Vesta
Déesse vierge du foyer sacré · Ignis Vestae · Feu éternel de Rome · Iconographie numismatique
Vesta est la déesse romaine du foyer — foyer de chaque maison et foyer commun de la cité. Elle correspond à la grecque Hestia. Fille de Saturne et d'Ops, aînée de Jupiter, Neptune, Pluton, Junon et Cérès, elle est une déesse vierge : le mythe grec, repris à Rome, rapporte qu'elle repoussa Apollon et Neptune et fit vœu de virginité perpétuelle.
À la différence de presque toutes les divinités romaines, Vesta n'avait pas de statue de culte dans son sanctuaire du Forum : le feu entretenu par les Vestales était sa présence même. Les monnaies républicaines la figurent pourtant sous les traits d'une tête féminine voilée — et, sur un denier célèbre, par son sanctuaire circulaire.
« Ne te représente Vesta que comme une flamme vivante : jamais tu ne vois un corps naître de la flamme. »
Nec tu aliud Vestam quam vivam intellege flammam, / nataque de flamma corpora nulla vides.
— Ovide, Fastes, VI, 291–292 (trad. LesDioscures)
Vesta constitue un cas à part dans le panthéon romain : son sanctuaire du Forum ne contenait aucune image de la déesse — Ovide le dit expressément (Fastes, VI, 295–298). Les représentations anthropomorphes, rares et tardives, montrent une matrone sévère, voilée, tenant une patère, une torche ou un sceptre, assise ou debout. Le type grec le plus connu est la Hestia Giustiniani, copie romaine d'un bronze de la première moitié du Ve siècle av. J.-C.
Sur les monnaies républicaines, Vesta apparaît sous la forme d'une tête voilée, souvent accompagnée d'un vase de culte (culullus), et, sur le denier de Q. Cassius Longinus, par son sanctuaire rond. Ce plan circulaire n'était pas propre à Vesta — Rome connaissait d'autres temples ronds, comme celui d'Hercule Victor au Forum Boarium — mais c'était le plus ancien et le plus vénérable, et la tradition le rattachait aux huttes primitives du Latium ou à la forme de la Terre.
Vesta protège à la fois le foyer domestique de chaque famille et le foyer public de l'État. Le feu entretenu par les Vestales au Forum est le foyer commun de tous les Romains : la cité y est pensée comme une grande maison. Cette dualité fait de Vesta la divinité la plus intime et la plus officielle à la fois.
La place de Vesta dans la prière romaine fait débat dès l'Antiquité. Pour Cicéron, toute prière et tout sacrifice se terminent par elle, parce qu'elle est la gardienne de ce qu'il y a de plus intime (De natura deorum, II, 67) — Janus étant invoqué le premier. Ovide affirme au contraire qu'on la nomme en tête des prières (Fastes, VI, 303–304). Dans les deux cas, Vesta encadre la parole religieuse : elle en est le seuil ou l'aboutissement, jamais un dieu parmi d'autres.
La tradition attribue le sanctuaire à Numa Pompilius, qui bâtit à côté la Regia et institua les Vestales. Le bâtiment n'était pas un templum au sens augural, mais une aedes (Aulu-Gelle, Nuits attiques, XIV, 7, 7). Une partie réservée, le penus Vestae, abritait les objets sacrés — le Palladium et les Pénates, que la légende disait apportés de Troie par Énée. Aucun homme ne pouvait y pénétrer, pas même le grand pontife.
Le feu était solennellement renouvelé chaque 1er mars, début de l'ancienne année romaine (Ovide, Fastes, III, 143–144 ; Macrobe, Saturnales, I, 12, 6). L'édifice brûla plusieurs fois : en 241 av. J.-C., le pontife L. Caecilius Metellus sauva le Palladium des flammes et y perdit la vue ; il brûla encore en 14 av. J.-C., en 64 apr. J.-C. et en 191. Les vestiges visibles appartiennent à la reconstruction voulue par Julia Domna.
