa fille dans la nuit. Sur les monnaies, la torche identifie les deux déesses indissociables du cycle agraire et funéraire. 🌾 Les Épis de blé Symbole du retour de Proserpine au printemps, qui coïncide avec la germination des graines. La moisson est le triomphe annuel de la déesse sur les Enfers. 🌸 Les Fleurs Proserpine cueillait des fleurs — notamment des narcisses — lors de son enlèvement. Symbole de l’innocence printanière avant la chute dans le monde souterrain. 👑 Le Diadème Attribut de reine. Dans les Enfers, Proserpine est la souveraine légitime aux côtés de Pluton, une figure redoutée à qui l’on adressait des prières pour les défunts. 🐍 Le Serpent Animal chthonien par excellence, le serpent est parfois associé à Proserpine dans les représentations des Mystères, symbolisant la régénération cyclique. Dans la numismatique républicaine, ces attributs se fondent avec ceux de Cérès au point que l’identification des bustes féminins voilés — couronnes d’épis, torches — reste souvent incertaine. La distinction Cérès / Proserpine n’était peut-être pas toujours intentionnelle : les deux déesses formaient un couple inséparable dans la piété romaine. ✦ Proserpine dans la numismatique républicaine ⚡ Une présence indirecte mais omniprésente Proserpine n’apparaît que rarement nommée explicitement sur les monnaies de la République romaine. Sa présence est néanmoins constante à travers le culte de Cérès, dont les types iconographiques évoquent systématiquement la douleur maternelle et le retour cyclique de la fille. Les deniers frappés lors des ludi Ceriales ou associés aux magistratures liées au grain portent en eux la double dimension de la déesse : fertilité et mort, printemps et hiver. Le mythe de l’enlèvement constitue également l’arrière-plan symbolique des représentations de Pluton et des divinités infernales, dont plusieurs émissions républicaines portent l’écho. 02 Denier Plaetoria · Marcus Plaetorius Cestianus · RRC 405/4ab 69 av. J.-C. 🌸 Buste drapé de Proserpine à droite · Cheveux ornés de coquelicots RRC 405/4ab · Babelon 7 (Plaetoria) · Sydenham 803 · Argent · 69 av. J.-C.
Vacuna

Vacuna · Iconographie numismatique · LesDioscures Vacuna Déesse sabine du Repos · Vacuna · Divinité agraire · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité · Sabine Origine Sabine · Intégrée à Rome Attributs Ailes · Casque · Épis · Corne d’abondance Sanctuaire Reate (Rieti) · Temple restauré par Vespasien Monnaies RRC 409/1 (Plaetoria) Vacuna est l’une des divinités les plus énigmatiques de la religion romaine archaïque. D’origine sabine, elle présidait au repos des champs — le calme qui s’installe sur les campagnes après les moissons, quand la terre reprend son souffle avant le cycle suivant. Son nom dérive du latin vacuus (« libre », « dégagé »), évoquant l’espace et le repos qui font suite au labeur agricole. Divinité locale vénérée à Reate (l’actuelle Rieti, capitale du pays des Sabins), elle possédait un bois sacré près du lac de Cutiliae et un temple célèbre à Rome, que l’empereur Vespasien — lui-même d’origine sabine — fit restaurer, manifestant ainsi son attachement aux cultes ancestraux de sa terre natale. Le poète Horace, qui passa sa vieillesse dans la campagne sabine, lui rendit hommage dans ses Épîtres avec une tendresse particulière. Denier Plaetoria · RRC 409/1 · Buste de Vacuna ailé et casqué à droite · Marcus Plaetorius Cestianus · 67 av. J.-C. · BnF · Domaine public « Nunc demum rursus eadem me ad studia voco, dulcis amice, reposta villa quaerit et inimica luce reperta. » — Horace, Épîtres, I, 10, v. 49–50 · Ier siècle av. J.-C. · Horace près du temple de Vacuna ✦ Nature et domaine de Vacuna R1 Une déesse sabine au syncrétisme exceptionnel Religion archaïque · Sabins et Rome Vacuna occupe dans le panthéon romain une position singulière : c’est une divinité locale sabine dont la nature profonde reste délibérément ambiguë. Les sources antiques sont unanimes sur son origine géographique — la Sabine, région montagneuse au nord-est de Rome — mais divergent sur son domaine d’action précis. Cette ambiguïté n’est pas une lacune de la tradition : elle reflète le caractère syncrétique et plurivalent de la déesse. Selon Ernest Babelon, Vacuna réunissait les attributs de Diane, de Cérès, de Vénus, de la Victoire et de Minerve — description qui correspond exactement à l’iconographie du denier RRC 409/1, où son buste porte simultanément un casque (Minerve ou Victoire), des ailes (Victoire), une couronne d’épis (Cérès) et une corne d’abondance (Fortuna / Vénus). Ce syncrétisme délibéré fait de Vacuna une déesse totale, concentrant en une seule figure la fertilité, la victoire, la sagesse et l’abondance des campagnes sabines. Son temple de Reate, restauré par Vespasien (r. 69–79 ap. J.