Le jour des Vestalia est le 9 juin, mais toute la période du 7 au 15 juin lui est liée : le penus est ouvert, et les matrones peuvent venir pieds nus apporter leurs offrandes (Ovide, Fastes, VI, 395–397) — seul moment de l'année où le lieu s'ouvre aux femmes de la cité. Les meuniers et boulangers chôment ; les ânes, couronnés de pains, sont fêtés (Fastes, VI, 311). Le 15 juin, le sanctuaire est purifié et les balayures portées au Tibre.
Vesta a très peu de récits mythologiques, ce qui renforce son caractère abstrait et fondamental. Son culte est ancien dans tout le Latium : la tradition le faisait venir de Troie avec Énée, à Lavinium, puis à Albe-la-Longue et enfin à Rome. Chaque année, les magistrats romains entrant en charge allaient encore sacrifier à Vesta et aux Pénates de Lavinium.
L'épisode le plus célèbre est rapporté par Ovide (Fastes, VI, 319–348), sur un ton de comédie : lors d'une fête nocturne donnée par Cybèle, Vesta s'endort à l'écart ; Priape s'approche, mais l'âne de Silène se met à braire, réveillant la déesse et toute l'assemblée. Ovide raconte une aventure presque identique à propos de la nymphe Lotis (Fastes, I, 391–440).
Le foyer est aussi lié aux légendes de naissances merveilleuses des rois : selon plusieurs auteurs, un phallus surgi des cendres du foyer royal aurait engendré Servius Tullius (Denys d'Halicarnasse, IV, 2 ; Pline, Histoire naturelle, XXXVI, 204), et une variante rapportée par Plutarque attribue la même origine à Romulus (Romulus, 2). Dans la version canonique, la mère des jumeaux, Rhea Silvia, est une Vestale d'Albe rendue mère par Mars (Tite-Live, I, 3–4).
L'étymologie de Vesta reste débattue. Les linguistes la rattachent soit à une racine indo-européenne signifiant « brûler » (celle du latin uro, ustus), soit à une racine signifiant « demeurer, séjourner ». Le rapport avec le grec Hestia (« foyer ») est évident pour le sens, mais discuté sur le plan phonétique. Les Tables Eugubines connaissent en ombrien des termes rituels de la même famille (vestisia, vestikatu), liés à l'offrande et à la libation.
Les Anciens, eux, proposaient leurs propres explications : Ovide fait venir le nom de vi stando, « se tenant par sa propre force », comme la Terre immobile (Fastes, VI, 299) ; d'autres le rapprochaient de vestis, le vêtement. Toutes ces lectures ont en commun le registre de l'intime protégé : le feu gardé, le centre stable, le dedans opposé au dehors.
Vesta entre tard dans le monnayage républicain. Elle apparaît au Ier siècle av. J.-C. sous la forme d'une tête féminine voilée, souvent accompagnée d'instruments du culte : chez P. Sulpicius Galba (RRC 406/1, 69 av. J.-C.), chez L. Cassius Longinus (RRC 413/1, 63 av. J.-C.), chez Q. Cassius Longinus (RRC 428/1, 55 av. J.-C.), puis dans le monnayage de César (RRC 452/3 et 466/1). L'identification avec Vesta est certaine quand la légende la nomme (VEST sur RRC 428/1), probable ailleurs.
Le sanctuaire circulaire n'apparaît que sur les deux deniers de Q. Cassius Longinus (RRC 428/1 et 428/2). Les monnaies de Vesta se rattachent presque toutes à deux registres : la mémoire familiale (la gens Cassia et le procès des Vestales de 113 av. J.-C.) et la fonction pontificale (instruments du sacrifice, César grand pontife).
Le revers ne célèbre pas la « liberté populaire » en général : il commémore un épisode précis de l'histoire familiale. En 114–113 av. J.-C., trois Vestales — Aemilia, Licinia et Marcia — furent accusées d'inceste ; les pontifes n'en condamnèrent qu'une. Une enquête extraordinaire fut alors confiée à L. Cassius Longinus Ravilla, célèbre pour sa sévérité, qui condamna les deux autres (Asconius, In Milonianam, 46 C ; Cassius Dion, fr. 87). La chaise curule est celle du juge, l'urne et la tablette A C évoquent le jugement — et rappellent aussi la lex Cassia tabellaria de 137 av. J.-C., par laquelle Ravilla avait introduit le vote secret dans les procès populaires.
Le monétaire, Quintus Cassius Longinus, fut ensuite tribun de la plèbe en 49 av. J.-C. et partisan de César. Le même revers est associé, sur RRC 428/2, à une tête de Libertas — c'est dans ce second denier, et non dans celui de Vesta, que la famille affiche le thème de la liberté.
Denier Sulpicia — P. Sulpicius Galba (RRC 406/1, 69 av. J.-C.). Tête voilée de Vesta, S·C derrière ; au revers, couteau sacrificiel, simpule et hache, AE CVR et P·GALB. Frappé par Galba en tant qu'édile curule, sur décision du Sénat. Les instruments du sacrifice renvoient à sa charge de pontife.
Denier Cassia — L. Cassius Longinus (RRC 413/1, 63 av. J.-C.). Tête voilée de Vesta à gauche, culullus derrière ; au revers, un citoyen en toge dépose dans une corbeille (cista) une tablette marquée V (uti rogas, « comme tu le proposes »), LONGIN·III·V. Premier rappel monétaire du procès des Vestales de 113 av. J.-C., avant le denier de Q. Cassius.
Quinaire de César (RRC 452/3, 48–47 av. J.-C.). Tête féminine voilée, probablement Vesta, culullus et LII derrière ; au revers, trophée entre une couronne et un bouclier sacré (ancile), CAE–SAR. Frappé par l'atelier qui suivait César en campagne ; la présence de Vesta rappelle que l'imperator est aussi pontifex maximus depuis 63 av. J.-C.
Aureus de César — A. Hirtius préteur (RRC 466/1, 46 av. J.-C.). Tête voilée de Vesta, C·CAESAR COS·TER ; au revers, lituus, cruche et hache, A·HIRTIVS·PR. Émission massive d'or liée aux triomphes de 46 : Vesta et les instruments sacerdotaux affichent la double dignité de César, augure et grand pontife.
Denier de C. Clodius Vestalis (RRC 512/2, 41 av. J.-C.). Tête de Flora ; au revers, une Vestale voilée assise, tenant un culullus, VESTALIS. Ce n'est plus la déesse mais sa prêtresse qui est figurée, en jeu de mots sur le surnom du monétaire.
Devenu grand pontife en 12 av. J.-C., à la mort de Lépide, Auguste aurait dû s'installer dans la domus publica, à côté du sanctuaire de Vesta. Il fit l'inverse : il rendit publique une partie de sa maison du Palatin et y consacra, le 28 avril 12 av. J.-C., un sanctuaire de Vesta. Ovide salue ce partage : la maison du Prince abrite désormais Apollon, Vesta et Auguste lui-même (Fastes, IV, 949–954).
Le foyer de la cité et le foyer de la famille impériale se trouvent ainsi réunis — ce qui annonce les nombreux revers impériaux à la légende VESTA, de Néron aux impératrices sévériennes.
Le culte de Vesta compte parmi les derniers cultes publics païens de Rome. En 382, Gratien supprime les subsides publics des Vestales et fait retirer l'autel de la Victoire de la Curie ; Symmaque plaide en vain pour leur rétablissement (Relatio III, 384). Les lois de Théodose de 391–392 interdisent les sacrifices et ferment les sanctuaires ; selon la tradition, le feu de Vesta s'éteint vers 394, après plus d'un millénaire.
Parmi les dernières grandes Vestales connues figure Coelia Concordia, qui fit élever une statue au sénateur païen Vettius Agorius Praetextatus (vers 384). Zosime rapporte qu'une ancienne Vestale apostropha Serena, nièce de Théodose, lorsqu'elle s'empara d'un collier de la statue de Rhéa (V, 38).