-C.), témoigne de la vitalité du culte jusqu’à l’époque impériale. Vespasien, né en Sabine près de Reate, accordait une importance particulière aux divinités de sa région d’origine — geste religieux doublement politique, affirmant à la fois sa piété et ses racines italiques face à une cour romaine cosmopolite. R2 Vacuna et Horace — La déesse du repos des champs Ier siècle av. J.-C. · Campagne sabine Le témoignage le plus personnel sur Vacuna nous vient du poète Horace (65–8 av. J.-C.), qui mentionne la déesse dans ses Épîtres (I, 10) depuis sa villa sabine, le domaine que lui avait offert Mécène dans la vallée de l’Anio. Écrivant à son ami Aristius Fuscus, il précise être installé près des ruines du temple de Vacuna — formule qui ancre la déesse dans un paysage rural précis, celui de la campagne sabine qu’Horace avait adoptée comme second pays. Cette mention n’est pas anodine : Horace célèbre dans cette épître les vertus de la vie champêtre contre l’agitation de Rome, et associer ce repos à la divinité même du vacuus — du libre, du dégagé — est une construction poétique consciente. Vacuna incarne le calme après les moissons, la pause bienheureuse entre deux cycles agricoles, la liberté que procure le travail accompli. C’est précisément ce que recherchait Horace dans sa retraite sabine. Les scholiastes antiques de l’épître d’Horace (Pomponius Porphyrion, le pseudo-Acro) citent à son sujet un passage de Varron aujourd’hui perdu — ce qui confirme que la divinité faisait l’objet d’une réflexion érudite à la fin de la République, contemporaine précisément du denier de Plaetorius Cestianus. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Vacuna sur le denier RRC 409/1 Monnaies · Syncrétisme sabino-romain L’iconographie de Vacuna sur le denier de Plaetorius Cestianus est d’une richesse exceptionnelle pour une divinité mineure. Le buste féminin condense en une seule image plusieurs niveaux d’interprétation religieuse et politique, témoignant d’un programme iconographique réfléchi. 🪖 Casque Attribut de Minerve ou de la Victoire. Souligne le caractère guerrier et victorieux de la déesse, rapprochant Vacuna de la Victoire ailée dans la tradition sabine. 🪶 Ailes Symbole de la Victoire (Victoria). Présentes sur le buste, elles font de Vacuna une figure divine transcendant le monde terrestre, capable d’embrasser plusieurs domaines à la fois. 🌾 Couronne d’épis Attribut de Cérès et des divinités agraires. Ancre Vacuna dans son domaine originel : le repos après les moissons, la fertilité des campagnes sabines au terme du cycle agricole. 🏺 Corne d’abondance Cornucopia, symbole de prospérité et d’abondance. Associée à la Fortuna et à la fertilité de la terre, elle complète le portrait d’une déesse bénéfique et nourricière. 🌿 Stemma · Corona infula Bandelette de laine sacrée entourant le buste. Marque la consécration rituelle de la figure divine et souligne le caractère solennel et religieux de la représentation. 🏞️ Bois sacré Le lucus (bois sacré) de Reate était le sanctuaire principal de Vacuna, lieu de culte champêtre typique des divinités italiques archaïques, en dehors des temples urbains. Ce cumul d’attributs sur le denier RRC 409/1 reflète la conception romaine de l’interpretatio : identifier une divinité locale étrangère en la rapprochant de divinités connues du panthéon greco-romain. Vacuna n’est pas simplement une déesse sabine traduite en images romaines — elle est une synthèse délibérée de plusieurs puissances divines, revendiquant pour la Sabine un héritage religieux aussi riche que celui de Rome. ✦ Représentation numismatique ⚡ RRC 409/1 — Un denier longtemps mal interprété Le denier