Aujourd'hui, les ruines du sanctuaire et de la Maison des Vestales (Atrium Vestae) comptent parmi les ensembles les plus évocateurs du Forum, avec les statues et les bases inscrites des grandes Vestales.
Si la déesse elle-même reste rarement figurée, ses prêtresses deviennent un sujet favori de la peinture et de l'opéra : portraits de dames « en Vestale » au XVIIIe siècle, La Vestale de Spontini (1807), puis les visions victoriennes. L'Invocation de Frederic Leighton montre une prêtresse levant son voile devant le feu sacré.
Gens Cassia — Le sanctuaire de Vesta
RRC 428/1 · 55 av. J.-C. · Argent
1402CA — Denier Cassia · Q. Cassius Longinus
Tête voilée de Vesta, VEST / sanctuaire de Vesta avec chaise curule, urne et tablette A C.
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RRC 428/2 · 55 av. J.-C. · Argent
1403CA — Denier Cassia · Q. Cassius Longinus
Tête de Libertas, LIBERT / même sanctuaire de Vesta au revers.
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RRC 413/1 · 63 av. J.-C. · Argent
1373CA — Denier Cassia · L. Cassius Longinus
Tête voilée de Vesta, culullus / votant déposant une tablette V dans la cista.
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Tête voilée de Vesta — Galba & César
RRC 406/1 · 69 av. J.-C. · Argent
1354SU — Denier Sulpicia · P. Sulpicius Galba
Tête voilée de Vesta, S·C / couteau, simpule et hache, AE CVR P·GALB.
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RRC 452/3 · 48–47 av. J.-C. · Argent
1445JU — Quinaire César
Tête voilée (Vesta ?), culullus, LII / trophée, couronne et ancile, CAE SAR.
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RRC 466/1 · 46 av. J.-C. · Or
1490JU — Aureus César · A. Hirtius
Tête voilée de Vesta, C·CAESAR COS·TER / lituus, cruche et hache, A·HIRTIVS·PR.
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RRC 512/2 · 41 av. J.-C. · Argent
1672CL — Denier C. Clodius Vestalis
Tête de Flora / Vestale assise tenant un culullus, VESTALIS.
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Culte lié — Prêtresses, fondateur & mythes
- Ovide, Fastes, VI, 249–468 — Vesta et les Vestalia : absence d'image de culte (295–298), étymologie (299), place dans la prière (303–304), ânes couronnés (311), Priape et l'âne de Silène (319–348), matrones pieds nus (395–397).
- Ovide, Fastes, III, 143–144 — Renouvellement du feu sacré le 1er mars ; IV, 949–954 — Vesta dans la maison d'Auguste au Palatin.
- Cicéron, De natura deorum, II, 67 — Vesta, gardienne de l'intime, clôt toute prière et tout sacrifice.
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, I, 3–4 — Rhea Silvia, Vestale d'Albe ; I, 20 — Institution des Vestales par Numa.
- Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, II, 64–69 — Le sanctuaire, les Vestales et leurs rites ; IV, 2 — Naissance de Servius Tullius.
- Plutarque, Vies parallèles, Numa, IX–XI ; Romulus, 2.
- Aulu-Gelle, Nuits attiques, XIV, 7, 7 — L'aedes Vestae n'est pas un templum.
- Macrobe, Saturnales, I, 12, 6 — Feu de Vesta rallumé aux calendes de mars.
- Asconius, In Milonianam, 46 C ; Cassius Dion, fr. 87 — Procès des Vestales de 114–113 av. J.-C. et rôle de L. Cassius Longinus Ravilla.
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXVI, 204 — Le phallus du foyer et la naissance de Servius Tullius.
- Zosime, Histoire nouvelle, V, 38 — Serena et la dernière Vestale.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 406/1, 413/1, 428/1, 428/2, 452/3, 466/1, 512/2.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Cassia 7 (RRC 428/1).
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 917 (RRC 428/1).
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres, 2000.
- Staples, A., From Good Goddess to Vestal Virgins: Sex and Category in Roman Religion, Routledge, 1998.
- Wildfang, R.L., Rome's Vestal Virgins, Routledge, 2006.
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